{"id":2552,"date":"2019-06-01T12:00:00","date_gmt":"2019-06-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=2552"},"modified":"2026-04-18T22:30:11","modified_gmt":"2026-04-18T20:30:11","slug":"a-la-recherche-du-bien-commun","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2019\/giugno\/a-la-recherche-du-bien-commun\/","title":{"rendered":"\u00c0 la recherche du bien commun"},"content":{"rendered":"<p><main><\/p>\n<div class=\"com-content-article item-page\">\n<div class=\"com-content-article__body\">\n<p><strong>L\u00e9gitimit\u00e9 et nature du discours eccl\u00e9sial dans le temporel<\/strong><\/p>\n<p>En ce temps de crise politique, \u00e9conomique et sociale, la voix de l\u2019\u00c9glise Catholique peut-elle \u00eatre de quelque utilit\u00e9 pour aider notre pays et notamment les acteurs du monde politique et de la soci\u00e9t\u00e9 civile ? Dans le contexte fran\u00e7ais d\u2019une stricte s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, toute parole confessionnelle en mati\u00e8re politique et sociale peut rapidement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ill\u00e9gitime<sup>2<\/sup>. Le religieux n\u2019a pas \u00e0 se m\u00ealer de la marche du pays. Son domaine est celui de la sph\u00e8re priv\u00e9e. Si l\u2019\u00c9glise doit exercer un pouvoir, il ne peut \u00eatre que spirituel et son champ d\u2019exercice se restreint \u00e0 la communaut\u00e9 des croyants. L\u2019\u00c9glise Catholique en est bien consciente. En effet, comme elle le rappelle dans le\u00a0<em>Cat\u00e9chisme<\/em>\u00a0(CEC): \u00ab\u00a0Il n\u2019appartient pas aux pasteurs de l\u2019\u00c9glise d\u2019intervenir directement dans la construction politique et dans l\u2019organisation de la vie sociale\u00a0\u00bb (CEC 2442). A qui incombe cette t\u00e2che ? L\u2019action directe dans l\u2019ordre politique et sociale est la mission sp\u00e9cifique des fid\u00e8les la\u00efcs et plus largement des citoyens. Si l\u2019\u00c9glise se refuse \u00e0 intervenir directement par respect de la distinction et de l\u2019autonomie des ordres, elle ne s\u2019interdit pas toute parole sur la \u00ab\u00a0chose publique\u00a0\u00bb. Lorsqu&#8217;elle intervient dans l\u2019ordre temporel, c\u2019est en vertu de son autorit\u00e9 morale, ce qui rel\u00e8ve \u00ab\u00a0d\u2019une mission distincte de celles des autorit\u00e9s politiques\u00a0\u00bb (CEC 2420). Elle propose alors un jugement moral sur les r\u00e9alit\u00e9s politiques et sociales et plus largement un enseignement inspir\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne mais aussi de la sagesse humaine. Cette doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise \u00e9nonce un ensemble de consid\u00e9rations qui \u00e9claire l\u2019origine et la nature de nos soci\u00e9t\u00e9s et qui fournit aussi des principes de discernement pour ceux qui ont \u00e0 \u0153uvrer dans la bonne marche de la communaut\u00e9 humaine. L\u2019\u00c9glise \u00ab\u00a0s\u2019efforce [simplement, pour ainsi dire]\u00a0d\u2019inspirer les attitudes justes dans le rapport aux biens terrestres et dans les relations socio-\u00e9conomiques\u00a0\u00bb (CEC 2420).<\/p>\n<p>Mais en quoi des principes moraux peuvent-ils \u00eatre utiles pour gouverner un pays ou faire fonctionner une entreprise ? On pourrait objecter que tout discours moral est inop\u00e9rant en politique ou en \u00e9conomie. Ces domaines ne rel\u00e8vent-ils pas non du registre de l\u2019\u00e9thique mais de celui de la technique et donc de la science ? A cela, on peut r\u00e9pondre d\u2019abord, avec le pape Fran\u00e7ois dans\u00a0<em>Laudato si<\/em>\u2019 (LS), que \u00ab\u00a0la politique ne doit pas se soumettre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d\u2019efficacit\u00e9 de la technocratie\u00a0\u00bb (LS 189), ensuite avec Beno\u00eet XVI que \u00ab\u00a0la sph\u00e8re \u00e9conomique n\u2019est pas, par nature, ni \u00e9thiquement neutre ni inhumaine et antisociale\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Elle appartient, poursuit-il dans\u00a0<em>Caritas in veritate<\/em>\u00a0(CV), \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019homme et, justement parce que humaine, elle doit \u00eatre structur\u00e9e et organis\u00e9e institutionnellement de fa\u00e7on \u00e9thique.