{"id":2575,"date":"2019-10-01T12:00:00","date_gmt":"2019-10-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=2575"},"modified":"2026-04-18T22:58:34","modified_gmt":"2026-04-18T20:58:34","slug":"democratie-et-ecclesialite","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2019\/ottobre\/democratie-et-ecclesialite\/","title":{"rendered":"D\u00e9mocratie et eccl\u00e9sialit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Extrait de ma conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Chartes \u00e0 Paris le 19 juin 2019 \u00e0 la 2e s\u00e9ance \u00ab D\u00e9mocratie et Sacr\u00e9 \u00bb du S\u00e9minaire sur le \u00ab Devenir de l\u2019\u00c9tat la\u00efc \u00bb (AIDOP &amp; CES), avec le concours du S\u00e9minaire de Mme le Pr Dominique de Courcelles ( \u00ab Transferts culturels \u00bb CNRS,ENS ), suite \u00e0 la S\u00e9ance acad\u00e9mique Internationale du 6 d\u00e9cembre 2018 pour le 60<sup>e<\/sup>\u00a0anniversaire du discours du Pape Pie XII de 1958 sur la \u00ab l\u00e9gitime et saine la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00bb, tenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pontificale de l\u2019Angelicum (AIDOP, CES, FASS de l\u2019Angelicum), cf. Num\u00e9ro de juin 2019 in\u00a0<em>OIKONOMIA<\/em>).<\/p>\n<p>Pour parler des relations entre l\u2019\u00eatre de la d\u00e9mocratie et l\u2019\u00eatre de l\u2019\u00c9glise chretienne, pour parler de la corr\u00e9lation entre d\u00e9mocratie et sacr\u00e9, il faut d\u2019abord \u00e9tudier les conditions pr\u00e9alables qui mettent en rapport positif et cr\u00e9atif la d\u00e9mocratie et l\u2019eccl\u00e9sialit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 que le sacr\u00e9 fait partie aussi de l\u2019\u00e9v\u00e9nement eccl\u00e9sial. En effet, existe encore aujourd\u2019hui l\u2019interrogation sur le rapport entre ces deux aspects de la vie humaine, la d\u00e9mocratie et l\u2019eccl\u00e9sialit\u00e9 (ou la\u00a0<em>d\u00e9mocratie<\/em>\u00a0et la\u00a0<em>synodalit\u00e9<\/em>), alors que, au cours des si\u00e8cles, la question pos\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9e de fa\u00e7on concr\u00e8te et de fa\u00e7on doctrinale, manifestement pertinentes. La clarification terminologique est ici significative.<\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, le mot \u201cd\u00e9mos\u201d, le \u03b4\u03ae\u03bc\u03bf\u03c2 ath\u00e9nien, qui signifie \u201cassembl\u00e9e de peuple\u201d, a la m\u00eame origine que le mot \u03b4\u03ad\u03bc\u03b1\u03c2, \u201cd\u00e9mas\u201d, qui veut dire en grec \u201ccorps\u201d. Par cons\u00e9quent, ces deux mots font commun\u00e9ment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une\u00a0<em>communaut\u00e9 d\u2019existence, de pens\u00e9e et d\u2019action<\/em>. Comme l\u2019<em>unique<\/em>\u00a0et singulier corps humain a des fonctionnements \u0153uvrant en commun, ses membres \u00e9tant unis harmonieusement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, de la m\u00eame fa\u00e7on les membres d\u2019une Assembl\u00e9e ou d\u2019une Communaut\u00e9 d\u2019un peuple fonctionnent comme un corps, et ses membres sont li\u00e9s en principe harmonieusement entre eux. Partant de cette conception bien agenc\u00e9e, l\u2019Ap\u00f4tre Paul a adapt\u00e9 la notion de peuple de Dieu, en tant que corps, au\u00a0<em>nouveau<\/em>\u00a0\u201c<em>d\u00e9mos<\/em>\u201d, non pas au \u201cd\u00e9mos\u201d social, mais au\u00a0<em>peuple de Dieu<\/em>, l\u2019\u00c9glise<sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de nous interroger : quel est le lien entre ces deux param\u00e8tres que sont respectivement le \u201cd\u00e9mos\u201d social et le \u201cd\u00e9mos\u201d eccl\u00e9sial? Nous examinerons bri\u00e8vement cette question de trois points de vue, en partant, par excellence, du \u201cprincipe de majorit\u00e9\u201d qui constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment fondamental de la condition d\u00e9mocratique. Car il s\u2019agit d\u2019\u00e9lucider l\u2019aspect \u2014 unique en son genre \u2014 de l\u2019<em>eccl\u00e9sialit\u00e9<\/em>: cet aspect contient une dimension sp\u00e9cifique du sacr\u00e9 et o\u00f9 ce sacr\u00e9 sp\u00e9cifique \u00e9claire son rapport original au\u00a0<em>d\u00e9mos<\/em>\u00a0du\u00a0<em>peuple de Dieu<\/em>, distinct du d\u00e9mos social.