{"id":3124,"date":"2025-02-01T12:00:00","date_gmt":"2025-02-01T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=3124"},"modified":"2026-04-19T15:43:58","modified_gmt":"2026-04-19T13:43:58","slug":"lautre-et-les-identites-en-afrique-de-sud","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2025\/febbraio\/lautre-et-les-identites-en-afrique-de-sud\/","title":{"rendered":"L\u2019autre et les identit\u00e9s en Afrique de Sud"},"content":{"rendered":"<h3>1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Introduction<\/h3>\n<p>L\u2019Afrique du Sud se singularise par une colonisation atypique<sup>[2]<\/sup>\u00a0qui se traduit au XXe si\u00e8cle par une guerre entre blancs et noirs. Le but de ce chapitre serait d\u2019analyser d\u2019abord les m\u00e9andres de l\u2019apartheid depuis son installation en 1948, ensuite, il s\u2019agira de voir comment les principes du symbole \u00ab nation\u00a0<em>arc<\/em>&#8211;<em>en<\/em>&#8211;<em>ciel \u00bb\u00a0<\/em>et les normes constitutionnelles ont permis l\u2019acceptation de l\u2019autre. Enfin, l&#8217;\u00e9tude de cas des immigr\u00e9s sera un exemple pour illustrer les r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes entre constitution et pratiques politiques.<\/p>\n<h3>2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De l\u2019apartheid \u00e0 l\u2019arc-en-ciel<\/h3>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage britannique &#8211; et des Sud-Africains anglophones &#8211; en termes de s\u00e9gr\u00e9gation est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable. Bien au contraire, une bonne partie de la l\u00e9gislation accordant des droits diff\u00e9rents aux blancs et aux noirs est d\u00e9j\u00e0 en place : ainsi, le\u00a0<em>Land<\/em>\u00a0<em>Act<\/em>\u00a0de 1913 limite les droits de propri\u00e9t\u00e9 des noirs et les lois de 1923 \u00e9tablissent les principes de la s\u00e9gr\u00e9gation r\u00e9sidentielle. L\u2019Afrique du Sud avait connu une histoire complexe au sein de laquelle l\u2019apartheid constitue un \u00e9l\u00e9ment fondamental. L\u2019apartheid fut instaur\u00e9 officiellement \u00e0 partir de 1948 suite \u00e0 la victoire \u00e9lectorale du Parti national afrikaner de Daniel Malan. Cette politique, disant favoriser le d\u00e9veloppement du pays et la pr\u00e9servation des cultures de chaque ethnie, visait surtout \u00e0 conserver la supr\u00e9matie blanche sur les noirs. Il s\u2019agissait d\u2019un r\u00e9gime politique de discrimination et de s\u00e9paration des groupes ethniques et de la domination des blancs sur les noirs ; une politique bas\u00e9e sur le rejet de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019autre, de sa personnalit\u00e9, de sa culture et de la couleur de sa peau. Donc, un syst\u00e8me bien organis\u00e9 et bien institutionnalis\u00e9 n\u2019ayant qu\u2019un seul but, celui de l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019autre, noir. D\u00e8s lors, que l\u2019arsenal juridique de l\u2019apartheid se met en place, le gouvernement de Malan amplifiait les mesures contre les noirs \u00e0 travers la prise de certaines lois que Georges Lory, jadis conseiller culturel de l\u2019ambassade de France \u00e0 Pretoria d\u00e9crira bien dans son livre intitul\u00e9,\u00a0<em>l\u2019Afrique du Sud<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>La premi\u00e8re loi vot\u00e9e par le nouveau Parlement interdit les mariages entre Noirs et Blancs. Dans le m\u00eame esprit, la loi sur l\u2019immoralit\u00e9 datant de 1927 est \u00e9largie\u00a0: toute relation sexuelle interraciale est d\u00e9sormais prohib\u00e9e. En 1950, la Population Registration Act (PRA<sup>[3]<\/sup>) stipule que tout Sud-Africain appartient d\u00e8s sa naissance \u00e0 un groupe racial\u00a0: blanc, noir, indien ou m\u00e9tis. Le Group Areas Act<sup>[4]<\/sup>\u00a0vot\u00e9 aussi en 1950 d\u00e9termine le lieu d\u2019habitation selon la couleur. S\u2019en suivent une kyrielle de d\u00e9m\u00e9nagements forc\u00e9s, de quartiers ras\u00e9s, d\u2019expulsions manu militari. (\u2026). En 1953, le Separate Amenities Act pr\u00e9voit la s\u00e9paration des lieux publics entre Blancs et non Blancs. (\u2026). Bancs pour blancs dans les squares tandis que les noirs s\u2019assoient dans l\u2019herbe, toilettes distinctes en plein d\u00e9sert, bus vides et bus bond\u00e9s selon la couleur, tribunes s\u00e9par\u00e9es dans les stades (Lory 1998, 65).<\/p>\n<p>Selon cette s\u00e9rie de lois, l\u2019apartheid se diff\u00e9renciera de la s\u00e9gr\u00e9gation classique par son aspect syst\u00e9matique et brutal. La loi est appliqu\u00e9e \u00e0 la lettre, et, plus encore que sous d\u2019autres r\u00e9gimes autoritaires, police, tribunal, et prison, en seront les hauts-lieux. La loi fixe la race (Population Registration Act), selon une s\u00e9rie officielle de crit\u00e8res physiques. \u00c0 partir de cette identit\u00e9 assign\u00e9e et impos\u00e9e, la population est divis\u00e9e, s\u00e9par\u00e9e par des barri\u00e8res infranchissables. Ainsi, le lieu de r\u00e9sidence en d\u00e9coule directement, comme les professions auxquelles on a le droit d\u2019aspirer. Il s\u2019agit avant tout de garder un contr\u00f4le total sur des classes laborieuses et dangereuses (les noirs). A tout cela il faut ajouter la division du pays en plusieurs zones, g\u00e9ographiquement distinctes, auxquelles chaque groupe ethnique est rattach\u00e9. Les r\u00e9gions r\u00e9serv\u00e9es aux noirs, appel\u00e9es bantoustans, sont cens\u00e9es acqu\u00e9rir leur autonomie \u00e9conomique et administrative. Mais elles ne couvrent que 13 % du territoire et sont donc surpeupl\u00e9es. Les portions de terres les plus pauvres sont attribu\u00e9es aux noirs sans richesse naturelle et sans industrie. Il est \u00e9vident que \u00ab\u00a0l\u2019apartheid s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un syst\u00e8me efficace d\u2019accentuation des diff\u00e9rences, \u00e9tabli non pas pour instaurer l\u2019harmonie mais pour, au premier chef, justifier la domination et dans une large mesure l\u2019exploitation raciale\u00bb (Darbon 1995, 213).<\/p>\n<p>Selon certains auteurs, notamment Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH, les fondements de cette haine envers les noirs sont d\u2019ordre th\u00e9ologiques. En effet, le statut inf\u00e9rieur des noirs est bas\u00e9 sur l\u2019origine des soit-dites \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb traditionnellement rapport\u00e9es aux trois fils de No\u00e9, Sem, Japhet, et Cham, dont la Gen\u00e8se dit que \u00ab c\u2019est \u00e0 partir d\u2019eux que les peuples se dispers\u00e8rent sur la terre apr\u00e8s le d\u00e9luge \u00bb (Gen\u00e8se 9, 18-19). Depuis que Cham s\u2019est moqu\u00e9 de la nudit\u00e9 de son p\u00e8re ivre, la col\u00e8re de No\u00e9 a pris la forme d\u2019une mal\u00e9diction : \u00ab Et il dit : \u201cMaudit soit Canaan [fils de Cham] ! Qu\u2019il soit pour ses fr\u00e8res le dernier des esclaves!\u201d. Il dit aussi : \u201cB\u00e9ni soit Yahv\u00e9, le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave!\u00bb (Gn 10, 20-27).