\u00a0\u00bb (CV 36) L\u2019\u00e9conomie et\u00a0<em>a fortiori<\/em>\u00a0la politique ne sont pas le fruit de forces \u00ab\u00a0automatiques et impersonnelles\u00a0\u00bb (CV 71), mais bien le fruit de d\u00e9cisions humaines. Ce sont des domaines qui font appel \u00e0 la conscience morale et qui engagent la responsabilit\u00e9 personnelle et sociale de leurs acteurs. Ce sont des activit\u00e9s qui proc\u00e8dent de libert\u00e9s humaines et qui appartiennent de ce fait \u00e0 la sph\u00e8re morale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>N\u00e9cessit\u00e9 d\u2019opter pour le bien commun dans le contexte actuel<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie et le politique ne peuvent donc pas revendiquer d\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9thique, sous peine de devenir des r\u00e9alit\u00e9s nonhumaines, voir inhumaines. Or, dans nos soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales force est de constater que le march\u00e9 \u00e9tend son h\u00e9g\u00e9monie au point de soumettre les \u00c9tats \u00e0 sa logique et en faire des instruments de son expansion. Dans ce contexte de soumission de la politique \u00e0 la finance et d\u2019un march\u00e9 o\u00f9 tend \u00e0 r\u00e9gner la seule loi du plus fort, les in\u00e9galit\u00e9s sociales augmentent. La crise \u00ab\u00a0des gilets jaunes\u00a0\u00bb est symptomatique de cette d\u00e9gradation du corps social. Une partie de nos concitoyens n\u2019a plus confiance dans ses \u00e9lites qu\u2019elle estime vendues aux int\u00e9r\u00eats du march\u00e9 et jalouses de leur pouvoir. Nombreux sont ceux qui se sentent en marge du d\u00e9veloppement et se voient comme des citoyens de seconde zone. Comment sortir de ce syst\u00e8me qui broie les hommes ?<\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00c9glise, la r\u00e9ponse ne peut se trouver que dans un sursaut moral. \u00ab\u00a0Le d\u00e9veloppement, souligne Beno\u00eet XVI, est impossible, s\u2019il n\u2019y a pas des hommes droits, des acteurs \u00e9conomiques et des hommes politiques fortement interpell\u00e9s dans leur conscience par le souci du bien commun. La comp\u00e9tence professionnelle et la coh\u00e9rence morale sont n\u00e9cessaire l\u2019une et l\u2019autre. Quand l\u2019absolutisation de la technique pr\u00e9vaut, il y a confusion entre les fins et les moyens : pour l\u2019homme d\u2019affaires, le seul crit\u00e8re d\u2019action sera le profit maximal de la production ; pour l\u2019homme politique, le renforcement du pouvoir ; pour le scientifique, le r\u00e9sultat de ses d\u00e9couvertes.\u00a0\u00bb (CV 71) Pour r\u00e9sister au \u00ab\u00a0tout technique\u00a0\u00bb, il faut avoir le courage \u00ab\u00a0d\u2019opter de nouveau pour le bien et se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer\u00a0\u00bb selon la formule de\u00a0<em>Laudato si<\/em>\u2019 (LS 205). Car en effet, pour initier des chemins de sortie de crise, il est n\u00e9cessaire de r\u00e9orienter les activit\u00e9s humaines non vers ce qui d\u00e9truit l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9 mais vers ce qui contribue \u00e0 leur d\u00e9veloppement int\u00e9gral, \u00e0 savoir le bien humain. C\u2019est par son \u00ab ouverture au bien, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la beaut\u00e9\u00a0\u00bb (LS 205), mais aussi par \u00ab\u00a0l\u2019exercice de la vie morale\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la qu\u00eate et la r\u00e9alisation du bien, que la personne atteste sa dignit\u00e9 et perfectionne son humanit\u00e9 (CEC 1706). Dans l\u2019ordre des r\u00e9alit\u00e9s sociales, ce bien est appel\u00e9 \u00ab\u00a0bien commun\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette notion est un des grands principes de la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise. Le bien commun est invoqu\u00e9 constamment dans le Magist\u00e8re comme principe \u00e0 double titre : premi\u00e8rement, en tant que fin ou but des r\u00e9alit\u00e9s sociales, \u00e0 savoir la famille, l\u2019entreprise, ou encore l\u2019\u00c9tat et deuxi\u00e8mement, en tant que crit\u00e8re r\u00e9gulateur ou normatif de ces m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. C\u2019est la recherche et la r\u00e9alisation du bien commun qui donnent leur raison d\u2019\u00eatre \u00e0 toutes les r\u00e9alit\u00e9s humaines communautaires, si bien que \u00ab\u00a0chaque communaut\u00e9 poss\u00e8de un bien commun qui lui permet se reconna\u00eetre en tant que telle\u00a0\u00bb (CEC 1910). Et la bont\u00e9 de leurs activit\u00e9s sera fonction de leur service du bien commun. En somme, \u00ab\u00a0chaque communaut\u00e9 se d\u00e9finit par son but et ob\u00e9it en cons\u00e9quence \u00e0 des r\u00e8gles sp\u00e9cifiques\u00a0\u00bb (CEC 1881). C\u2019est en vertu de ce principe que l\u2019\u00c9glise peut porter un jugement moral sur la