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>A. De l\u2019Antiquit\u00e9 hell\u00e9nique des Philosophes<\/strong><\/p>\n<p>Si nous remontons jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, nous ne retrouvons pas vraiment de trace, dans la tradition hell\u00e9nique antique qui se veut \u201cd\u00e9mocratique\u201d, du principe de majorit\u00e9. Le monde occidental, par la suite, afin de distinguer ce qui est\u00a0<em>juste<\/em>\u00a0de ce qui est\u00a0<em>faux<\/em>, s\u2019est fond\u00e9 sur le principe d\u2019authenticit\u00e9, sur les preuves\u00a0<em>infaillibles<\/em>, sur les principes de majorit\u00e9 et d\u2019utilit\u00e9 du r\u00e9sultat. Pour les philosophes hell\u00e8nes de l\u2019Antiquit\u00e9, ces principes sont inconnus et totalement inconcevables. La v\u00e9rit\u00e9 est \u00e9tablie lorsque tous sont unanimement d\u2019accord et que chacun lui apporte son t\u00e9moignage (c\u2019est-\u00e0-dire lorsque tous partagent la m\u00eame opinion et que chacun transmet sa propre exp\u00e9rience).<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par un paradigme. D\u00e9mocrite dit que, si j\u2019affirmais, devant un pot de miel, que le contenu du pot est amer, on me dirait que je mens, que je m\u2019\u00e9loigne de la v\u00e9rit\u00e9, et cela, non pas parce qu\u2019il existerait, en dehors et au-dessus de nous, une force ou quelqu\u2019un qui d\u00e9cide de ce qui est sucr\u00e9 et de ce qui est amer, mais tout simplement parce que l\u2019exp\u00e9rience de chacun t\u00e9moigne de ce que le miel est sucr\u00e9. Par cons\u00e9quent, si je soutiens le contraire, je ne me trouve pas en accord avec vous, car je ne partage pas votre exp\u00e9rience. Voil\u00e0 donc o\u00f9 commence la d\u00e9mocratie pour les Hell\u00e8nes de l\u2019Antiquit\u00e9. H\u00e9raclite d\u2019\u00c9ph\u00e8se \u00e9crit: \u00abLorsque tous contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9preuve commune pour que la vie soit\u00a0<em>v\u00e9ritable<\/em>.\u00a0<em>La v\u00e9rit\u00e9 ne rel\u00e8ve donc pas de la majorit\u00e9, mais du partage, du consensus sur l\u2019exp\u00e9rience commune<\/em>\u00bb. Or la majorit\u00e9 est valide et porte une valeur r\u00e9elle, lorsqu\u2019elle sert la v\u00e9rit\u00e9. Mais la\u00a0<em>majorit\u00e9<\/em>\u00a0<em>autonome<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>autonomisante<\/em>\u00a0peut facilement d\u00e9tourner la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est justement pour cela qu\u2019il ne faut pas avoir une\u00a0<em>majorit\u00e9<\/em>\u00a0sans\u00a0<em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>. Dans le cas contraire, la\u00a0<em>majorit\u00e9<\/em>\u00a0peut facilement servir le mensonge ou l\u2019ali\u00e9nation\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>B. De la th\u00e9ologie eccl\u00e9siale<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes maintenant invit\u00e9s \u00e0 faire une distinction entre \u201cd\u00e9mocratie\u201d et \u201ceccl\u00e9sialit\u00e9\u201d. L\u2019\u00c9glise rel\u00e8ve-t-elle du d\u00e9mocratique? Il est possible de r\u00e9pondre tant \u201coui!\u201d que \u201cnon !\u201d. \u201cOui\u201d, parce que l\u2019eccl\u00e9sialit\u00e9 porte en elle et repr\u00e9sente l\u2019<em>id\u00e9al d\u00e9mocratique<\/em>\u00a0comme\u00a0<em>modus vivendi<\/em>\u00a0socio-personnel et socio-universel. \u201cNon\u201d, dans la mesure o\u00f9 la d\u00e9mocratie suppose une dimension unique, seulement la dimension\u00a0<em>horizontale<\/em>\u00a0(<em>d\u00e9mocratie<\/em>); cependant que lui \u00e9chappe la dimension\u00a0<em>verticale<\/em>. En d\u2019autres termes, la d\u00e9mocratie est incompatible avec la vie du corps eccl\u00e9sial, car la d\u00e9mocratie demeure\u00a0<em>\u00e9onistique<\/em><sup>2<\/sup>\u00a0et repr\u00e9sente un\u00a0<em>monophysisme<\/em>\u00a0\u2014 sinon politique, tout au moins \u2014 th\u00e9ologique. Elle peut s\u2019accomplir et est\u00a0<em>compl\u00e8te<\/em>\u00a0comme syst\u00e8me politique, mais elle demeure