{"id":2541,"date":"2019-06-01T12:00:00","date_gmt":"2019-06-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=2541"},"modified":"2026-04-18T22:30:11","modified_gmt":"2026-04-18T20:30:11","slug":"la-secularisation-comme-determinant-marque-du-christianisme-lui-meme","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2019\/giugno\/la-secularisation-comme-determinant-marque-du-christianisme-lui-meme\/","title":{"rendered":"La s\u00e9cularisation comme d\u00e9terminant, marque du christianisme lui-m\u00eame"},"content":{"rendered":"<p>Dans le cadre de notre colloque international \u00e0 l\u2019occasion de 60\u00b0 anniversaire du discours du Pape Pie XII (le 23 mars 1958) sous le titre \u00ab L\u00e9gitimit\u00e9 et saine la\u00efcit\u00e9 de l\u2019Etat \u00bb qui a eu lieu \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pontificale Saint Thomas d\u2019Aquin (Angelicum) \u00e0 Rome le 6 d\u00e9cembre 2018, avec la collaboration de l\u2019Agence Internationale Diplomatie et Opinion Publique (AIDOP) et du Centre d\u2019\u00e9tudes du Saulchoir de Paris, nous avons travaill\u00e9 sur le th\u00e8me de la relation entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat, que nous pouvons appeler s\u00e9cularit\u00e9 ou la\u00efcit\u00e9. M\u00eame si notre soci\u00e9t\u00e9 post-chr\u00e9tienne utilise souvent un autre mot, celui de s\u00e9cularisation, il n\u2019est pas toujours facile de bien comprendre de quoi il s\u2019agit.<\/p>\n<div class=\"com-content-article item-page\">\n<div class=\"com-content-article__body\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce donc r\u00e9ellement que la s\u00e9cularisation?<\/strong><\/p>\n<p>Depuis la R\u00e9volution de velours, nous entendons de nombreux repr\u00e9sentants de l\u2019\u00e9glise sur le territoire de l\u2019Europe centrale parler de \u00ab\u00a0la mal\u00e9diction de la s\u00e9cularisation\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0la menace de la s\u00e9cularisation\u00a0\u00bb ou m\u00eame de \u00ab\u00a0la la\u00efcisation rampante\u00a0\u00bb et ainsi de suite. Dans la plupart des cas, les d\u00e9finitions suivantes sont applicables\u00a0: il s\u2019agit de d\u00e9christianisation de notre soci\u00e9t\u00e9, respectivement de perte de la foi ou d\u2019abandon progressif de la position de la foi ou du d\u00e9tournement des choses c\u00e9lestes pour des choses terrestres (par ex. la fermeture de monast\u00e8res et leur transfert \u00e0 des fins la\u00efques) ou du d\u00e9but de l\u2019indiff\u00e9rentisme religieux et de l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019ath\u00e9isme\u00a0<em>de facto<\/em>. Toutes ces id\u00e9es supposent que l\u2019\u00c9vangile ne pourrait s\u2019exprimer que dans des \u00ab\u00a0environnements\u00a0\u00bb enti\u00e8rement religieux, que les modes de vie du monde s\u00e9culier seraient contre l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019Evangile et qu\u2019il serait n\u00e9cessaire de les surmonter ou encore que la modernit\u00e9 fond\u00e9e sur la suppos\u00e9e \u00ab\u00a0distance de Dieu\u00a0\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la pourriture et l\u2019indiff\u00e9rence en mati\u00e8re de religion.<\/p>\n<p>Une autre d\u00e9finition (il est int\u00e9ressant de savoir comment ce th\u00e8me r\u00e9sonne dans des p\u00e9riodiques catholiques tr\u00e8s conservateurs comme l\u2019autrichien: www.kath.net et le tch\u00e8que: Monitor) parle d\u2019un processus de perte d\u2019influence de la religion sur le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tatique. Il s\u2019agit du processus graduel de profanation du sacr\u00e9 (mais dans la compr\u00e9hension de la religion dans un sens large, comme la religion implicite, il ne s\u2019agit pas de perte, mais d\u2019autres formes moins visibles de religion).