politique, l\u2019\u00e9conomie ou la soci\u00e9t\u00e9 civile. Ainsi, une bonne politique ou une bonne loi est celle qui sert le bien commun. Toute r\u00e9alit\u00e9 sociale qui perd de vue son bien commun finit par nuire au progr\u00e8s et au bonheur des personnes humaines qui la composent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sistances culturelles et id\u00e9ologiques au bien commun<\/strong><\/p>\n<p>La recherche et la r\u00e9alisation du bien commun est pour l\u2019\u00c9glise la voie par excellence pour obtenir des changements sociaux qui soient effectivement au service de la personne : \u00ab\u00a0Toute soci\u00e9t\u00e9, digne de ce nom, peut s\u2019estimer dans la v\u00e9rit\u00e9 quand chacun de ses membres, gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 de conna\u00eetre le bien, le poursuit pour lui-m\u00eame et pour les autres.\u00a0\u00bb (<em>Compendium de la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise<\/em>\u00a0&#8211; CDS 150) Toutefois, un certain nombres de conditionnements culturels et id\u00e9ologiques font perdre de vue aux hommes l\u2019horizon du bien commun. Certes, comme le rappelle\u00a0<em>Laudato si<\/em>\u2019, \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas syst\u00e8me qui annulent compl\u00e8tement l\u2019ouverture au bien\u00a0\u00bb (LS 205), mais il n\u2019en demeure pas moins que cela contribue \u00e0 rendre inintelligible l\u2019id\u00e9e d\u2019un bien commun.<\/p>\n<p>La logique \u00e9conomique, tout d\u2019abord, a contribu\u00e9 \u00e0 refa\u00e7onner notre rapport \u00e0 soi, aux autres et au monde. Il n\u2019est pas excessif de dire que dans les soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales, l\u2019\u00eatre humain a \u00e9t\u00e9 pour une part r\u00e9duit \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un instrument du march\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire un producteur et un consommateur de biens mat\u00e9riels. La r\u00e9duction des fonctions humaines \u00e0 la seule consommation a produit une culture ou un style de vie consum\u00e9riste qui \u00ab\u00a0nourrit des formes d\u2019\u00e9go\u00efsmes collectif\u00a0\u00bb et accro\u00eet la \u00ab\u00a0voracit\u00e9\u00a0\u00bb (LS 204). Force est de constater que \u00ab\u00a0la pure accumulation\u00a0\u00bb, sens\u00e9e procurer le bien-\u00eatre, ne r\u00e9alise pas un \u00ab\u00a0authentique bonheur humain\u00a0\u00bb (CDS 334). Les relations sociales et m\u00eame notre \u00e9co-syst\u00e8me en p\u00e2tissent. Dans ce contexte, la conception du bien humain est rabaiss\u00e9e au seul bien-\u00eatre qui tend \u00e0 la satisfaction des besoins les plus primaires. Il devient alors difficile de formuler un id\u00e9al commun \u00e9lev\u00e9. Si le \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb est invoqu\u00e9 constamment comme un mantra, il ne cache en fait qu\u2019une conception tr\u00e8s pauvre du commun. Le \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb se r\u00e9sume bien souvent \u00e0 \u00ab\u00a0un consommer ensemble\u00a0\u00bb. Lors du terrible attentat du Bataclan (13 novembre 2015) qui aurait pu \u00eatre pour notre nation l\u2019occasion de s\u2019unir autour de finalit\u00e9s nobles, l\u2019une des rares injonctions adress\u00e9e au peuple fut de retourner occuper les terrasses de caf\u00e9 (!). \u00ab\u00a0Face \u00e0 la barbarie, citoyens, consommez !\u00a0\u00bb C\u2019est un peu court comme vis\u00e9e morale et politique. Nos aspirations se sont appauvries<sup>3<\/sup>.<\/p>\n<p>L\u2019autre forme de r\u00e9sistance au bien commun, intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente, d\u00e9coule de la vision lib\u00e9rale de la politique sur laquelle roulent nos d\u00e9mocraties modernes<sup>4<\/sup>. Les th\u00e9ories modernes refusent de penser les finalit\u00e9s de la politique en terme de bien commun. Cette notion, jug\u00e9e trop dogmatique et religieusement connot\u00e9e, en d\u00e9finissant un id\u00e9al commun de la vie bonne ne pourrait conduire qu\u2019au fanatisme. Au nom d\u2019une conception\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0du bien commun, on justifierait la marginalisation et la pers\u00e9cution de ceux qui ne suivraient par cet ordre moral. Ainsi dans les r\u00e9gimes lib\u00e9raux, la question du bien devient une affaire strictement priv\u00e9e et subjective. Chacun est libre de mener la forme de vie qui lui convient, dans les limites de la non-nuisance \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019autrui. Les finalit\u00e9s ou les missions de