<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, les noirs sont identifi\u00e9s \u00e0 ces enfants de Cham, portant la mal\u00e9diction de leur p\u00e8re. Cette interpr\u00e9tation th\u00e9ologique relativement commune est renforc\u00e9e par l\u2019image que les Afrikaners avaient de l\u2019Africain, donc des blancs envers les noirs\u00a0; c\u2019est donc l\u2019image d\u2019un \u00eatre physiquement et moralement inf\u00e9rieur. Ainsi Le noir ne se voit accorder qu\u2019une humanit\u00e9 au rabais \u00e0 laquelle se greffe une s\u00e9rie de jugements moraux : ce sauvage est pa\u00efen et immoral. L\u2019autre est ici agressif, il est tra\u00eetre: il faut avant tout s\u2019en d\u00e9fendre, s\u2019enfermer dans le\u00a0<em>laager<\/em><sup>[5]<\/sup>\u00a0protecteur.<\/p>\n<p>Face \u00e0 leur avenir identitaire, les noirs r\u00e9sistent et luttent pour leur libert\u00e9 et leur dignit\u00e9. Mais la r\u00e9pression polici\u00e8re serait de plus en plus forte. Le massacre de Sharpeville<sup>[6]<\/sup>\u00a0en mars 1960, l\u2019\u00e9meute de Soweto<sup>[7]<\/sup>\u00a0en juin 1976 ainsi que d\u2019autres mouvements de contestation en \u00e9taient des exemples les plus terrifiants qui ont abouti \u00e0 la destruction physique et morale de l\u2019autre et de l\u2019\u00eatre noir. Ces mouvements de contestation en Afrique du Sud sont n\u00e9s en m\u00eame temps que les condamnations provenant des communaut\u00e9s internationales.<\/p>\n<p>Par exemple, en 1975, l\u2019Angola et le Mozambique, avec l\u2019aide de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, ont organis\u00e9 des camps d\u2019entra\u00eenement sur leur territoire pour aider les Sud-africains \u00e0 mettre fin \u00e0 ce r\u00e9gime ; de leur c\u00f4t\u00e9, les Nations Unies ont boycott\u00e9 l\u2019Afrique du Sud d\u00e8s 1980. Il aurait fallu des dizaines d\u2019ann\u00e9es de lutte acharn\u00e9e du peuple noir et un isolement international du r\u00e9gime de l\u2019apartheid que Nelson Mandela, l\u2019ic\u00f4ne de cette lutte fut lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s 27 ann\u00e9es pass\u00e9es en prison. Avec sa lib\u00e9ration et puis son \u00e9lection comme premier pr\u00e9sident noir, l\u2019Afrique avait entrepris la voie de la d\u00e9mocratie. Cette \u00e8re avait rassembl\u00e9 les communaut\u00e9s et les populations discrimin\u00e9es autour d\u2019un symbole, celui de\u00a0<em>rainbow<\/em>\u00a0ou arc-en-ciel<sup>[8]<\/sup>. Ce th\u00e8me a \u00e9t\u00e9 soutenu par l\u2019archev\u00eaque Desmond Tutu et avait \u00e9t\u00e9 repris par Nelson Mandela lors de son investiture : \u00ab Nous prenons l&#8217;engagement de b\u00e2tir une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la t\u00eate haute (&#8230;) une nation\u00a0<em>arc-en-ciel\u00a0<\/em>en paix avec elle-m\u00eame et avec le monde \u00bb (Mandela 1994).<\/p>\n<h3>3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La pens\u00e9e de Nelson Mandela et de Desmond Tutu<\/h3>\n<p>Nelson Mandela fut officiellement \u00e9tabli pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Sud-africaine le 10 mai 1994. Son d\u00e9fi majeur \u00e9tait de reconstruire le pays, d\u2019unir et de r\u00e9concilier les sud-africains autour d\u2019un id\u00e9al commun, celui de la \u00ab\u00a0<em>nation arc-en-ciel<\/em>\u00a0\u00bb. Selon Lucie Pag\u00e9, les couleurs de l\u2019arc-en-ciel d\u00e9signent celle des langues et des cultures et non celle de la peau. L\u2019image de l\u2019arc-en-ciel d\u00e9passe l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9union des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s sud-africaines dans la diversit\u00e9 de leurs couleurs et se r\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t \u00e0 l\u2019alliance pass\u00e9e entre Dieu et No\u00e9<sup>[9]<\/sup>\u00a0apr\u00e8s le d\u00e9luge, en tant que symbole biblique de la r\u00e9conciliation. L\u2019<em>arc-en-ciel<\/em>\u00a0fut le symbole d\u2019un nouveau pacte avec Dieu, une alliance qui se substitue \u00e0 celle scell\u00e9e \u00e0 Blood River<sup>[10]<\/sup>\u00a0par les Afrikaners. Cette image \u00ab \u00e9voque le retour \u00e0 la normalit\u00e9 biblique, le retour \u00e0 une conception classique de l\u2019alliance propos\u00e9e par Dieu \u00e0 tous les hommes \u00bb (Darbon 1996, 5).<\/p>\n<p>De plus, cette formule cr\u00e9atrice d\u2019identit\u00e9, et de consid\u00e9ration de l\u2019autre, n\u2019est pas un simple exercice rh\u00e9torique selon la pens\u00e9e de Nelson Mandela. Elle constitue un point de rupture avec des cultures politiques conflictuelles et de choix de cultures unifiant. Car le messianisme continue de constituer un \u00e9l\u00e9ment fondamental de la nouvelle identit\u00e9 nationale, et impr\u00e8gne \u00ab la reformulation des valeurs politiques et la diffusion des repr\u00e9sentations sociales \u00bb (Darbon 1996, 6).<\/p>\n<p>Si d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ce symbole exprime des valeurs religieuses n\u00e9cessaires pour l\u2019unit\u00e9 et la r\u00e9conciliation de la nation, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, cette unit\u00e9 passe par des actes concrets &#8211; du point de vue socio-politique, \u00e9conomique, ethnique et culturel &#8211; auxquels le gouvernement de Mandela choisit de s\u2019atteler. D\u2019abord, l\u2019adoption d\u2019un nouveau drapeau comme signe de ralliement par excellence, qui rassemble les diff\u00e9rentes couleurs des drapeaux des communaut\u00e9s noires et blanches, unissant ainsi leurs histoires et leurs cultures. Il n\u2019en fut pas par hasard que, le jour m\u00eame de l&#8217;investiture pr\u00e9sidentielle, un nouveau drapeau, con\u00e7u par Mr F Brownell entre en fonction, le 10 mai 1994. Celui-ci avait d\u00fb concilier beaucoup de symboles, notamment autour de l&#8217;id\u00e9e de convergence et d&#8217;unification des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s du pays. Il r\u00e9unit les drapeaux blanc et bleu des Hollandais et des Anglais, et les drapeaux noir, vert et or des mouvements de lib\u00e9ration (ANC, Inkhatha, PAC<sup>[11]<\/sup>). Le &#8220;Y&#8221; signifiait le symbole de l&#8217;unit\u00e9 de groupes disparates en Afrique du Sud. \u00c0 cela s&#8217;ajoutaient dans le triangle les couleurs choisies par Cyril Ramaphosa, pour l&#8217;ANC apr\u00e8s consultation de Nelson Mandela. Le noir, pour repr\u00e9senter le peuple, le vert pour les terres fertiles, et l&#8217;or pour les richesses du sous-sol du pays.<\/p>\n<p>L\u2019inauguration d\u2019un nouvel hymne national,\u00a0<em>Nkosi Sibele\u2019i Afrika<\/em>, dans les onze langues officielles du pays, et le changement de date au 27 avril de la f\u00eate nationale \u00e9tait manifestations du m\u00eame esprit. Ce jour-l\u00e0 t\u00e9moigne le retrait du pays de l\u2019Apartheid et l\u2019av\u00e8nement de la nouvelle Afrique du Sud. Et comme si cela ne suffisait pas pour attester la volont\u00e9 politique de l\u2019unification du peuple, le nom de la capitale administrative fut modifi\u00e9. De Pretoria, (en l\u2019honneur au h\u00e9ros afrikaner Andries Pretorius), la ville devient Tshwane, nom qu\u2019elle occupait avant l\u2019arriv\u00e9e des Afrikaners et qui signifie en langue tswana, (l\u2019une des langues la plus parl\u00e9e dans la r\u00e9gion)\u00a0<em>nous sommes les m\u00eames<\/em>.