n\u00e9anmoins\u00a0<em>d\u00e9ficitaire<\/em>, lorsqu\u2019elle pr\u00e9tend notamment se substituer \u00e0 l\u2019eccl\u00e9sialit\u00e9\u00a0<em>divino-humaine<\/em>: cette derni\u00e8re demeure pour ceux qui arrivent \u00e0 la vivre (<em>m\u00e9thexis-participation<\/em>), la voie vitale, aussi bien pour le \u201csi\u00e8cle pr\u00e9sent\u201d, que pour le \u201csi\u00e8cle \u00e0 venir\u201d\u2026<\/p>\n<p>Par ailleurs, la d\u00e9mocratie demeure profond\u00e9ment\u00a0<em>choisie<\/em>\u00a0par l\u2019humain, mais certainement pas\u00a0<em>charismatique<\/em>. En effet, la d\u00e9mocratie refuse le\u00a0<em>charisme<\/em>\u00a0: elle fait d\u00e9couler l\u2019autorit\u00e9 de la volont\u00e9 populaire. Dans l\u2019\u00c9glise, la qualit\u00e9 \u00e9piscopale est\u00a0<em>charismatique<\/em>\u00a0(m\u00eame si le peuple\u00a0<em>a choisi<\/em>\u00a0son \u00e9v\u00eaque), car l\u2019\u00e9v\u00eaque re\u00e7oit un minist\u00e8re (<em>charisme<\/em>\u00a0constitutif et r\u00e9capitulatif de son \u00c9glise locale) par un saint Myst\u00e8re (<em>chirotonie<\/em>) de l\u2019\u00c9glise, et il l\u2019exerce en\u00a0<em>communion synodale<\/em>\u00a0avec l\u2019ensemble des \u00e9v\u00eaques de l\u2019\u00c9glise, en participant \u00e0 un synode local. La notion th\u00e9ologique de la synodalit\u00e9 est bien autre chose que la d\u00e9mocratie. Enfin, la d\u00e9mocratie pr\u00e9tend se justifier par l\u2019humanisme. Mais elle nous propose un humano-centrisme qui se trouve \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du th\u00e9anthropisme chr\u00e9tien: l\u2019<em>homme<\/em>\u00a0aspirant \u00e0 \u00eatre\u00a0<em>Dieu<\/em>\u00a0veut remplacer\u00a0<em>Dieu fait homme<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est cependant une impasse de qualifier l\u2019\u00c9glise par cette notion d\u2019un humano-centrisme., parce qu\u2019elle\u00a0<em>est autrement<\/em>.<\/p>\n<p>Le \u2018<em>d\u00e9mo<\/em>-cratique\u2019 constitue certes une haute conception humaine de la vie\u00a0<em>poli<\/em>-tique, c\u2019est \u00e0 dire publique (et par suite du droit) dans une perspective<em>\u00a0fonci\u00e8rement<\/em>\u00a0horizontale (<em>d\u00e9mos<\/em>) qui concerne l\u2019implantation d\u2019une \u201csoci\u00e9t\u00e9 parfaite\u201d (<em>societas perfecta<\/em>) ayant pour but le service de l\u2019homme \u2014 l\u2019\u201c\u00eatre d\u00e9mocratique\u201d, noyau essentiel de cette perspective \u2014 dans des relations d\u2019\u00e9galit\u00e9 (droits-<em>kratos<\/em>\u00a0[<em>\u00e9tat<\/em>]) et de respect r\u00e9ciproque (obligations-<em>d\u00e9mos<\/em>) commun\u00e9ment impos\u00e9es et accept\u00e9es par le m\u00eame\u00a0<em>d\u00e9mos<\/em>\u00a0(cf. la conception contemporaine des Droits de l\u2019Homme et du dualisme impos\u00e9 : droits-obligations, qui d\u00e9coule de ceux-l\u00e0).<br \/>\nMais, \u2018l\u2019eccl\u00e9sial\u2019 est en dehors de cette dimension naturaliste moderniste et \u00e9galement loin de toute \u201c<em>eccl\u00e9sio-cratie<\/em>\u201d. Pourquoi? En tant qu\u2019\u00e9v\u00e9nement constituant une communaut\u00e9 historique comme r\u00e9alit\u00e9 eschatologique dans l\u2019histoire \u2014 et c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 qui advient constamment\u00a0<em>en<\/em>\u00a0Christ et\u00a0<em>dans<\/em>\u00a0l\u2019Esprit Saint \u2014 l\u2019eccl\u00e9sialit\u00e9 est\u00a0<em>autrement<\/em>\u00a0profonde et\u00a0<em>autrement<\/em>\u00a0vitale. En tant qu\u2019<em>in-stitution<\/em>\u00a0dans l\u2019histoire, l\u2019\u00c9glise, rel\u00e8ve du droit \u201c<em>non d\u00e9mo<\/em>-cratique\u201d, car elle rel\u00e8ve du droit \u201c<em>th\u00e9o<\/em>-cratique\u201d; mieux, du droit \u201c<em>th\u00e9o-andrique<\/em>\u201d [voire\u00a0<em>divino-humain<\/em>]. Or, ce \u201c<em>th\u00e9o<\/em>-\u201d de l\u2019\u00c9glise n\u2019est donn\u00e9 qu\u2019<em>en Christ<\/em>\u00a0(<em>dans<\/em>\u00a0l\u2019Esprit Saint); et la r\u00e9alit\u00e9 \u201cChrist\u201d (ou mieux, l\u2019\u00e9v\u00e9nement-Christ) implique \u00e0\u00a0<em>la fois<\/em>\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 humaine dans son int\u00e9gralit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 divine \u03b1\u03c3\u03c5\u03b3\u03c7\u03cd\u03c4\u03c9\u03c2 (\u201csans m\u00e9lange, ni confusion\u201d) et \u03b1\u03b4\u03b9\u03b1\u03b9\u03c1\u03ad\u03c4\u03c9\u03c2 (\u201csans s\u00e9paration, ni division\u201d)<sup>3<\/sup>. Le \u201cJe\u201d de l\u2019\u00c9glise ne repr\u00e9sente pas un aspect s\u00e9par\u00e9 ni diff\u00e9rent de celui que d\u00e9signe le \u201cJe\u201d du Christ Lui-m\u00eame. En tant que r\u00e9alit\u00e9 pleinement\u00a0<em>horizontale et verticale<\/em>\u00a0\u00e0 la fois, l\u2019\u00c9glise n\u2019a cependant pas son droit (ni son \u201cJe\u201d) par elle-m\u00eame, et elle ne le tient pas non plus\u00a0<em>du\u00a0<\/em>\u201c<em>d\u00e9mos\u00a0<\/em>eccl\u00e9sial\u201d. Bien qu\u2019elle assure une communion profonde entre les hommes, cela ne se r\u00e9alise qu\u2019en passant \u00e0 travers\u00a0<em>la communion myst\u00e9rique avec Dieu<\/em><sup>4<\/sup>.<br \/>\nIci encore, il suffit de regarder ce que sont les \u201crapports de l\u2019homme avec les autres hommes, ses prochains [<em>synanthropes<\/em>], et avec Dieu\u201d (Abba Doroth\u00e9e) : l\u2019\u00c9glise, comme le [et en tant que] Royaume \u2014 et les ic\u00f4nes aussi d\u2019ailleurs \u2014 devient, en fin de compte, une r\u00e9alit\u00e9 explicitement\u00a0<em>uni-dimensionnelle<\/em>\u00a0(\u2026). Nous avons l\u00e0 la dimension du Royaume \u00e0 venir, o\u00f9 l\u2019incr\u00e9\u00e9 est en pleine communion ontologique avec le cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise, en effet, a comme but la pl\u00e9nitude eschatologique, d\u00e9j\u00e0 inaugur\u00e9e dans l\u2019Histoire: le Royaume qui est \u201c<em>d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et pas encore<\/em>\u201d r\u00e9ellement pr\u00e9sent, bien que cach\u00e9<sup>5<\/sup>. Ainsi, l\u2019\u201c\u00eatre d\u00e9mocratique\u201d et l\u2019\u201c\u00eatre eccl\u00e9sial\u201d ne peuvent jamais \u00eatre compar\u00e9s. Le premier- strictement historique &#8211; pourrait s\u2019inscrire dans le deuxi\u00e8me &#8211; qui reste bien fonci\u00e8rement eschatologique -; et c\u2019est pour cette raison que l\u2019historique ne peut jamais \u00eatre confondu avec l\u2019eschatologique et encore moins le supplanter\u2026 Or il ne faut jamais oublier que l\u2019aspect d\u00e9mocratique demeure d\u00e9cid\u00e9ment une\u00a0<em>r\u00e9alit\u00e9 historique<\/em>, mais aussi manifestement une\u00a0<em>utopie eschatologique<\/em>.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/www.oikonomia.it\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/concordato.jpg\" alt=\"concordato\" width=\"450\" height=\"336\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>C. De la Tradition canonique conciliaire<\/strong><\/p>\n<p>Lors des Conciles eccl\u00e9siaux, celui apostolique en l\u2019an 49<sup>6<\/sup>, et locaux ou \u0153cum\u00e9niques des 3<sup>e<\/sup>\u00a0aux 9<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles, si les ap\u00f4tres avec les presbytres ou les \u00e9v\u00eaques se rassemblent, ce n\u2019est pas dans le but d\u2019exposer leur opinion ou leur \u201cposition\u201d ou encore \u2014 comme cela se dit couramment \u2014 leur \u201cpoint de vue\u201d, ni imposer ainsi leur propre avis par le biais du principe de majorit\u00e9. Car, c\u2019est pour manifester l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, et en t\u00e9moigner, tant en raison de leur exp\u00e9rience personnelle par participation (<em>m\u00e9thexis<\/em>) au corps mystique du Christ. C\u2019est donc \u00e0 cause de l\u2019exp\u00e9rience du corps eccl\u00e9sial qu\u2019eux-m\u00eames r\u00e9capitulent. C\u2019est pourquoi il a pu se produire que des Conciles locaux et \u0153cum\u00e9niques qui r\u00e9unissent des \u00e9v\u00eaques \u2014 et qui, parfois, repr\u00e9sentaient la\u00a0<em>majorit\u00e9<\/em>\u00a0\u2014 aient \u00e9t\u00e9, a posteriori, rejet\u00e9s par la \u00ab conscience \u00bb de l\u2019\u00c9glise; les \u00e9v\u00eaques sont rentr\u00e9s dans leurs provinces et le corps eccl\u00e9sial les a, tout simplement, renvoy\u00e9s: non qu\u2019ils eussent viol\u00e9 quelques principes id\u00e9ologiques, mais parce qu\u2019ils ne repr\u00e9sentaient pas le corps