<sup>1<\/sup>\u00a0Mais il s\u2019agit aussi d\u2019un regard sur la croissance de la libert\u00e9 individuelle gr\u00e2ce au d\u00e9placement de la religion vers la sph\u00e8re priv\u00e9e (ici on court le risque d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 injuste et d\u2019une non-installation de la paix dans le monde, en aidant ainsi l\u2019ennemi de la libert\u00e9 \u2013 Beno\u00eet XVI, Message pour la Journ\u00e9e mondiale de la Paix 2011).<sup>2<\/sup>\u00a0Et bien s\u00fbr notre milieu conservateur, comme par exemple le professeur Soused\u00edk de Prague en parlant de Lessing, Kant, Hegel, Marx, comme aussi d\u2019autres milieux conservateurs parlent d\u2019une nouvelle interpr\u00e9tation des v\u00e9rit\u00e9s de la foi qui retire \u00e0 l\u2019homme son sens vers la vie \u00e9ternelle.<sup>3<\/sup><\/p>\n<p>D\u2019autre part les d\u00e9fenseurs de la s\u00e9cularisation positive, et, parmi eux, beaucoup de th\u00e9ologiens rarement cit\u00e9s dans l\u2019\u00c9glise parlent de:<\/p>\n<ul>\n<li>b\u00e9n\u00e9fices de la s\u00e9cularisation pour la religion (prof. Vittorio H\u00f6sle de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Notre Dame, South Bend, Indiana, \u00c9tats-Unis)<sup>4<\/sup><\/li>\n<li>la n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9cularisation (m\u00e9thodes d\u2019organisation de l\u2019espace publique \u2013 Amir Taheri et Claudio Monge, OP, prieur de la communaut\u00e9 des fr\u00e8res dominicains \u00e0 Istanbul)<sup>5<\/sup><\/li>\n<li>fondements bibliques de la s\u00e9cularisation et de la s\u00e9cularit\u00e9 (la mission autonome des choses du monde et la n\u00e9cessit\u00e9 de la respecter), qui a sa place seulement dans le christianisme \u2013 la question ne se pose pas dans les autres religions (cardinal Dominik Jaroslav Duka OP de Prague \u00e0 Berlin en octobre 2010).<sup>6<\/sup><\/li>\n<\/ul>\n<p>Le professeur H\u00f6ffe dans son almanach \u00ab\u00a0Religion im s\u00e4kularen Europa\u00a0\u00bb utilise aussi le terme \u00ab\u00a0s\u00e9cularisation\u00a0\u00bb dans le sens de \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la\u00efcisation\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0d\u00e9christianisation\u00a0\u00bb, et \u00e9crit que ce sens remonte loin dans l\u2019histoire, au moins \u00e0 la querelle des investitures entre l\u2019empereur et le pape, et concerne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, dans les ann\u00e9es 1057 \u00e0 1122, l\u2019autonomie du pouvoir s\u00e9culier, la \u00ab\u00a0<em>s\u00e9cularit\u00e9 du politique<\/em>\u00a0\u00bb. Mais il va m\u00eame plus loin et affirme que la s\u00e9cularisation remonte au Nouveau Testament de sorte que la s\u00e9cularisation n\u2019est pas n\u00e9cessairement un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9tournement du christianisme. La s\u00e9cularisation est aussi une marque de d\u00e9termination, une marque du christianisme lui-m\u00eame, selon deux paroles bibliques\u00a0: \u00ab\u00a0Rendez \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar et \u00e0 Dieu ce qui est \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb (Mt 22, 21), et \u00ab\u00a0Mon royaume n\u2019est pas de ce monde\u00a0\u00bb (Jean 18, 36).