<\/p>\n<p>Lors de la premi\u00e8re rentr\u00e9e parlementaire en mai 1994, Mandela affirmait que la nation doit faire la paix avec son pass\u00e9, dans un esprit d&#8217;ouverture et de pardon. Pour tenter de tourner la page sombre de l\u2019histoire sud-africaine et converger vers l\u2019unit\u00e9 et l\u2019acceptation de tout citoyen, une Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation (TRC) avait \u00e9t\u00e9 mise en place. Pendant plusieurs ann\u00e9es, Nelson Mandela et son vieil ami, l&#8217;archev\u00eaque anglican Desmond Tutu<sup>[12]<\/sup>\u00a0(prix Nobel de la Paix en 1984, pr\u00e9sident de la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation en 1994 et prix Gandhi pour la Paix en 2007), avaient men\u00e9 une lutte acharn\u00e9e pour mettre fin \u00e0 l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>On conna\u00eet presque tout de Nelson Mandela, mais il vaut la peine d\u2019approfondir le r\u00f4le de son plus important alli\u00e9, Desmond Tutu, un homme de foi et fervent patriote, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la paix et \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de son peuple. Promoteur de l\u2019image\u00a0<em>nation<\/em>\u00a0<em>arc-en-ciel<\/em>, joignant la foi chr\u00e9tienne \u00e0\u00a0<em>l\u2019ubuntu<sup><strong>[13]<\/strong><\/sup><\/em>\u00a0africaine, il \u00e9levait\u00a0<em>arc-en-ciel<\/em>\u00a0au rang du mythe fondateur :<\/p>\n<p>L\u2019ubuntu, ce cadeau de l\u2019Afrique au monde, est une morale collective fond\u00e9e sur six principes\u00a0: acceptation de l\u2019autre, respect, compassion, hospitalit\u00e9, dignit\u00e9, responsabilit\u00e9. Si je d\u00e9shumanise quelqu\u2019un, r\u00e9p\u00e8te Desmond Tutu, alors inexorablement je me d\u00e9shumanise moi-m\u00eame. D\u00e8s lors on avalise l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a ni gagnant ni perdant en Afrique du Sud, mais une volont\u00e9 de th\u00e9rapie commune par la parole\u00a0: les uns exorcisent une histoire humiliante, les autres demandent le pardon (Lory 1998, 119).<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait dans\u00a0<em>l\u2019ubuntu<\/em>\u00a0africaine que Desmond Tutu allait pr\u00e9lever les valeurs fondamentales de la\u00a0<em>nation<\/em>\u00a0<em>arc-en-ciel<\/em>\u00a0pour les promouvoir au cours de son activisme politique. Il avait \u0153uvr\u00e9 pour l\u2019acceptation et la dignit\u00e9 de l\u2019autre\u00a0<sup>[14]<\/sup>\u00a0qu\u2019il soit noir ou blanc. Il avait adress\u00e9, le 06 mai 1976 une lettre au premier ministre de l\u2019apartheid, John Vorster, pour d\u00e9noncer l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable et pitoyable dans lequel vivaient les noirs. Par exemple, quand Soweto, en juin 1976, souffrait les \u00e9meutes massives<sup>[15]<\/sup>, l\u2019\u00e9v\u00eaque Tutu s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 de plus en plus impliqu\u00e9 dans la lutte, jusqu\u2019\u00e0 soutenir le boycott \u00e9conomique de son pays, tout en encourageant constamment la r\u00e9conciliation entre les diff\u00e9rentes factions li\u00e9es \u00e0 l\u2019apartheid. Un an apr\u00e8s, en 1977, apr\u00e8s la mort en d\u00e9tention du leader militant noir, Steve Biko, il pronon\u00e7ait l\u2019un de ses discours les plus passionn\u00e9s et enflamm\u00e9s, qui fit le tour du monde. En tant que secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Conseil sud-africain des \u00e9glises, puis en tant que recteur de l\u2019\u00e9glise Saint-Augustin \u00e0 Soweto, il \u00e9tait devenu un ardent critique des aspects les plus scandaleux de l\u2019apartheid, notamment des expulsions forc\u00e9es des noirs des zones urbaines consid\u00e9r\u00e9es comme des zones blanches. Surnomm\u00e9 \u00ab the Arch \u00bb, il avait fait campagne sans rel\u00e2che pour que la pression internationale s\u2019exer\u00e7ait sur l\u2019apartheid et que le r\u00e9gime subisse des sanctions. Il liait toujours les valeurs de la culture africaine \u00e0 celles de l\u2019\u00c9vangile pour rechercher des solutions de paix pour tous.<\/p>\n<p>En dirigeant la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation (RTC), dont l\u2019objectif principal \u00e9tait d\u2019enregistrer les dol\u00e9ances des victimes de la violence raciste de 1960 \u00e0 mai 1994 et accepter les confessions des responsables des crimes, puis en \u00e9valuant d\u2019\u00e9ventuelles r\u00e9parations, Tutu fut reconnu universellement comme le militant des droits de l\u2019homme faisant autorit\u00e9 de son pays. Il s\u2019agissait d\u2019autorit\u00e9 morale, \u00e9tant donn\u00e9 que la RTC n\u2019\u00e9tait pas un v\u00e9ritable tribunal. Toutefois, elle \u00ab\u00a0peut convoquer tout citoyen pour entendre son t\u00e9moignage<em>\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>(Lory 1998, 103). \u0152uvrant pour l\u2019acceptation des noirs et leur int\u00e9gration dans tout le syst\u00e8me de la vie publique et civile et sociale du pays, Desmond Tutu disait que son objectif \u00e9tait la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 juste et d\u00e9mocratique sans division de cultures de couleur, de langues et d\u2019ethnies. Il \u00e9tablit les exigences minimum permettant d\u2019y parvenir, parmi lesquelles on comptait les m\u00eames droits civiques pour tous noirs ou blancs, un syst\u00e8me commun d\u2019\u00e9ducation et la cessation des d\u00e9portations et la manipulation des noirs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les gestes symboliques li\u00e9s \u00e0 la relance de la nation, les mesures cl\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 la politique devaient \u00eatre mises en route. Dans un pays o\u00f9 les blancs gagnaient presque dix fois plus que les noirs, Nelson Mandela adopte une politique de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s en cherchant \u00e0 r\u00e9viser les grilles salariales des travailleurs et en promouvant les noirs dans les postes de responsabilit\u00e9 au m\u00eame titre que les blancs. Dans son programme de reconstruction et de d\u00e9veloppement social, il avait accord\u00e9 aux femmes enceintes et aux enfants de moins de six ans la gratuit\u00e9 des soins. Eau et l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9taient distribu\u00e9es \u00e0 des millions de foyers. La lutte contre la pauvret\u00e9 \u00e9tait rest\u00e9e jusqu&#8217;au bout son cheval de bataille. Mais cette politique et ces actions en faveur de la paix et de l\u2019unit\u00e9 nationale op\u00e9r\u00e9es par Nelson Mandela et Desmond Tutu auraient vraiment leur sens si elles ont \u00e9t\u00e9 traduites et prescrites dans la loi fondamentale de la r\u00e9publique afin de constituer une r\u00e9f\u00e9rence nationale : d\u2019o\u00f9 la bataille pour l\u2019adoption de la constitution et la mise en pratique de celle-ci.<\/p>\n<h3>4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Constitution et pratique politiques<\/h3>\n<p>L&#8217;actuelle constitution de l\u2019\u00c9tat sud-africain est la cinqui\u00e8me ; elle fut \u00e9labor\u00e9e par le parlement \u00e9lu en 1994 lors des premi\u00e8res \u00e9lections non-discriminatoires. Elle a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e le 10 d\u00e9cembre 1996 par le pr\u00e9sident Nelson Mandela et elle est entr\u00e9e en vigueur le 4 f\u00e9vrier 1997 afin de remplacer la constitution provisoire de 1993. En tant que loi supr\u00eame du pays, elle contient les droits et devoirs des citoyens et d\u00e9finit la structure organique de l&#8217;\u00c9tat. Il faut noter que l\u2019adoption de la d\u00e9mocratie sud-africaine s\u2019est constitu\u00e9e autour des principes constitutionnels, sorte de\u00a0<em>commandements<\/em>\u00a0liant tous les partis aux n\u00e9gociations multipartis \u00e0 travers 34 principes fondamentaux<sup>[16]<\/sup>.