eccl\u00e9sial en l\u2019esp\u00e8ce. Il en va d\u2019une certaine mani\u00e8re comme du miel: \u00abSi tu nous dis qu\u2019il est amer, nous te\u00a0<em>coupons<\/em>\u00a0de la communaut\u00e9 [cf. la formule canonique de la m\u00eame \u00e9poque: \u201cexclu de la communion\u201d], nous te refusons\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Il y a lieu de faire ici un rappel. L\u2019\u00c9glise marche sur les traces des saints et s\u2019exprime par leur bouche. Les saints ne sont pas des individus, ce sont des personnes. La diff\u00e9rence n\u2019est pas seulement th\u00e9orique: lorsqu\u2019un homme est v\u00e9ritable, notre humanit\u00e9 tout enti\u00e8re en est agrandie. Nous voyons donc en la personne du saint celui que nous souhaitons tous devenir et, puisqu\u2019il a r\u00e9ussi, tous peuvent r\u00e9ussir. Lorsque nous voyons un homme saint, nous sentons \u00eatre en lui. Il nous emm\u00e8ne avec lui et il nous m\u00e8ne un peu plus loin.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs le\u00a0<em>principe de l\u2019unanimit\u00e9<\/em>, pos\u00e9 \u00e0 la base de la vie et de l\u2019exp\u00e9rience eccl\u00e9siales, du v\u00e9cu et de la participation \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la R\u00e9v\u00e9lation au cours des si\u00e8cles. Principe qui a \u00e9t\u00e9 retenu dans les synodes de l\u2019\u00c9glise primitive et ancienne comme le crit\u00e8re d\u00e9cisif des d\u00e9cisions synodales (Synode apostolique de J\u00e9rusalem; Actes 15, 25<sup>7<\/sup>). Cette pratique \u00e9tait en usage au cours des trois premiers si\u00e8cles. Il est remarquable que les Conciles, eux qui se sont tenus d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de saint Cyprien, semblent avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9gis par le principe d\u2019<em>unanimit\u00e9<\/em>. Or, nous voyons d\u00e9velopp\u00e9es une praxis et une tradition de l\u2019<em>unanimit\u00e9 synodale<\/em>. Ce qui a dur\u00e9 pertinemment trois si\u00e8cles, c\u2019est-\u00e0-dire du Synode apostolique de J\u00e9rusalem (49) jusqu\u2019au moins au Concile local d\u2019Antioche (341)<sup>8<\/sup>, au cours du 4e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>C\u2019est n\u00e9anmoins \u00e0 partir du 4e si\u00e8cle que cette r\u00e9alit\u00e9 eccl\u00e9siale est modifi\u00e9e avant de prendre une autre forme ou plut\u00f4t un autre contenu. En effet, les canons du 4e si\u00e8cle, dont nous pourrions nous servir pour l\u2019\u00e9tude de ce probl\u00e8me, refl\u00e8tent le passage \u2014 et cela apr\u00e8s la date-charni\u00e8re de l\u2019\u00c9dit de Milan (313) \u2014 de l\u2019<em>unanimit\u00e9 synodale<\/em>\u00a0\u00e0 la<em>\u00a0majorit\u00e9 synodale<\/em>. Ce sont le 6<sup>e<\/sup>\u00a0canon du Ier Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e (325) et le 19<sup>e<\/sup>\u00a0canon du Concile local d\u2019Antioche (341). Ce qui est fort int\u00e9ressant, c\u2019est que ce m\u00eame Concile local d\u2019Antioche confirme aussi bien l\u2019<em>unanimit\u00e9 synodale<\/em>\u00a0(canon 15: \u00ab[\u2026], c\u2019est \u00e0 dire\u00a0<em>que tous les \u00e9v\u00eaques de l\u2019\u00e9parchie ont \u00e9t\u00e9\u00a0<strong>unanimes<\/strong>\u00a0\u00e0 porter un jugement<\/em>\u00bb), que la\u00a0<em>majorit\u00e9 synodale<\/em>\u00a0(canon 19: \u00ab[\u2026],\u00a0<em>que l\u2019on observe le vote de la\u00a0<strong>majorit\u00e9<\/strong><\/em>\u00bb). Un tel fait refl\u00e8te justement la transformation intervenue au cours du 4<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Cela dit, le\u00a0<em>principe d\u2019unanimit\u00e9<\/em>\u00a0demeure un donn\u00e9 canonique, mais ce n\u2019est pas ce principe qui doit \u00eatre examin\u00e9 ici, car il importe d\u2019examiner ce nouveau fameux principe de majorit\u00e9; il doit \u00eatre examin\u00e9 et analys\u00e9 en priorit\u00e9.