l\u2019\u00c9tat moderne s\u2019en trouvent alors consid\u00e9rablement r\u00e9duites. Elles se r\u00e9sument \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 du peuple comme condition pour l\u2019exercice de ses libert\u00e9s, surtout dans le domaine \u00e9conomique, ainsi qu\u2019au respect des droits individuels et \u00e0 la cr\u00e9ation de droits nouveaux qui ent\u00e9rinent l\u2019\u00e9volution des m\u0153urs. On ne parle plus de bien commun, mais d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, tant\u00f4t somme des int\u00e9r\u00eats particuliers, tant\u00f4t expression d\u2019une volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Dans les deux cas, l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ne promeut pas une conception objective du bien de la communaut\u00e9 humaine, mais seulement les libert\u00e9s individuelles, comme ultime valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re approche du bien commun<\/strong><\/p>\n<p>Opter de nouveau pour le bien commun s\u2019av\u00e8re au plan pratique une t\u00e2che ardue au regard du contexte qui est le n\u00f4tre. Au plan th\u00e9orique, les difficult\u00e9s sont aussi nombreuses. Si le Magist\u00e8re use de la notion de bien commun comme un leitmotiv, les d\u00e9finitions qu\u2019il en propose existent bien, mais ne permettent pas toujours de s\u2019en faire une id\u00e9e claire. La consultation du\u00a0<em>Cat\u00e9chisme<\/em>\u00a0ou du\u00a0<em>Compendium de la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise<\/em>\u00a0peut laisser en effet le lecteur perplexe. On y affirme que chaque communaut\u00e9 poss\u00e8de son bien commun, mais sans pr\u00e9ciser lequel. Et s\u2019il existe plusieurs communaut\u00e9s, y auraient-ils donc plusieurs biens communs ? Mais le bien commun n\u2019est-il pas un ? Ces questions et bien d\u2019autres r\u00e9v\u00e8lent les difficult\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation du concept de bien commun au point de le discr\u00e9diter aux yeux de nombreux th\u00e9oriciens. Le bien commun ne serait qu\u2019une fiction, une coquille vide et donc sans utilit\u00e9 pour r\u00e9gler l\u2019ordre politique et social.<\/p>\n<p>Afin de bien saisir le principe du bien commun, il convient d\u2019abord de rappeler deux v\u00e9rit\u00e9s anthropologiques. La premi\u00e8re est que l\u2019homme porte en lui une aspiration au bien. La qu\u00eate du bien n\u2019est ni accidentelle, ni optionnelle. Elle n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une cat\u00e9gorie d\u2019hommes qui aurait le loisir de se poser des questions existentielles. Comme le disaient d\u00e9j\u00e0 les Anciens, \u00ab\u00a0tout homme d\u00e9sire \u00eatre heureux\u00a0\u00bb. Le\u00a0<em>Cat\u00e9chisme<\/em>\u00a0se fait l\u2019\u00e9cho de ce d\u00e9sir naturel du bonheur en citant saint Augustin : \u00ab\u00a0Tous certainement nous voulons vivre heureux, et dans le genre humain il n\u2019est personne qui ne donne son assentiment \u00e0 cette proposition avant m\u00eame qu\u2019elle ne soit pleinement \u00e9nonc\u00e9e.\u00a0\u00bb (CEC 1718) Ainsi, il est dans la nature humaine de rechercher le bonheur, c\u2019est-\u00e0-dire un bien qui va accomplir pleinement notre humanit\u00e9. La deuxi\u00e8me v\u00e9rit\u00e9 anthropologique concerne la sociabilit\u00e9 : \u00ab\u00a0La personne humaine a besoin de la vie sociale. Celle-ci ne constitue pas pour elle quelque chose de surajout\u00e9, mais une exigence de sa nature.\u00a0\u00bb (CEC 1879) L\u2019homme est par nature un animal social et politique.<\/p>\n<p>Ces deux v\u00e9rit\u00e9s anthropologiques permettent de saisir que le bien commun ne saurait consister en la seule somme des biens individuels. Comme le dit Beno\u00eet XVI dans\u00a0<em>Caritas in veritate<\/em>, le bien commun est le \u00ab\u00a0bien li\u00e9 \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C\u2019est le bien &#8221;du nous tous&#8221;, constitu\u00e9 d\u2019individus, de familles et de groupes interm\u00e9diaires qui forment une communaut\u00e9 sociale. Ce n\u2019est pas un bien recherch\u00e9 pour lui-m\u00eame, mais pour les personnes qui font partie de la communaut\u00e9 sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver r\u00e9ellement et plus efficacement \u00e0 leur bien.