<\/p>\n<p>Les constitutionnalistes ayant \u0153uvr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de ladite constitution avaient pour but de trouver des proc\u00e9dures visant \u00e0 garantir la paix, \u00e0 limiter les conflits de tout genre, promouvoir l\u2019acceptation de l\u2019autre, \u00e0 garantir les droits humains fondamentaux, \u00e0 parvenir \u00e0 la s\u00e9paration des pouvoirs et \u00e0 la restructuration de l\u2019\u00c9tat. Derri\u00e8re ces n\u00e9gociations se trouvent quelques juristes de renom<sup>[17]<\/sup>\u00a0qui avaient insist\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e que la d\u00e9mocratie ne pouvait se d\u00e9velopper sans r\u00e8gle de droit et qui avaient progressivement impos\u00e9 leurs id\u00e9es aux dirigeants des diff\u00e9rentes formations politiques, et notamment \u00e0 l\u2019ANC<sup>[18]<\/sup>. Il fallait tourner le dos au r\u00e9gime d\u2019apartheid et permettre \u00e0 l\u2019Afrique du Sud de devenir non seulement un pays respectable mais aussi d\u2019\u00eatre vue comme un mod\u00e8le de transition d\u00e9mocratique. Dans cette constitution moderne, la charte des droits de l\u2019homme se pr\u00e9sente comme la pierre angulaire de la d\u00e9mocratie. Elle \u00e9num\u00e8re toutes les formes de discriminations d\u00e9sormais bannies \u00e0 savoir celles li\u00e9es au sexe, \u00e0 la religion, \u00e0 la langue, \u00e0 la situation des familles, \u00e0 l\u2019origine ethnique ou sociale, \u00e0 la couleur de la peau, \u00e0 l\u2019inclinaison sexuelle, \u00e0 la culture, etc. L\u2019article 11 cl\u00f4t le d\u00e9bat sur la peine de mort et toutes formes de manipulation et de discrimination sur la vie humaine lorsqu\u2019il stipule que \u00ab Tout le monde a droit \u00e0 la vie \u00bb. En revanche il faut pr\u00e9ciser qu\u2019une clause sur le droit de contr\u00f4ler sa reproduction implique le droit \u00e0 l\u2019avortement. Dans cette constitution, les sud-africains ont le droit au logement (art. 36), ainsi qu\u2019\u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 l\u2019eau et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale (art. 27). Par ailleurs, de nombreuses institutions garantissent la vie d\u00e9mocratique. Le chapitre 9 de ladite constitution pr\u00e9sente des dispositions sp\u00e9ciales pour nombre de commissions et de fonctions, dont notamment: le v\u00e9rificateur g\u00e9n\u00e9ral (article 188); le protecteur public (article 182); la Commission des droits de la personne (article 184); la Commission sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes (article 187); la Commission ind\u00e9pendante \u00e9lectorale (article 190); la Commission pour la promotion et la protection des droits des communaut\u00e9s culturelles, religieuses et linguistiques (article 185); et, enfin, l\u2019Administration ind\u00e9pendante de la radiodiffusion (article 192). Plus loin, l\u2019Afrique du Sud est une entit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale compos\u00e9e de neuf unit\u00e9s constituantes qui ont le droit d\u2019adopter leur propre constitution interne, il s\u2019agit de : Kwazulu-Natal, Gauteng, \u00c9tat libre, Cap occidental, Cap oriental, Limpopo, Nord-Ouest, Cap-Nord et Mpumalanga (article 103). Il est donc \u00e9vident que tout est constitu\u00e9 dans cette constitution pour permettre \u00e0 l\u2019autre ou \u00e0 l\u2019\u00eatre humain quelle que soit la couleur de sa peau et de son origine ethnique de se sentir comme chez soi. Tous les pilastres \u00e9taient construits pour que l\u2019autre soit accept\u00e9 par l\u2019autre sans haine et sans conflit. C\u2019est pourquoi le constitutionnalisme doit veiller au grain pour le respect de la constitution et par cons\u00e9quent pour le respect de l\u2019autre.<\/p>\n<p>En effet, dans la pratique de cette loi fondamentale, la Cour constitutionnelle, comme organe r\u00e9gulateur, est charg\u00e9e de la constitutionnalit\u00e9 des actes politiques. Elle a connu un grand succ\u00e8s qui passe \u00e0 travers une s\u00e9lection de \u00ab grandes d\u00e9cisions novatrices \u00bb. Dans son article intitul\u00e9,\u00a0<em>la d\u00e9mocratie constitutionnelle Sud-Africaine : un mod\u00e8le ?<\/em>\u00a0Xavier Philippe \u00e9num\u00e8re ces diff\u00e9rentes d\u00e9cisions \u00e0 travers lesquelles la Cour lance un d\u00e9fi aux autorit\u00e9s politiques non seulement pour le bien-\u00eatre de la jeune d\u00e9mocratie sud-africaine mais \u00e9galement pour l\u2019unit\u00e9 de la nation, l\u2019acceptation r\u00e9ciproque des groupes ethniques et le respect de tous les peuples sud-africains.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re d\u00e9cision \u00e9voqu\u00e9e \u00e9tait celle\u00a0<em>Makwanyane<\/em>\u00a0(1995), qui d\u00e9clare le caract\u00e8re inconstitutionnel de la peine de mort et constitue le point d\u2019ancrage de la Cour dans le nouveau syst\u00e8me juridique. La deuxi\u00e8me d\u00e9cision qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9e \u00e9tait la d\u00e9cision\u00a0<em>Homologation<\/em>\u00a0de la constitution de 1996. \u00ab Jamais une Cour constitutionnelle ne s\u2019\u00e9tait vu confier la mission de contr\u00f4ler un texte constitutionnel. Il ne s\u2019agissait pas \u00e0 proprement parler d\u2019un contr\u00f4le de \u00ab supra-constitutionnalit\u00e9 \u00bb mais plut\u00f4t d\u2019un contr\u00f4le du respect par le texte final de la fid\u00e9lit\u00e9 aux \u00ab principes constitutionnels \u00bb, (Philippe 2009) adopt\u00e9s au d\u00e9but du processus. La troisi\u00e8me d\u00e9cision est celle Grootboom (2007)<sup>[19]<\/sup>\u00a0qui consacre \u00e0 tous les sud-africains le droit \u00e0 un logement digne et ordonne de la part des autorit\u00e9s une obligation d\u2019agir et non une simple obligation \u00ab superficielle et programmatrice \u00bb (Philippe 2009). Ce jugement a eu pour effet d\u2019obliger l\u2019\u00c9tat, dans le cadre de certains param\u00e8tres, \u00e0 \u00e9largir les droits socio-\u00e9conomiques, \u00e0 d\u00e9crisper les frustrations et \u00e0 engager un d\u00e9but d\u2019acceptation de soi et de l\u2019autre et de cohabitation entre la population.<\/p>\n<p>Autre d\u00e9cision non moins importante est celle\u00a0<em>Bato Star Fishing (2004)<\/em>\u00a0: elle reconna\u00eet que la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine \u00e0 travers la mise en \u0153uvre du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et d\u2019autonomie \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 constitutionnelle. Le respect des r\u00e8gles de droit implique le respect de la constitution et par cons\u00e9quent le respect de l\u2019autre et de l\u2019\u00eatre humain quelle que soit sa couleur politique, sociale et ethnique.