<sup>7<\/sup>\u00a0Enfin, ajoute H\u00f6ffe, le sociologue de la religion Larry Shiner a propos\u00e9 de distinguer cinq significations. D\u2019apr\u00e8s lui, la s\u00e9cularisation signifie\u00a0: la disparition des religions\u00a0; une adaptation mondiale\u00a0; une d\u00e9sacralisation du monde\u00a0; la lib\u00e9ration de la soci\u00e9t\u00e9 des religions et finalement une transposition, le transfert des croyances et des comportements de la sph\u00e8re religieuse \u00e0 la sph\u00e8re la\u00efque.<sup>8<\/sup>\u00a0D\u2019ailleurs, continue H\u00f6ffe, au XIXe si\u00e8cle la s\u00e9cularisation signifiait le rejet de la doctrine des deux royaumes repr\u00e9sent\u00e9e par saint Augustin et reprise dans le passage cit\u00e9 de Jean, \u00e0 savoir le d\u00e9passement de l\u2019opposition entre l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 et le monde de ce c\u00f4t\u00e9. Enfin, il soutient la th\u00e8se de Max Weber selon laquelle la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne-occidentale est pass\u00e9e par un processus de s\u00e9cularisation dans lequel le d\u00e9senchantement du monde se combine \u00e0 une domination de plus en plus rationnelle du monde devenu significative.<sup>9<\/sup><\/p>\n<p>Dans sa conf\u00e9rence pour le cercle d\u2019Innsbruck pr\u00e9sent\u00e9 en janvier 2018 sous le titre \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9thique sociale et la posts\u00e9cularit\u00e9\u00a0\u00bb, le professeur Hansj\u00f6rg Schmid du Centre suisse pour l\u2019Islam et la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg en Suisse montre dans son analyse que la s\u00e9cularit\u00e9 n\u2019est pas un privil\u00e8ge chr\u00e9tienn en citant les auteurs musulmans Azzam Tamimi et Bassam Tibi qui plaident pour une posts\u00e9cularit\u00e9 comme un d\u00e9fi pour l\u2019\u00e9thique interreligieuse.<sup>10<\/sup><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, nous avons aussi un repr\u00e9sentant sous l\u2019angle de vue direct de la christianit\u00e9, Martin Rhonheimer, professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019Universit\u00e9 Santa Croce du mouvement Opus Dei \u00e0 Rome qui parle pr\u00e9cis\u00e9ment de la s\u00e9cularit\u00e9 chr\u00e9tienne.<sup>11<\/sup>\u00a0Il est rejoint par le professeur Foerst de Regensburg en Allemagne qui montre une s\u00e9cularit\u00e9 th\u00e9ologiquement l\u00e9gitime<sup>12<\/sup>, celle de l\u2019acceptation de ce monde comme un domaine d\u2019existence en raison de sa propre ind\u00e9pendance et de la raison\u00a0<em>d\u2019\u00eatre des r\u00e9alit\u00e9s mondiales et profanes<\/em>\u00a0selon le document final du conseil de Vatican II dans la constitution\u00a0<em>Gaudium et Spes<\/em>: \u00ab\u00a0parce que leur l\u00e9gitimit\u00e9 ne devrait pas compter sur la religion, mais sur leurs propres structures, \u00e0 savoir \u2018d\u2019\u00eatre ce qu\u2019ils sont\u2019\u00a0\u00bb.<sup>13<\/sup>\u00a0En effet, Dieu a cr\u00e9\u00e9 aussi le monde profane \u2013 donc il n\u2019y n\u2019a pas ici la d\u00e9cadence, mais quelque chose en fait propre \u00e0 l\u2019\u00eatre dans ce monde de l\u2019homme moderne. Cependant, si la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re est\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0\u00e9loign\u00e9e\u00a0\u00bb de Dieu, voire m\u00eame lieu \u00ab\u00a0sans Dieu\u00a0\u00bb, alors cette interpr\u00e9tation nous m\u00e8ne \u00e0 la position ath\u00e9iste parce qu\u2019elle nie la capacit\u00e9 de l\u2019Evangile \u00e0 se d\u00e9velopper dans le monde. Mais encore, si le relativisme est interpr\u00e9t\u00e9 comme une cons\u00e9quence du s\u00e9cularisme, qui se concentre sur le d\u00e9tournement de l\u2019homme moderne de sa relation fondamentale avec Dieu et cr\u00e9e ainsi le \u00ab\u00a0d\u00e9sert int\u00e9rieur\u00a0\u00bb comme le montre l\u2019interpr\u00e9tation de Beno\u00eet XVI