\u00a0\u00bb (CV 7) Le bien commun dont parle l\u2019encyclique est ici le bien de la cit\u00e9, autrement dit de la communaut\u00e9 politique, la forme la plus \u00e9lev\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9 humaine. Les autres formes de soci\u00e9t\u00e9s, qu\u2019elle soit naturelle comme la famille, ou fruit de la volont\u00e9 humaine comme les associations et les autres groupes interm\u00e9diaires, ont aussi leur bien commun. D\u00e8s qu\u2019il y a un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, il y a bien commun. Les biens communs des groupes interm\u00e9diaires sont li\u00e9s organiquement au bien commun de la communaut\u00e9 politique. Ils ont certes leur consistance propre, mais ils d\u00e9pendent de la communaut\u00e9 politique, car sans elle ils ne pourraient pas \u00eatre compl\u00e8tement r\u00e9alis\u00e9s : \u00ab\u00a0L\u2019individu, la famille, les corps interm\u00e9diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m\u00eames \u00e0 leur d\u00e9veloppement pl\u00e9nier\u00a0\u00bb (CDS 168) ; \u00ab\u00a0Il revient \u00e0 l\u2019\u00c9tat de d\u00e9fendre et de promouvoir le bien commun de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des citoyens et des corps interm\u00e9diaires.\u00a0\u00bb (CEC 1910) En retour, le bien commun de la communaut\u00e9 politique d\u00e9pendra de la r\u00e9alisation effective des biens communs interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>S\u2019il existe des liens de d\u00e9pendance entre les biens communs des diverses r\u00e9alit\u00e9s sociales, il existe aussi un lien de d\u00e9pendance entre le bien dit \u00ab\u00a0individuel\u00a0\u00bb et le bien commun. Notre bien personnel d\u00e9pend du bien commun : \u00ab\u00a0le bien commun que les hommes recherchent et poursuivent en formant la communaut\u00e9 sociale est une garantie du bien personnel\u2026\u00a0\u00bb (CDS 61). En effet, tout \u00eatre humain est une r\u00e9alit\u00e9 individuelle, mais il n\u2019en demeure pas moins un \u00eatre de nature sociale. M\u00eame au z\u00e9nith de notre existence et donc de notre autonomie, nous sommes toujours d\u00e9pendants des autres. Nous recevons constamment des autres et des communaut\u00e9s tout un ensemble de biens sans lesquelles nous ne pourrions pas \u00eatre heureux et tout simplement vivre. \u00ab\u00a0La personne ne peut pas trouver sa propre r\u00e9alisation uniquement en elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire ind\u00e9pendamment de son \u00eatre \u00ab avec\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb les autres.\u00a0\u00bb (CDS 165) Rare sont les hommes qui peuvent subsister hors de tout lien social, en milieu priv\u00e9 d\u2019\u00eatres humains. En v\u00e9rit\u00e9, leur technique de survie est en elle-m\u00eame un don re\u00e7u, fruit de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autres hommes. En chaque \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb individuel, il y a toujours du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb. La d\u00e9pendance dans l\u2019ordre des biens est constitutive de la d\u00e9pendance inscrite au c\u0153ur de la nature humaine. Ainsi, bien qu\u2019il soit possible de parler de biens individuels, ces biens sont toujours en m\u00eame temps des biens communs. Ils sont communs quant \u00e0 leur origine, parce que nous ne pouvons les atteindre qu\u2019en compagnie des autres. Ils sont aussi communs quant \u00e0 leur fin, car ces biens profitent toujours au corps social. Cet aspect est exprim\u00e9 avec concision dans le\u00a0<em>Cat\u00e9chisme<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Conform\u00e9ment \u00e0 la nature sociale de l\u2019homme, le bien de chacun est n\u00e9cessairement en rapport avec le bien commun\u00a0\u00bb (CEC 1905). Pas de recherche du bien personnel sans recherche du bien commun et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n<p>A la lumi\u00e8re de ce qui vient d\u2019\u00eatre \u00e9nonc\u00e9, on peut citer ce long passage du\u00a0<em>Compendium<\/em>\u00a0qui r\u00e9sume les d\u00e9veloppement pr\u00e9c\u00e9dents : \u00ab\u00a0Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Etant \u00e0 tous et \u00e0 chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu\u2019il n\u2019est possible qu\u2019ensemble de l\u2019atteindre, de l\u2019accro\u00eetre et de le conserver, notamment en vue de l\u2019avenir. Comme l\u2019agir moral de l\u2019individu se r\u00e9alise en faisant le bien, de m\u00eame l\u2019agir social parvient \u00e0 sa pl\u00e9nitude en accomplissant le bien commun. De fait, le bien commun peut \u00eatre compris comme la dimension sociale et communautaire du bien moral.