<\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 travers la d\u00e9cision\u00a0<em>Doctors for Life International (2006<\/em>), la Cour estimait qu\u2019il existe une n\u00e9cessit\u00e9 de participation du public dans la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et participative et impose l\u2019organisation des consultations libres et d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ces succ\u00e8s de la Cour constitutionnelle, il faut aussi reconna\u00eetre l\u2019existence d\u2019une nouvelle dynamique de l\u2019\u00c9tat de droit et par endroits du respect des textes tels que pr\u00e9vu par le constituant. Par exemple, la reconnaissance du r\u00f4le constitutionnel des chefs traditionnels et du droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination pr\u00e9vue par l\u2019article 235, constitue une caract\u00e9ristique tr\u00e8s remarquable de la constitution sud-africaine. Celle-ci reconna\u00eet que l\u2019autorit\u00e9 traditionnelle pr\u00e9c\u00e8de l\u2019av\u00e8nement de la colonisation de l\u2019Afrique du Sud par les Europ\u00e9ens et leur garantit une place importante dans le r\u00e8glement des conflits et des tensions. Cela passe par la cr\u00e9ation d\u2019un Conseil des chefs traditionnels (Cf. art. 212) pour r\u00e9duire les fortes tensions qui se produisent entre, le caract\u00e8re traditionaliste et patriarcal du droit indig\u00e8ne africain, et la philosophie moderne, d\u00e9mocratique et \u00e9galitaire de la constitution.<\/p>\n<p>Toutefois il faut noter la pr\u00e9sence de certaines difficult\u00e9s telles que les difficult\u00e9s du monopartisme, les dysfonctionnements du syst\u00e8me et les \u00e9v\u00e9nements conjoncturels propres \u00e0 la vie politique sud-africaine. Depuis l\u2019\u00e9lection de Mandela \u00e0 la magistrature supr\u00eame en mai 1994, il existe sur le terrain politique et m\u00eame culturel une domination tr\u00e8s forte de l\u2019ANC et cela conduit \u00e0 s\u2019interroger sur le caract\u00e8re r\u00e9ellement d\u00e9mocratique du syst\u00e8me politique sud-africain. Si tous les \u00e9l\u00e9ments politiques et constitutionnels sont r\u00e9unis pour faire fonctionner une d\u00e9mocratie participative et lib\u00e9rale, les r\u00eanes du pouvoir sont entre les mains d\u2019un seul parti politique depuis quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, cette position permet \u00e0 l\u2019ANC de d\u00e9cider de tout, de rejeter tout et de manipuler tout en faveur de ses id\u00e9ologies politiques, ethniques et culturelles. Sans nul doute, \u00ab l\u2019ANC se retrouve ici dans la m\u00eame posture que le Parti national sous le r\u00e9gime d\u2019apartheid dans la mesure o\u00f9 son pouvoir est sans limites \u00bb (Philippe 2009).<\/p>\n<p>D\u2019autres facteurs ont test\u00e9 la d\u00e9mocratie et le pouvoir politique. Il est \u00e9vident que face \u00e0 la pand\u00e9mie de sida en 1990, les autorit\u00e9s politiques n\u2019ont pas voulu r\u00e9agir malgr\u00e9 les nombreuses actions et r\u00e9actions de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cette situation conduisait l\u2019ancien pr\u00e9sident Mandela \u00e0 sortir de sa r\u00e9serve pour obliger la Cour constitutionnelle \u00e0 ordonner au gouvernement de mettre en place des politiques de pr\u00e9vention. Malgr\u00e9 cela, le pr\u00e9sident Mbeki n\u2019avait pas r\u00e9agi et avait m\u00eame limog\u00e9 la vice-ministre de la sant\u00e9 Nozizwe Madlala-Routledge parce qu\u2019elle avait critiqu\u00e9 le syst\u00e8me. La m\u00eame inaction s\u2019est produite en mai 2008 lors des vagues de violence contre les immigr\u00e9s qui ont marqu\u00e9 le pays. L\u2019absence de r\u00e9action du pouvoir, la carence dans la prise de d\u00e9cision avait d\u00e9montr\u00e9 que l&#8217;ex\u00e9cutif n\u2019avait agi de mani\u00e8re ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Plus inqui\u00e9tante \u00e9tait l\u2019affaire qui avait d\u00e9fray\u00e9 la chronique et remettait en cause le pouvoir judiciaire. Il s\u2019agissait de la pression pr\u00e9sum\u00e9e exerc\u00e9e aupr\u00e8s de juges constitutionnels pour que la Cour se prononce en faveur du pr\u00e9sident de l\u2019ANC Jacob Zuma dans une affaire de corruption. En effet, au pouvoir entre 2009 et 2018, Jacob Zuma avait \u00e9t\u00e9 contraint \u00e0 la d\u00e9mission apr\u00e8s une s\u00e9rie de scandales. \u00ab\u00a0L&#8217;affaire concerne pr\u00e9cis\u00e9ment des pots-de-vin per\u00e7us \u00e0 l&#8217;occasion de contrat d&#8217;armement d&#8217;un montant de 51 milliards de rands environ 3 milliards d&#8217;euros de 2019\u00a0\u00bb (Cf. Africanews 2022). Son successeur, Cyril Ramaphosa, avait promis d\u2019\u00e9radiquer la corruption dans le pays. Cette affaire avait d\u00e9clench\u00e9 une crise constitutionnelle et d\u00e9montr\u00e9 que la confiance dans la r\u00e8gle de droit et le pouvoir judiciaire risquait de s&#8217;amenuiser, portant ainsi atteinte \u00e0 l\u2019esprit d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Enfin, on ne peut ignorer que l\u2019Afrique du Sud, malgr\u00e9 les progr\u00e8s enregistr\u00e9s, reste confront\u00e9e \u00e0 la non-r\u00e9solution de probl\u00e8mes tels que la violence end\u00e9mique, la crise ethnique et tribale, la criminalit\u00e9 et la difficult\u00e9 \u00e0 corriger les in\u00e9galit\u00e9s, la situation de la sant\u00e9 publique, en particulier sur le c\u00f4t\u00e9 sida. Ces difficult\u00e9s n\u00e9cessitent des moyens et surtout d\u2019une volont\u00e9 politique qui fait d\u00e9faut et d\u00e9\u00e7oit non seulement les attentes de la population mais aussi elle discr\u00e9dite la constitution.<\/p>\n<p>Toutefois, il s\u2019agit d\u2019un cadre des relations politiques, sociales et humaines qui affecte la question de l\u2019autre, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il met en cause la confiance entre citoyens, et entre citoyens et l\u2019\u00c9tat. Dans un quelconque syst\u00e8me politique, la confiance serait l\u2019autre face du consensus\u00a0: donc l\u2019\u00e9ventuel manque de confiance et de consensus mettrait en cause la nature m\u00eame de l\u2019\u00c9tat arc-en-ciel sorti du changement radical de r\u00e9gime dans le pays. Selon Ana Luc\u00eda Coronel, dirigeante de l\u2019\u00e9quipe du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) charg\u00e9e de l\u2019Afrique du Sud, la confiance commence par rena\u00eetre dans le c\u0153ur de la population. Dans une interview \u00e9crite en 2018, elle reconna\u00eet l\u2019existence d\u2019une volont\u00e9 politique de la part du gouvernement. Cela donne \u00e0 la population une source de confiance. En effet, la volont\u00e9 politique est donc bien pr\u00e9sente car certaines mesures ambitieuses ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prises. Par exemple, les conseils d\u2019administration et les directions de plusieurs grandes entreprises publiques ont \u00e9t\u00e9 remani\u00e9s, afin de remplacer certains \u00e9l\u00e9ments douteux par des fonctionnaires dignes de confiance. L\u2019administration fiscale a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 revue de fond en comble pour permettre la collecte de taxes qui disparaissaient jusqu\u2019ici en raison de la corruption. Il nous revient \u00e9galement que certains fonctionnaires impliqu\u00e9s dans des pratiques ill\u00e9gales font l\u2019objet de poursuites. \u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019Afrique du Sud dispose d\u00e9j\u00e0 d\u2019excellentes institutions et d\u2019une l\u00e9gislation solide, le but est simplement que les transactions et les contrats respectent ces institutions et cette l\u00e9gislation. Il ne devrait donc pas \u00eatre aussi difficile de r\u00e9gler le probl\u00e8me de la mauvaise gouvernance en Afrique du Sud que dans d\u2019autres pays. (Cf. Coronel, 2018).