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, le texte du\u00a0<strong>6e canon<\/strong>\u00a0du Ier Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e parlant de l\u2019\u00e9lection des \u00e9v\u00eaques,\u00a0<em>in fine<\/em>, est ainsi con\u00e7u:<\/p>\n<p>\u2026 D\u2019autre part, l\u2019\u00e9lection \u00e9piscopale ayant \u00e9t\u00e9 faite en commun avec discernement et d\u2019une mani\u00e8re conforme au canon eccl\u00e9siastique, m\u00eame si deux ou trois font de l\u2019opposition par pur<em>\u00a0esprit de contradiction, que l\u2019on observe le vote de la majorit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me canon, que nous devons \u00e9galement examiner ici, fait alors un pas en avant en direction du renforcement du pouvoir du Synode. Le\u00a0<strong>19e canon<\/strong>\u00a0d\u2019Antioche renvoie \u00e9galement aux \u00e9lections et aux cons\u00e9crations des \u00e9v\u00eaques qui apparaissent li\u00e9es \u00e0 la formation de l\u2019institution synodale. Nous lisons dans ce canon:<\/p>\n<p>Un \u00e9v\u00eaque ne peut \u00eatre \u00e9lu sans synode et sans la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9v\u00eaque m\u00e9tropolitain de l\u2019\u00e9parchie; en plus de la pr\u00e9sence indispensable de celui-ci, il est en tout cas n\u00e9cessaire que soient pr\u00e9sents tous les \u00e9v\u00eaques co-c\u00e9l\u00e9brants de l\u2019\u00e9parchie, que l\u2019\u00e9v\u00eaque m\u00e9tropolitain aura convoqu\u00e9s par lettre. Si tous viennent, ce sera pour le mieux; si cela est difficile, il faut absolument que la majorit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques soit pr\u00e9sente ou qu\u2019elle envoie par \u00e9crit son assentiment \u00e0 la cons\u00e9cration, en sorte que la chirotonie ait lieu, soit en pr\u00e9sence de la majorit\u00e9, soit avec son approbation \u00e9crite. Si l\u2019on contrevient \u00e0 cette ordonnance, la chirotonie n\u2019aura aucune valeur. Si au contraire, tout se passe selon cette ordonnance, et que quelques-uns s\u2019y opposent\u00a0<em>par esprit de contradiction, que l\u2019on observe le vote de la majorit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Dans le 6e canon du Ier Concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e, ainsi que dans le 19e canon du Concile local d\u2019Antioche, c\u2019est donc du principe de\u00a0<em>majorit\u00e9<\/em>\u00a0qu\u2019il est fait mention, mais uniquement \u00e0 titre de recours ultime, et \u00e0 la condition que les mobiles des opposants soient bas et int\u00e9ress\u00e9s. Sinon, les Conciles\/Synodes, prenant leurs d\u00e9cisions\u00a0<em>\u00e0 la majorit\u00e9<\/em>, et non\u00a0<em>\u00e0 l\u2019unanimit\u00e9<\/em>, peuvent voir leur autorit\u00e9 contest\u00e9e, \u00e0 moins qu\u2019il ne soit prouv\u00e9, ainsi que le pr\u00e9voit le 19e canon d\u2019Antioche, que la minorit\u00e9 a agi en raison d\u2019une \u201cquerelle particuli\u00e8re\u201d. Autrement dit, c\u2019est \u00e0 partir du 4e si\u00e8cle que l\u2019\u00c9glise \u201cdevient\u201d, petit \u00e0 petit, plus \u2026\u201c<em>majorito-cratique<\/em>\u201d ou devient plus \u2026\u201c<em>arithmo-cratique<\/em>\u201d, et donc devient plus \u2026<em>d\u00e9mo<\/em>-cratique !<\/p>\n<p>En effet,\u00a0si nous comparons le 19e canon d\u2019Antioche au 4e canon du Ier Concile \u0153cum\u00e9nique, qui fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9lections et aux chirotonies des \u00e9v\u00eaques, il appara\u00eet clairement que le canon d\u2019Antioche constitue, avec une h\u00e9sitation notable, un pas en direction du renforcement du pouvoir du Synode au d\u00e9triment de l\u2019\u00c9glise locale. Ce pas important consiste en l\u2019introduction (pour la premi\u00e8re fois?) du\u00a0<em>principe de majorit\u00e9<\/em>\u00a0dans l\u2019institution synodale.\u00a0<em>Ce principe soul\u00e8ve de s\u00e9rieux probl\u00e8mes eccl\u00e9siologiques, parce qu\u2019il sous-entend que la\u00a0<strong>quantit\u00e9<\/strong>\u00a0est un crit\u00e8re d\u00e9cisif de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise; ce qui va \u00e0 l\u2019encontre du caract\u00e8re (\u201c\u00e9thos\u201d) de l\u2019Eccl\u00e9siologie ancienne<\/em>\u00a0(il est tr\u00e8s probable qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, les h\u00e9r\u00e9tiques \u00e9taient\u00a0<em>majoritaires<\/em>).