\u00a0\u00bb (CDS 164) On pourrait ajouter que dans la mesure o\u00f9 il n\u2019y a pas de bien personnel qui ne soit ordonn\u00e9 au bien commun, il n\u2019y a pas non plus d\u2019agir moral pl\u00e9nier sans agir social. Notre vie morale est intrins\u00e8quement communautaire. C\u2019est en cherchant \u00e0 r\u00e9aliser le bien des autres comme \u00e9tant le sien que l\u2019\u00eatre humain accomplit son inclination au bonheur dans la ligne de sa nature sociale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pour une politique du bien commun<\/strong><\/p>\n<p>Comment accomplir le bien de la communaut\u00e9 politique ? Il faut maintenant passer de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique et cela pour deux raisons. Premi\u00e8rement, par del\u00e0 la d\u00e9finition du bien commun, le propos de cette conf\u00e9rence vise \u00e0 montrer comment la doctrine de l\u2019\u00c9glise peut aider le politique \u00e0 retrouver des chemins concrets pour r\u00e9aliser le bien commun, seul antidote \u00e0 la d\u00e9gradation de la soci\u00e9t\u00e9. La deuxi\u00e8me raison tient \u00e0 la nature m\u00eame du bien commun politique. Il n\u2019est jamais une solution toute faite qui pourrait \u00eatre \u00e9labor\u00e9e par une \u00e9quipe de consultants et qu\u2019il suffirait de mettre en \u0153uvre. Le bien commun ne pr\u00e9existe pas en th\u00e9orie, mais il est \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 pratique \u00e0 construire dans l\u2019agir communautaire par ceux qui sont les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9. Il n\u2019est pas la seule affaire de l\u2019\u00c9tat ou des politiques, mais exigent la participation de tous. Il se d\u00e9finit et prend forme par l\u2019interm\u00e9diaire du fonctionnement des institutions de l\u2019\u00c9tat, et notamment dans le travail de d\u00e9lib\u00e9ration de nos \u00e9lus et l\u2019\u00e9laboration des lois, dans l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, ainsi qu\u2019au sein de toute activit\u00e9 collaborative, dans les associations ou tout simplement dans les familles. Le bien commun politique est ainsi un bien historiquement r\u00e9alisable. Comme toute r\u00e9alit\u00e9 d\u2019ordre pratique, le recherche et la r\u00e9alisation du bien commun d\u00e9pendra des circonstances, de la configuration et de l\u2019histoire du pays, des ressources, de nombreux facteurs humains ou non\u2026 Le bien commun est constitutivement fragile d\u2019o\u00f9 la mission qui incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat de la d\u00e9fendre. Comme l\u2019\u00e9crit Fran\u00e7ois Daguet : \u00ab\u00a0S\u2019il est si difficile de traiter directement du bien commun, si l\u2019on est port\u00e9 spontan\u00e9ment \u00e0 en parler sans l\u2019avoir d\u00e9fini, c\u2019est qu\u2019il ne se laisse pas d\u00e9finir ais\u00e9ment. Le bien commun, ici-bas, est un bien vers lequel on tend sans jamais l\u2019atteindre autrement que partiellement, il se construit et se d\u00e9fait sans cesse, il est comme un terme vers lequel on tend sans jamais pouvoir le saisir<sup>5<\/sup>.\u00a0\u00bb Qui veut \u0153uvrer en vue du bien commun doit accepter qu\u2019une telle entreprise ne soit jamais achev\u00e9e. Cette dimension d\u2019inach\u00e8vement peut avoir quelque chose de frustrant et de d\u00e9mobilisant. Elle est aussi un appel \u00e0 la d\u00e9possession. Nous ne travaillons pas seulement pour nous-m\u00eames, mais aussi pour le bien des g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Sans d\u00e9finir \u00e0 la place des communaut\u00e9s leur bien commun, la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise pose comme point de d\u00e9part \u00e0 son \u00e9laboration que \u00ab\u00a0le bien commun comprend \u201cl\u2019ensemble des conditions sociales qui permettent aux groupes et aux personnes d\u2019atteindre leur perfection, de mani\u00e8re plus totale et plus ais\u00e9e\u201c (GS 26)\u00a0\u00bb (CEC 1924). En effet, sans ces conditions qui assurent \u00e0 tous le minimum pour tout simplement \u00ab\u00a0mener une vie vraiment humaine\u00a0\u00bb, il ne serait pas possible de mener une vie bonne, c\u2019est-\u00e0-dire une vie morale qui accomplisse notre humanit\u00e9. L\u2019exercice pl\u00e9nier de notre part la plus noble exige que nous n\u2019ayons pas \u00e0 lutter pour survivre. Cet \u00ab\u00a0ensemble de conditions sociales\u00a0\u00bb constitue le fondement ou les conditions de possibilit\u00e9 de la recherche du bien commun. Le Magist\u00e8re pr\u00e9cise qu\u2019\u00e0 ce niveau fondamental le bien commun comporte trois \u00e9l\u00e9ments essentiels : le respect et la promotion des droits de la personne, \u00ab\u00a0le bien-\u00eatre social et le d\u00e9veloppement des divers groupes interm\u00e9diaires\u00a0\u00bb, et enfin \u00ab\u00a0la paix sociale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire la stabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un certain ordre\u00a0\u00bb (LS 157).