<\/p>\n<h3>5.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Personne est \u00ab autre \u00bb dans la constitution sud-africaine, mais dans la pratique\u00a0? L\u2019exemple des immigr\u00e9s.<\/h3>\n<p>Avec l\u2019abolition de l\u2019apartheid en 1991 et les premi\u00e8res \u00e9lections au suffrage universel d&#8217;avril 1994, avec l\u2019adoption d\u2019une nouvelle constitution en 1997 ainsi que l\u2019impl\u00e9mentation des valeurs positives de la\u00a0<em>nation arc-en-ciel<\/em>, l\u2019Afrique du Sud a amorc\u00e9 la voix du d\u00e9veloppement national, r\u00e9gional et international. Ce d\u00e9veloppement est bas\u00e9 sur l\u2019\u00e9laboration des lois sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 du genre, celle de la dignit\u00e9 humaine, de la vie, de la libert\u00e9, et de la s\u00e9curit\u00e9 des personnes. Les libert\u00e9s de religion, de croyance, d\u2019opinion, d\u2019expression, d\u2019association, de mouvement et d\u2019\u00e9tablissement b\u00e9n\u00e9ficient \u00e9galement d\u2019une garantie. Le pays devient non seulement de plus en plus attractif pour les populations voisines, mais \u00e9galement il s\u2019est expos\u00e9 \u00e0 un probl\u00e8me d&#8217;immigration et de porosit\u00e9 des fronti\u00e8res.\u00a0 L\u2019Afrique du Sud deviendra une terre d\u2019asile pour la plupart des citoyens des pays voisins confront\u00e9s \u00e0 de graves conflits politiques, aux difficult\u00e9s \u00e9conomiques, aux guerres civiles et aux instabilit\u00e9s politiques dans les r\u00e9gions des grands lacs etc. \u00ab\u00a0Nombre de Mozambicains, de Zimbabw\u00e9ens, de Nig\u00e9rians, d\u2019Angolais, Ougandais, Zambiens, Tanzaniens, et les Za\u00efrois, Congolais, Camerounais, Maliens et autres immigr\u00e9s qui, \u00e0 une \u00e9crasante majorit\u00e9, s&#8217;y installaient. On estime que les noirs \u00e9trangers repr\u00e9sentent 20 \u00e0 25 % de la population du centre-ville de Johannesburg\u00a0<em>\u00bb\u00a0<\/em>(Simone 1998). M\u00eame si l\u2019on peut raisonnablement penser que la majorit\u00e9 des migrants entrants demeurent r\u00e9guliers\u00a0(McDonald 1998) le nombre d\u2019irr\u00e9guliers aurait augment\u00e9 sensiblement. Il n\u2019est pas ais\u00e9 de fournir des chiffres pr\u00e9cis sur leurs effectifs, mais les estimations actuelles varient entre 500.000 (Reitzes 1998) et 4,1\u00a0millions\u00a0(Republic of South Africa 1999).<\/p>\n<p>Ces immigr\u00e9s, constitu\u00e9s pour la plupart des bras valides, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s actifs dans tous les secteurs de la vie sociale\u00a0; du formel \u00e0 l\u2019informel o\u00f9 ils se livraient \u00e0 des activit\u00e9s telles que : \u00e9tudiants, professeurs, sant\u00e9, tourisme, administration, commerces, d&#8217;habillement, de la communication et de la t\u00e9l\u00e9communication, la restauration, import-export, de la contrebande de trafic de devises, de diamants et de m\u00e9taux pr\u00e9cieux (cobalt), de drogues et de trafic d&#8217;armes, etc. Par la suite, ils ont \u00e9t\u00e9 donc identifi\u00e9s et classifi\u00e9s selon leur statut juridique.<\/p>\n<p>Il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des immigrants\u00a0<em>ill\u00e9gaux<\/em>\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 clandestinement dans le pays et qui ne disposent d\u2019aucun papier officiel de r\u00e9sidence et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les immigrants\u00a0<em>l\u00e9gaux<\/em>\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui disposent l\u00e9galement d\u2019un permis de s\u00e9jour temporaire ou permanent pour visite, \u00e9tudes ou pour un contrat de travail. En effet, sous le r\u00e8gne Mandela tout comme sous celui de De Klerk, l\u2019ill\u00e9gal reste et demeure hors la loi, il est le criminel qui se soustrait de la loi, donc il faut le combattre\u00a0; selon Friedman, l\u2019ill\u00e9gal est sans recours, et n\u2019a pas de statut et ni le droit d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par la loi\u00a0: les tribunaux sud-africains ont d&#8217;ailleurs l\u00e9gitim\u00e9 l&#8217;id\u00e9e que les immigr\u00e9s ill\u00e9gaux ne b\u00e9n\u00e9ficiaient pas des droits constitutionnels\u00a0; la Cour supr\u00eame a \u00e9tabli en 1994 que le droit, garanti par la Constitution int\u00e9rimaire, de \u00ab chaque personne \u00bb \u00e0 conna\u00eetre les raisons d&#8217;une action administrative affectant l&#8217;un quelconque de ses droits, ne s&#8217;appliquait pas aux immigr\u00e9s ill\u00e9gaux, auxquels elle venait pourtant de reconna\u00eetre le droit de se pourvoir en justice: soumis \u00e0 la loi, les ill\u00e9gaux sont n\u00e9anmoins priv\u00e9s de sa protection. (Friedman 1997, 3, 9 ; Reitzes 1997, 8).<\/p>\n<p>Ainsi va s\u2019op\u00e9rer la politique de la r\u00e9pression des immigr\u00e9s ill\u00e9gaux\u00a0; sous la forme d\u2019une action violente et r\u00e9pressive, cette politique sera \u00e0 son tour d\u00e9nonc\u00e9e comme\u00a0<em>racisme<\/em>\u00a0par la population \u00e9trang\u00e8re et par les victimes elles-m\u00eames. Certains observateurs parleront d\u2019une nouvelle forme d\u2019apartheid dans la mesure o\u00f9 elle constitue une pratique discriminatoire qui porte atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 des immigr\u00e9s de la peau noire. Alors que la constitution int\u00e9rimaire \u00e9tendait tous les droits fondamentaux, hormis celui du vote, \u00e0 \u00ab toute personne \u00bb vivant sur le territoire de la R\u00e9publique, la constitution d\u00e9finitive ne reconna\u00eet plus qu&#8217;aux seuls \u00ab citoyens \u00bb les droits d&#8217;entr\u00e9e et de sortir librement du pays et \u00ab de choisir librement leur commerce, leur occupation ou profession \u00bb (Friedman 1997, p. 7 ; Reitzes id.). En 1995, la r\u00e9pression de l&#8217;immigration clandestine ou irr\u00e9guli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e, poursuivie, r\u00e9organis\u00e9e et intensifi\u00e9e, avec la multiplication des forces de l\u2019ordre en vue d\u2019un \u00ab d\u00e9pistage interne \u00bb ; on notera plus de 600 000 rapatriements forc\u00e9s de 1988 \u00e0 1995 dont plus d\u2019un quart effectu\u00e9 dans la seule ann\u00e9e 1995. Avec l\u2019appui des Internal Tracing Units (UTI), charg\u00e9es de la chasse aux \u00ab\u00a0<em>ill\u00e9gaux<\/em>\u00a0\u00bb, la syst\u00e9matisation des expulsions fut plus facile. Comme le dit Hussein Solomon &#8211; de l&#8217;Institut d&#8217;\u00e9tudes de s\u00e9curit\u00e9 (ISS) de Pretoria &#8211; les \u00ab \u00e9trangers ill\u00e9gaux ont, de par leur nature m\u00eame, contourn\u00e9 les obligations l\u00e9gales. En tant que tels, ils constituent une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;Afrique du Sud \u00bb (Solomon, 1997, p. 3).