\u00a0<em>Le principe de majorit\u00e9, qui se trouve \u00e0 la base du droit s\u00e9culier des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, risque de transformer l\u2019institution synodale en une institution purement\u00a0<strong>juridique<\/strong><\/em>; c\u2019est la raison pour laquelle il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 dans les synodes de l\u2019\u00c9glise ancienne, sauf lorsque toutes les tentatives de parvenir \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 s\u2019\u00e9taient av\u00e9r\u00e9es infructueuses.<sup>9<\/sup><\/p>\n<p>C\u2019est le m\u00eame probl\u00e8me qui est pos\u00e9 de nos jours par l\u2019insistance que mettent certaines \u00c9glises territoriales, patriarcales ou autoc\u00e9phales, orthodoxes sur le\u00a0<em>nombre des fid\u00e8les<\/em>, pour revendiquer par la suite, soit des droits de pr\u00e9s\u00e9ance dans la\u00a0<em>taxis<\/em>\u00a0canonique de l\u2019\u00c9glise, soit des droits de responsabilit\u00e9 au sein de la \u201cdiaspora\u201d orthodoxe. [Cf. fameux \u201cMythe des grands et des petits\u201d\u2026].<\/p>\n<p>De plus,<\/p>\n<p>les synodes qui expriment l\u2019unanimit\u00e9 et la communion de\u00a0<em>tous<\/em>\u00a0les \u00e9v\u00eaques \u201cr\u00e9pandus \u00e0 travers tout l\u2019univers\u201d<sup>10<\/sup>, jouissent d\u2019une validit\u00e9 et d\u2019une autorit\u00e9 supr\u00eames, \u00e9tant donn\u00e9 que ces synodes ont \u00e9t\u00e9 finalement approuv\u00e9s par le \u201cAmen\u201d du peuple de Dieu. C\u2019est de cette mani\u00e8re que l\u2019institution synodale pourra retourner \u00e0 sa source, qui est aussi la source et l\u2019expression ultime de toute l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la communion eucharistique. De m\u00eame que, dans la divine Eucharistie, le \u201cAmen\u201d du peuple de Dieu se trouve parmi les conditions\u00a0<em>sine qua non<\/em>\u00a0d\u00e9finissant la substance eccl\u00e9siologique des actes c\u00e9l\u00e9br\u00e9s (pour les Orthodoxes, il n\u2019est pas permis que la divine Eucharistie soit c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par le pr\u00eatre seul), de m\u00eame dans le syst\u00e8me synodal, le consentement du peuple est indispensable. Il faut cependant souligner que l\u2019autorit\u00e9 et la validit\u00e9 des d\u00e9cisions et des actes synodaux ne prennent pas leur\u00a0<em>source<\/em>\u00a0dans le peuple (comme il advient dans la d\u00e9mocratie), mais\u00a0<em>en<\/em>\u00a0Dieu\u00a0<em>par l\u2019interm\u00e9diaire<\/em>\u00a0des \u00e9v\u00eaques,\u00a0<em>dans la<\/em>\u00a0communion de l\u2019\u00c9glise<sup>11<\/sup>.<\/p>\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc quelques mots concernant le rapport existant entre la\u00a0<em>d\u00e9mocratie<\/em>\u00a0et l\u2019<em>eccl\u00e9sialit\u00e9<\/em>, qui peut \u00eatre un crit\u00e8re manifestement flagrant pour notre\u00a0<em>mode de participation<\/em>\u00a0(<em>m\u00e9thexis<\/em>) \u00e0 l\u2019<em>\u00e9v\u00e9nement unique<\/em>\u00a0de la vie eccl\u00e9siale. Il serait donc int\u00e9ressant que nous puissions, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une autre circonstance \u00e9ditoriale, pr\u00e9senter la suite de notre \u00e9tude, \u00e0 savoir l\u2019aspect du sacr\u00e9 qui va finalement de pair avec la d\u00e9mocratie, et selon le contexte de notre pr\u00e9sente recherche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTES<br \/>\n<sup>1<\/sup>\u00a0Voir notamment Rm, ch. 12, et 1 Co, ch. 12.<br \/>\n<sup>2<\/sup>\u00a0Du mot\u00a0<em>\u00e9on<\/em>\u00a0(\u03b1\u03b9\u03ce\u03bd), l\u2019\u00e8re, le si\u00e8cle, le temps:\u00a0<em>s\u00e9cularisme<\/em>\u00a0(du \u201cs\u00e6culum\u201d). Le terme\u00a0<em>\u00e9onisme<\/em>\u00a0d\u00e9signe la mentalit\u00e9 des hommes qui, certes, croient en Dieu, mais qui ne peuvent, cependant, pas (\u00c9ph 2, 2) faire de ce Dieu [\u201c<em>pantocrator<\/em>\u201d (cf. le\u00a0<em>Credo<\/em>)] le \u201ccentre de leur vie\u201d (abba Doroth\u00e9e), fait (Mt 13, 22; Mc 4, 19); et ce qui a pour cons\u00e9quence r\u00e9elle une \u201cperspective\u00a0<em>h\u00e9t\u00e9rocentrique<\/em>\u201d (un rejet de Dieu dans la transcendance), c\u2019est \u00e0 dire \u00e9loignant (2 Co 4, 4) de ce Dieu \u201cpar amour pour l\u2019<em>\u00e9on<\/em>\u00a0pr\u00e9sent\u201d (2 Tm 4, 10) et