<\/p>\n<p>Dans nos r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, l\u2019autorit\u00e9 publique assure en g\u00e9n\u00e9ral sa mission de rendre accessible \u00e0 tous les biens mat\u00e9riels et spirituels pour mener une vie vraiment humaine : \u00ab\u00a0nourriture, v\u00eatement, sant\u00e9, travail, \u00e9ducation et culture, information convenable, droit de fonder une famille\u2026\u00a0\u00bb (CEC 1908). Il en va de m\u00eame pour le soutien que l\u2019\u00c9tat accorde aux entreprises et aux divers corps interm\u00e9diaires de la soci\u00e9t\u00e9 civile pour accomplir leurs finalit\u00e9s et par l\u00e0 contribuer au bien commun. Enfin, la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens est garantie. Bien s\u00fbr, en chacun de ces domaines, un mieux est toujours souhaitable et possible.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 la politique manque malheureusement \u00e0 ses devoirs et nuit \u00e0 la r\u00e9alisation du bien commun, c\u2019est dans le respect de la personne humaine et de la promotion de la famille. Dans les d\u00e9mocraties dites modernes, les lois civiles qui \u00ab\u00a0autorisent et favorisent l\u2019avortement et l\u2019euthanasie s\u2019opposent, non seulement au bien de l\u2019individu, mais au bien commun\u00a0\u00bb (<em>Evangelium vitae<\/em>\u00a0&#8211; EV 72). \u00ab\u00a0En effet, d\u00e9veloppe l\u2019encyclique\u00a0<em>L\u2019Evangile de la vie<\/em>, la m\u00e9connaissance du droit \u00e0 la vie, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle conduit \u00e0 supprimer la personne que la soci\u00e9t\u00e9 a pour raison d\u2019\u00eatre de servir, est ce qui s\u2019oppose le plus directement et de mani\u00e8re irr\u00e9parable \u00e0 la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser le bien commun\u00a0\u00bb. Dans nos soci\u00e9t\u00e9s, la c\u0153xistence d\u2019une affirmation \u00ab\u00a0des valeurs comme la dignit\u00e9 de la personne, la justice et la paix\u00a0\u00bb et\u00a0la tol\u00e9rance ou la pratique des \u00ab\u00a0formes les plus diverses de m\u00e9pris et d\u2019atteinte \u00e0 la vie humaine\u00a0\u00bb (EV 101) ne peut que saper le fondement de la d\u00e9mocratie. Le relativisme moral alt\u00e8re profond\u00e9ment la vie en soci\u00e9t\u00e9 (EV 20). De m\u00eame, les lois civiles qui ont contribu\u00e9 d\u2019abord \u00e0 fragiliser le lien conjugal puis \u00e0 d\u00e9naturer le mariage, ont conduit \u00e0 un affaiblissement de la famille comme institution naturelle. Parmi les divers corps interm\u00e9diaires qui existent entre la personne et l\u2019\u00c9tat, la famille tient une place unique en tant que cellule de base de toute soci\u00e9t\u00e9. La famille, par sa mission \u00e9ducative, contribue d\u2019une mani\u00e8re unique et irrempla\u00e7able au bien commun, puisqu\u2019elle est \u00ab\u00a0la premi\u00e8re \u00e9cole de vertus sociales\u00a0\u00bb. C\u2019est au sein de la famille que les futurs citoyens acqui\u00e8rent les vertus, c\u2019est-\u00e0-dire les dispositions de caract\u00e8re sans lesquelles aucun bien moral n\u2019est r\u00e9alisable. Parmi ces vertus, on peut citer la mod\u00e9ration, la justice ou la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Une politique du bien commun sera en priorit\u00e9 un \u00ab\u00a0agir en faveur de la vie\u00a0\u00bb ainsi qu\u2019une promotion et une d\u00e9fense de la famille. Elle veillera aussi \u00e0 lutter contre le relativisme des valeurs en cherchant \u00e0 retrouver une morale commune. Ainsi, une politique du bien commun ne pourra faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une r\u00e9flexion sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9affirmer l\u2019existence de normes morales stables et objectives, qui seules \u00ab\u00a0constituent le fondement in\u00e9branlable et la garantie solide d\u2019une convivialit\u00e9 humaine\u00a0\u00bb (<em>Veritatis splendor<\/em>, VS 96). Seule la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la loi naturelle peut garantir le bon fonctionnement des institutions au service du bien commun des personnes. Enfin, une politique du bien commun visera une moralisation de l\u2019autorit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0un appel aux vertus qui favorisent la pratique du pouvoir dans un esprit de service (patience, modestie, mod\u00e9ration, charit\u00e9, effort de partage) ; une autorit\u00e9 exerc\u00e9e par des personnes capables d\u2019assumer de fa\u00e7on authentique le bien commun comme finalit\u00e9 propre de leurs propres actions, et non pas le prestige ou l\u2019obtention d\u2019avantages personnels.