<\/p>\n<p>Le journal fran\u00e7ais, le Figaro, de sa parution du 19 Mai 2008, relayait les vagues de violence qui frappaient notamment les travailleurs \u00e9trangers vivant \u00e0 Johannesburg. En effet, ceux-ci avait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s par de nombreux Sud-Africains de prendre les emplois des locaux et d&#8217;\u00eatre impliqu\u00e9s dans la criminalit\u00e9. Arm\u00e9s de machettes et d&#8217;armes \u00e0 feu, des foules (sud-africaines) s&#8217;en prenaient aux \u00e9trangers des pays voisins comme le Zimbabwe et le Mozambique. On d\u00e9nombra plusieurs morts et plusieurs bless\u00e9s. \u00ab\u00a0L&#8217;ampleur du probl\u00e8me est un vrai choc pour nous, m\u00eame si nous avons pr\u00e9venu que nous pouvions arriver o\u00f9 nous en sommes aujourd\u2019hui \u00bb, a estim\u00e9 le Haut-commissariat de l&#8217;ONU aux r\u00e9fugi\u00e9s, pr\u00e9cisant que cette violence x\u00e9nophobe \u00e9tait exacerb\u00e9e par un fort \u00ab facteur criminel \u00bb.<\/p>\n<p>En 2015, sous les attaques de Sud-africains, plusieurs milliers de migrants originaires presque de tout le continent furent contraints d\u2019abandonner leurs commerces et leurs habitations pr\u00e9caires pour trouver refuge dans des camps mont\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te, ou en attendant que les services de rapatriement vers leurs pays d\u2019origine soient mis en place. Pendant ce temps, les arrestations se multipliaient, Johannesburg, et d\u2019autres grands foyers d\u2019immigration africaine s\u2019enflamment au rythme d\u2019affrontements et de pillages x\u00e9nophobes. Dans ce contexte, les valeurs et l\u2019image de la\u00a0<em>nation arc-en-ciel<\/em>\u00a0se durcissaient et se ternissaient de plus en plus. Devant ces manifestations anti-immigr\u00e9s de 2022, le pr\u00e9sident Cyril Ramaphosa affirmait\u00a0:<\/p>\n<p>Nous gardons un \u0153il attentif sur la fa\u00e7on dont les gens r\u00e9agissent \u00e0 la pr\u00e9sence de personnes d&#8217;autres pays dans notre propre pays. Nous avons clairement indiqu\u00e9, en tant que Sud-Africains, que nous ne sommes pas x\u00e9nophobes, que nous ne ha\u00efssons pas les gens d&#8217;autres pays. En fait, nous accueillons les gens d&#8217;autres pays (Pascale Mahe Keingna\/AFP, in Africanews 21\/02\/2022).<\/p>\n<h3>6.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Conclusion<\/h3>\n<p>On a vu que de l\u2019apartheid avait laiss\u00e9 des t\u00e2ches ind\u00e9l\u00e9biles dans l\u2019atmosph\u00e8re ethnique, politique et sociale pendant que le symbole de la \u00ab\u00a0<em>nation arc<\/em>&#8211;<em>en<\/em>&#8211;<em>ciel \u00bb\u00a0<\/em>avait cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un climat d\u2019unit\u00e9 nationale et de r\u00e9conciliation nationale \u00e0 travers la pens\u00e9e de Nelson Mandela et Desmond Tutu. De leur c\u00f4t\u00e9, la nouvelle constitution et des institutions \u00e9tatiques, avaient d\u00e9fini les cadres juridiques pouvant aider l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. Mais on constate que ces normes constitutionnelles restent th\u00e9oriques et que dans la pratique politique, les divisions et les divergences demeurent. L\u2019autrui, dans ce contexte socio-politique, rencontre de v\u00e9ritables difficult\u00e9s \u00e0 \u00eatre reconnu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>R\u00e9f\u00e9rences Bibliographiques<\/h3>\n<p>CORONEL, A.L.,\u00a0<em>\u201cSouth Africa: Restoring Confidence to Oil the Wheels for Growth\u201d,\u00a0<\/em>podcast, 2018, in:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.imf.org\/-\/media\/Files\/News\/Podcasts\/Transcripts\/2018\/ana-lucia-coronel-transcript.ashx\">https:\/\/www.imf.org\/-\/media\/Files\/News\/Podcasts\/Transcripts\/2018\/ana-lucia-coronel-transcript.ashx<\/a><\/p>\n<p>DARBON, D.,\u00a0<em>Ethnicit\u00e9 et nation en Afrique du Sud, imageries identitaires et enjeux sociaux,<\/em>\u00a0Karthala, Paris 1995.<\/p>\n<p>DARBON, D.,\u00a0<em>Le pays de l\u2019arc-en-ciel\u00a0; La Nouvelle Afrique du Sud<\/em>, Karthala, Paris 1996.<\/p>\n<p>FRIEDMAN, S.,\u00a0<em>Migration Policy, Human Rights and the Constitution<\/em>, Johannesburg Centre for Policy Studies, multigr, 1997<\/p>\n<p>LORY, G.,\u00a0<em>L\u2019Afrique du Sud<\/em>, Ed. Karthala, 1998.<\/p>\n<p>MAHE KEINGNA, P.,\u00a0<em>Afrique du Sud : les manifestations anti-immigr\u00e9s surveill\u00e9es de pr\u00e8s<\/em>, in\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.africanews.com\/2022\/02\/17\/afrique-du-sud-les-manifestations-anti-immigres-surveillees-de-pres\/\">https:\/\/fr.africanews.com\/2022\/02\/17\/afrique-du-sud-les-manifestations-anti-immigres-surveillees-de-pres\/<\/a><\/p>\n<p>MANDELA, N.,\u00a0<em>Discours d&#8217;investiture pr\u00e9sidentielle<\/em>, 10 mai 1994, in\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lavie.fr\/actualite\/societe\/le-discours-dinvestiture-de-nelson-mandela-le-10-mai-1994-25189.php\">https:\/\/www.lavie.fr\/actualite\/societe\/le-discours-dinvestiture-de-nelson-mandela-le-10-mai-1994-25189.php<\/a><\/p>\n<p>McDONALD, D., et al., \u201cChallenging Xenophobia: Myths and Realities About Cross-Border Migration in Southern Africa\u201d, Migration Series, Queens University, Kingston, Southern African Migration Project, n\u00b0 7, 1998.<\/p>\n<p>Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine,\u00a0<em>Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples<\/em>\u00a0(\u00ab Charte de Banjul \u00bb), 27 juin 1981 (CAB\/ LEG\/67\/3 rev. 5, 21 I.L.M. 58 (1982) ;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.refworld.org\/legal\/agreements\/oau\/1981\/en\/17306.\">https:\/\/www.refworld.org\/legal\/agreements\/oau\/1981\/en\/17306.<\/a><\/p>\n<p>PHILIPPE, X.,\u00a0<em>La d\u00e9mocratie constitutionnelle\u00a0: un mod\u00e8le<\/em>\u00a0? in\u00a0:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-pouvoirs-2009-2-page-157.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-pouvoirs-2009-2-page-157.htm<\/a><\/p>\n<p>REITZES, M., \u201cStrangers Truer Than Fiction: The Social and Economic Impact of Migrants on the Johannesburg Inner City\u201d, Centre for Policy Studies Research Report n.60, Johannesburg, 1997.<\/p>\n<p>REITZES. M., \u201cCounting the Uncountable? Undocumented Migrants in South Africa\u201d, Pretoria, Department of Labour, 1998.<\/p>\n<p>Republic of South Africa,\u00a0<em>White Paper on International Migration<\/em>, Pretoria, Government Printers, 1999.<\/p>\n<p>SIMONE, A., \u201cLes migrations africaines et le devenir de Johannesburg\u201d, in\u00a0: Bouillon. A., dir.,\u00a0<em>Immigration africaine en Afrique du Sud. Les migrants francophones des ann\u00e9es 90<\/em>. Paris Karthala, 1998.<\/p>\n<p>SOLOMON, H.,\u00a0<em>Immigration and Security in South Africa<\/em>, Pretoria: Institute for Security Studies, multigr, Southern Africa Report, hebdomadaire, Johannesburg. Southscan, Hebdomadaire, Londres, 1997.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><sup>[1]<\/sup>\u00a0Chapitre 2 de la :\u201cDissertatio Ad Licentiam In Facultate Scientiarum Socialium Apud Pontificiam Universitatem Angelicum\u201d 2022\/2023.