rangeant l\u2019homme (Lc 20, 34) dans la dimension \u201cde ce monde\u201d (Jn 18, 36-37). Il s\u2019agit d\u2019une cat\u00e9gorie\u00a0<em>intra-cr\u00e9ationnelle<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire du c\u00f4t\u00e9 de ce qui est fa\u00e7onn\u00e9 &#8211; tout en oubliant sa perspective\u00a0<em>eschatologique<\/em>\u00a0(\u00c9ph 1, 21; Hb 6, 5; Tt 2, 12) &#8211; sur le mod\u00e8le (Rm 12, 2) [<em>civitas terrena<\/em>] \u201cde ce monde\u201d (eschatologique cosmique, s\u00e9culi\u00e8re), ou encore accordant la priorit\u00e9 \u00e0 ce si\u00e8cle-ci sur le si\u00e8cle \u00e0 venir. L\u2019<em>\u00e9onisme<\/em>\u00a0est avant tout\u00a0<em>une r\u00e9duction de l\u2019homme au monde, \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 la nature<\/em>. Enfin, l\u2019<em>\u00e9onisme eccl\u00e9siastique<\/em>\u00a0ne laisse pas de place \u00e0 l\u2019imminence eschatologique. Il ne veut trouver sa justification que dans le temps et le monde pr\u00e9sents. Cela produit une conception moderniste de la\u00a0<em>societas perfecta<\/em>, cf.\u00a0<em>Infra<\/em>. Signalons que dans le catholicisme romain, d\u00e8s le pape L\u00e9on XIII, s\u2019est b\u00e2tie une conception th\u00e9ologique, dirions-nous volontiers th\u00e9anthropique chr\u00e9tienne, de la cat\u00e9gorie de soci\u00e9t\u00e9 parfaite: cf. Emmanuel de VALICOURT,\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 parfaite, cat\u00e9gorie de la modernit\u00e9, cat\u00e9gorie th\u00e9ologique<\/em>, Th\u00e8se co-dirig\u00e9e par les Professeurs Jean-Paul Durand op et Fran\u00e7ois Jankowiak, Facult\u00e9 de Droit canonique de l\u2019Institut catholique de Paris &amp; Facult\u00e9 de Droit Jean Monnet de l\u2019Universit\u00e9 Paris Sud Saclay, 7 d\u00e9cembre 2016, 854 p.,\u00a0<em>dactyl, \u00e0 para\u00eetre<\/em>, et cf. Emmanuel de VALICOURT,\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 parfaite: un nouveau regard?<\/em>, in\u00a0<em>L\u2019ann\u00e9e canonique<\/em>\u00a057 (2016).<br \/>\n<sup>3<\/sup>\u00a0Cf. la\u00a0<em>d\u00e9finition de la foi<\/em>\u00a0du IVe Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine (451).<br \/>\n<sup>4<\/sup>\u00a0Cf. 1 Jn 4, 7-21.<br \/>\n<sup>5<\/sup>\u00a0Cf. Mt 11, 25.<br \/>\n<sup>6<\/sup>\u00a0Voir Actes 15, 1\u201335.<br \/>\n<sup>7<\/sup>\u00a0Dans sa d\u00e9cision finale et \u00e9p\u00eetre aux Chr\u00e9tiens d\u2019Antioche (15, 22\u201335), le Synode apostolique d\u00e9clare: \u00ab[\u2026], apr\u00e8s nous \u00eatre tous ensemble, nous avons d\u00e9cid\u00e9\u00a0<em>\u00e0 l\u2019unanimit\u00e9<\/em>, [\u2026]\u00bb; soulign\u00e9 par nous.<br \/>\n<sup>8<\/sup>\u00a0Voir\u00a0<em>infra<\/em>.<br \/>\n<sup>9<\/sup>\u00a0J.D. Zizioulas,\u00a0<em>L\u2019institution synodale : probl\u00e8mes historiques, eccl\u00e9siologiques et canoniques<\/em>, in\u00a0<em>M\u00e9langes en l\u2019honneur du M\u00e9tropolite Barnab\u00e9 de Kitros<\/em>, Ath\u00e8nes, 1980, p. 176 (en grec). De m\u00eame, Idem,\u00a0<em>L\u2019institution synodale. Probl\u00e8mes historiques, eccl\u00e9siologiques et canoniques<\/em>, in \u00abIstina\u00bb t. 47, n\u00b0 1 (2002), p. 28\u201329; soulign\u00e9 par nous.<br \/>\n<sup>9<\/sup>\u00a0Cf. la norme canonique analogue concernant l\u2019\u00c9glise dans les canons 57 du Concile local de Carthage (419), et 56 du Quinisexte Concile \u0153cum\u00e9nique\u00a0<em>in Trullo<\/em>\u00a0(691); r\u00e9f\u00e9rence ajout\u00e9e par nous.<br \/>\n<sup>11<\/sup>\u00a0<em>Ibid<\/em>. [\u201c<em>M\u00e9langes<\/em>\u2026\u201d], p. 182, et note 41. De m\u00eame,\u00a0<em>ibid<\/em>. [\u201c<em>Istina<\/em>\u201d], p. 35, et note 41; soulign\u00e9 par nous.<\/p>\n","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"no","_lmt_disable":"no"},"autori":[893],"fascicolo":[280],"class_list":["post-2575","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-grigorios-d-papathomas","fascicolo-ottobre-2019"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - D\u00e9mocratie et eccl\u00e9sialit\u00e9<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di Grigorios D. Papathomas, pubblicato nel numero di Ottobre 2019. 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