\u00a0\u00bb (CDS 410)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La recherche bien commun comme forme de vie<\/strong><\/p>\n<p>La recherche du bien commun pr\u00e9suppose un certain nombre de conditions culturelles et institutionnelles favorables ainsi qu\u2019une conception objective du bien humain. Ces donn\u00e9es pr\u00e9alables ne sont pas le tout de la recherche du bien commun, bien qu\u2019elles constituent d\u00e9j\u00e0 un immense chantier. La recherche du bien commun doit \u00eatre pens\u00e9e et v\u00e9cue comme une forme ou un style de vie (LS 202-203) o\u00f9 est maintenue l\u2019exigence de toujours viser les biens nobles, les biens les plus excellents qui accomplissent notre nature humaine et pas seulement les r\u00e9alit\u00e9s utiles ou plaisantes. Cette forme de vie requiert l\u2019acquisition et la pratique des vertus. Enfin, elle se vit toujours en compagnie des autres.<\/p>\n<p>Ce style de vie prend sa source dans les grandes inclinations de la nature humaine qui visent le bien, le vrai et le beau. Cependant, il demeure difficile de mettre en \u0153uvre cette forme de vie tant est grande notre propension \u00e0 nous satisfaire de biens moindre, \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer un simple bien-\u00eatre socio-\u00e9conomique au vrai bonheur. La pr\u00e9sence des chr\u00e9tiens dans la soci\u00e9t\u00e9 doit contribuer \u00e0 maintenir un id\u00e9al \u00e9lev\u00e9 de la vie bonne par l\u2019invitation constante \u00e0 viser plus haut. En rappelant que l\u2019homme ne peut pas se r\u00e9aliser totalement dans l\u2019immanence de cette vie, les chr\u00e9tiens t\u00e9moignent de l\u2019existence d\u2019un bien commun transcendant tout ce que les hommes peuvent accomplir dans l\u2019histoire. Le bien commun de la soci\u00e9t\u00e9, digne d\u2019\u00eatre recherch\u00e9 pour lui-m\u00eame, n\u2019est pas une fin en soi. \u00ab\u00a0Il n&#8217;a de valeur qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la poursuite des fins derni\u00e8res de la personne\u00a0\u00bb : Dieu comme bien commun universel de la cr\u00e9ation (CDS 170).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTE<\/p>\n<p><sup>1<\/sup>\u00a0Texte d\u2019une conf\u00e9rence d\u00e9livr\u00e9e le 21 mars 2018 dans le cadre d\u2019une formation \u00e0 la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise organis\u00e9e par le dioc\u00e8se de Montauban (France).<\/p>\n<p><sup>2<\/sup>\u00a0Sur la question des rapports \u00c9glise-\u00c9tat en France, cf. S. Perdrix, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence des catholiques fran\u00e7ais en politique : actualit\u00e9 et enjeux\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Oikonomia<\/em>\u00a0(Ottobre 2018), p. 32-35.<\/p>\n<p><sup>3<\/sup>\u00a0Sur le th\u00e8me de la pauvret\u00e9 des aspirations, voir Michael J. Sandel,\u00a0<em>Justice<\/em>, Paris, Albin Michel, 2016, p. 384-388.<\/p>\n<p><sup>4<\/sup>\u00a0Sur l\u2019aspiration \u00e0 la neutralit\u00e9 axiologique de la soci\u00e9t\u00e9 politique, cf. M. J. Sandel,\u00a0<em>Justice&#8230;<\/em>, p. 363-369.<\/p>\n<p><sup>5<\/sup>\u00a0Fran\u00e7ois Daguet,\u00a0<em>Du politique chez Thomas d\u2019Aquin<\/em>, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que thomiste, LXIV\u00a0\u00bb, Paris, Vrin, 2015, p. 76.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><\/main><\/p>\n<div class=\"main-bottom card \">\n<div class=\"card-body\">\n<div id=\"mod-custom113\" class=\"mod-custom custom\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/angelicum.it\/it\/aperte-le-candidature-per-le-borse-di-post-dottorato-john-paul-ii-2026-2027\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.oikonomia.it\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bando_Borse_JP-II_PASS_2026-27.jpg\" alt=\"Bando Borse JP II PASS 2026 27\" width=\"500\" height=\"500\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":""},"autori":[1163],"fascicolo":[276],"class_list":["post-2552","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-sebastien-perdrix","fascicolo-giugno-2019"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - \u00c0 la recherche du bien commun<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di S\u00e9bastien Perdrix, pubblicato nel numero di Giugno 2019. 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