\u00a0<em>\u00abLa Reconnaissance De L\u2019autre Dans Le Syst\u00e8me Politique national et r\u00e9gional de l\u2019Afrique du Sud de 1948 \u00e0 2020<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><sup>[2]<\/sup>\u00a0L\u2019Afrique du Sud a \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e par des puissances europ\u00e9ennes. En 1652, les N\u00e9erlandais fondent la colonie Le Cap. Ils y installent une escale de la Compagnie des Indes Orientales. Poursuivant leur expansion, les Boers, descendants des premiers colons, rencontrent apr\u00e8s plus d\u2019un si\u00e8cle, en 1775, les populations Bantous. Apr\u00e8s une s\u00e9rie de conflits Anglo-Boers et Bantous-Boers, le trait\u00e9 de Paris de 1814 attribue la colonie aux Britanniques qui abolissent l\u2019esclavage en 1833. Les Boers, m\u00e9contents, migrent alors vers le Transvaal et le Natal (aujourd\u2019hui connu sous le nom de KwaZulu-Natal). Apr\u00e8s la d\u00e9couverte d\u2019or et de diamants sur ces territoires, les Britanniques leur d\u00e9clarent la guerre en 1899 et remportent la victoire en 1902.<\/p>\n<p>L\u2019Union sud-africaine na\u00eet en 1910, avec cinq millions d\u2019habitants. En 1911, les Afrikaners et les Britanniques mettent en place les premi\u00e8res lois de l\u2019Apartheid, ou d\u00e9veloppement s\u00e9par\u00e9. Les mouvements de r\u00e9sistance de l\u2019\u00e9lite noire s\u2019organisent en 1912 et l\u2019African National Congress (ANC) prend son nom en 1923.<\/p>\n<p><sup>[3]<\/sup>\u00a0<em>Population Registration Act<\/em>\u00a0(PRA) est la loi sur la classification des populations. Au terme de cette loi, la population sud-africaine est divis\u00e9e en deux groupes d\u00e9sign\u00e9s sous l\u2019appellation de non-blancs et non-noirs.<\/p>\n<p><sup>[4]<\/sup><em>\u00a0Group Areas Act<\/em>: Loi d\u00e9terminant les zones d\u2019\u00e9tablissement de chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<p><sup>[5]<\/sup>Le\u00a0<em>laager<\/em>\u00a0est donc le cercle des chariots dans lequel les colons se retranchaient. Par extension, le mot d\u00e9signera la politique nationaliste d\u2019apr\u00e8s 1948 et la d\u00e9fense acharn\u00e9e de la supr\u00e9matie blanche dans un pays encercl\u00e9 d\u2019ennemis.<\/p>\n<p><sup>[6]<\/sup>\u00a0Le massacre de Sharpeville est un \u00e9pisode de r\u00e9pression polici\u00e8re dans l\u2019Afrique du Sud durant l\u2019apartheid. Il a eu lieu le 21 mars 1960 \u00e0 Sharpeville (une banlieue noire), de Vereeniging, dans le Transvaal, et s&#8217;est sold\u00e9 par la mort de 69 manifestants noirs.<\/p>\n<p><sup>[7]<\/sup>\u00a0Les \u00e9meutes de Soweto : en Afrique, une s\u00e9rie de manifestations qui avaient commenc\u00e9 le matin du 16 juin 1976 et \u00e9taient men\u00e9es par des \u00e9l\u00e8ves noirs de l&#8217;enseignement public secondaire. Soutenus par le mouvement de la conscience noire, le but de ces manifestations \u00e9tait de protester dans les rues de Soweto contre l&#8217;introduction de l\u2019afrikaans comme langue officielle d&#8217;enseignement \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec l\u2019anglais dans les \u00e9coles locales. Pour disperser la foule, la police tire \u00e0 balles r\u00e9elles, causant au moins 23 morts. On estime que 20.000 \u00e9l\u00e8ves ont particip\u00e9 \u00e0 ces manifestations et entre 176 et 700 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es au total lors de la r\u00e9pression men\u00e9e par les forces de police. Le 16 juin est devenu en 1994 un jour f\u00e9ri\u00e9 en tant que f\u00eate de la jeunesse.<\/p>\n<p><sup>[8]<\/sup>\u00a0Th\u00e8me invent\u00e9 par l&#8217;archev\u00eaque Desmond Tutu pour d\u00e9signer la diversit\u00e9 de la nation sud-africaine et qui a remplac\u00e9 le concept de soci\u00e9t\u00e9 plurale employ\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment par les th\u00e9oriciens de l&#8217;apartheid (1948-1991).<\/p>\n<p><sup>[9]<\/sup>\u00a0Dieu dit encore \u00e0 No\u00e9 et \u00e0 ses fils : \u00ab Voici que moi, j\u2019\u00e9tablis mon alliance avec vous, avec votre descendance apr\u00e8s vous, et avec tous les \u00eatres vivants qui sont avec vous (\u2026). Oui, j\u2019\u00e9tablis mon alliance avec vous : aucun \u00eatre de chair ne sera plus d\u00e9truit par les eaux du d\u00e9luge, il n\u2019y aura plus de d\u00e9luge pour ravager la terre.\u00a0\u00bb. Gn 9: 8-13.<\/p>\n<p><sup>[10]<\/sup>\u00a0v. note n. 25.<\/p>\n<p><sup>[11]<\/sup>\u00a0PAC: Congr\u00e8s panafricain.<\/p>\n<p><sup>[12]<\/sup>\u00a0N\u00e9 le 7 Octobre 1931 \u00e0 Klerksdorp en Afrique du Sud, il fut d\u2019abord enseignant, puis il fit des \u00e9tudes de th\u00e9ologie, devenant ainsi le premier archev\u00eaque anglican noir du Cap et de Johannesburg. Critique virulent de l\u2019apartheid, ses conf\u00e9rences et ses \u00e9crits firent de lui la \u00ab voix \u00bb des sud-africains noirs sans-voix<\/p>\n<p><sup>[13]<\/sup>\u00a0<em>Ubuntu\u00a0<\/em>: issu de langues bantoues, ce terme d\u00e9signe une notion proche des concepts d\u2019humanit\u00e9 et de fraternit\u00e9. En Afrique du Sud, il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 notamment par Nelson Mandela et Desmond Tutu pour d\u00e9signer un id\u00e9al de soci\u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation durant l\u2019apartheid et pour promouvoir la r\u00e9conciliation, l\u2019unit\u00e9 et la paix nationale.<\/p>\n<p><sup>[14]<\/sup>\u00a0On aura bien not\u00e9 que \u201cacceptation de l\u2019autre\u201d est le premier des \u00e9l\u00e9ments constituant l\u2019<em>ubuntu.<\/em><\/p>\n<p><sup>[15]<\/sup>\u00a0Soweto est une banlieue noire situ\u00e9e \u00e0 24 km au sud-ouest de Johannesburg dans la province du Transvaal, aujourd\u2019hui situ\u00e9e dans le Gauteng en Afrique du Sud.<\/p>\n<p><sup>[16]<\/sup>\u00a0Ces 34 principes ont constitu\u00e9 le d\u00e9nominateur commun de l\u2019ensemble des n\u00e9gociations et des conditions d\u2019adoption des deux Constitutions de 1993 et de 1996.<\/p>\n<p><sup>[17]<\/sup>\u00a0Comme Arthur Chaskalson, qui deviendra le pr\u00e9sident de la Cour constitutionnelle en 1995 et qui fut l\u2019un des avocats de Nelson Mandela au proc\u00e8s de Rivonia.<\/p>\n<p><sup>[18]<\/sup>\u00a0ANC: Congr\u00e8s national africain<strong>,<\/strong>\u00a0un parti politique d\u2019Afrique du Sud et membre de l\u2019internationale socialiste. Ce parti est fond\u00e9 en janvier 1912 \u00e0 Bloemfontein pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9 noire contre la minorit\u00e9 blanche.<\/p>\n<p><sup>[19]<\/sup>\u00a0La maison de Mme Irene Grootboom, habitant une communaut\u00e9 tr\u00e8s pauvre, de type bidonville, au Cap occidental, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite en raison d\u2019un ordre d\u2019\u00e9viction pour domicile ill\u00e9gal. La Cour a jug\u00e9 que l\u2019\u00c9tat devait agir pour am\u00e9liorer le sort des gens vivant dans des conditions mis\u00e9rables dans tout le pays et, dans la mesure du possible, faciliter aux citoyens l\u2019acc\u00e8s au logement.<\/p>\n","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":""},"autori":[1263],"fascicolo":[350],"class_list":["post-3124","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-mathias-raul-sahouegnon","fascicolo-febbraio-2025"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - L\u2019autre et les identit\u00e9s en Afrique de Sud<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di Mathias Raul Sahouegnon, pubblicato nel numero di Febbraio 2025. 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