en \u00e9tablissant le dicast\u00e8re pour la nouvelle \u00e9vang\u00e9lisation sous la direction de l\u2019archev\u00eaque Mgr. Fisichella<sup>14<\/sup>, nous en arrivons alors \u00e0 lutter contre lui. D\u2019autre part, pr\u00e9cis\u00e9ment la s\u00e9cularisation, m\u00eame si elle conteste la tradition \u00e9tablie de longue date, lib\u00e8re de grandes forces cr\u00e9atrices et est, finalement, aussi une pi\u00e9t\u00e9 vivante comme le montre le prof. H\u00f6sle \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie autrichienne des sciences en f\u00e9vrier 2014.<sup>15<\/sup><\/p>\n<p>De cette premi\u00e8re analyse nous vient \u00e0 l\u2019esprit aussi l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la s\u00e9cularisation. Cela surgit exactement de la recherche des savants turcs qui distinguent entre\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la s\u00e9cularit\u00e9 assertive (confiante) du type fran\u00e7ais \u2013 la la\u00efcit\u00e9 (introduite par Atat\u00fcrk et ses disciples). Cela conf\u00e8re \u00e0 l\u2019Etat le r\u00f4le de prot\u00e9ger les gens de la religion.<\/li>\n<li>la s\u00e9cularit\u00e9 passive de type am\u00e9ricain. Cela garantit que chaque citoyen peut apporter quelque chose, ind\u00e9pendamment de la religion, et sans exclure la motivation religieuse et la perspective du march\u00e9 des id\u00e9es. (Mustafa Gokcek dans son livre\u00a0<em>L\u2019unit\u00e9 de la Turquie d\u00e9coule de la la\u00efcit\u00e9<\/em>).<sup>16<\/sup><\/li>\n<\/ul>\n<p>La s\u00e9cularisation positive selon Gibellini parle de la d\u00e9sacralisation. Il s\u2019agit d\u2019un processus relatif ou radical de formation des id\u00e9es chr\u00e9tiennes dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne comme un moment de continuit\u00e9. La d\u00e9sacralisation relative que nous trouvons d\u00e9j\u00e0 dans la cr\u00e9ation o\u00f9 le Cr\u00e9ateur lui-m\u00eame diff\u00e8re fortement de la cr\u00e9ation (contre le panth\u00e9isme, le monisme et l\u2019animisme). Cela limite l\u2019influence excessive de la religion sur le monde profane et pousse chaque partie de la soci\u00e9t\u00e9 (y compris l\u2019Eglise)\u00a0<em>\u00e0 chercher<\/em>\u00a0sa propre place dans le monde. Enfin, comme le dit B. H\u00e4ring, il s\u2019agit aussi de la lutte contre les dieux\u00a0: le christianisme a s\u00e9cularis\u00e9 ce monde et l\u2019a lib\u00e9r\u00e9 de la fausse sacralisation.<sup>17<\/sup>\u00a0Au contraire la s\u00e9cularisation radicale b\u00e2tit le monde sans le sacr\u00e9.<\/p>\n<p>La s\u00e9cularisation comme divinisation nous montre que l\u2019homme s\u00e9par\u00e9 de Dieu finit par\u00a0<em>absolutiser<\/em>\u00a0et\u00a0<em>id\u00e9aliser<\/em>\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re, et donc la\u00a0<em>divinise<\/em>\u00a0de fa\u00e7on inappropri\u00e9e (la\u00a0<em>sacralise<\/em>). Anselm G\u00fcnth\u00f6r poursuit en disant ue que le s\u00e9cularisme absolu li\u00e9 \u00e0 une autonomie absolue du monde passe sous silence la n\u00e9cessit\u00e9 du salut, la r\u00e9demption et la r\u00e9alit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 et favorise l\u2019id\u00e9e que l\u2019homme pourrait se sauver par lui-m\u00eame (en ignorant le mal et celui qui en est la cause). Une telle validation de l\u2019homme par lui-m\u00eame est utopique et inhumaine. L\u2019homme ignore ses origines comme la cr\u00e9ation de Dieu et sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la volont\u00e9 de Dieu. Au contraire, la question est de savoir si l\u2019homme concentr\u00e9 sur Dieu et reconnaissant la souverainet\u00e9 de Dieu est capable de donner aux domaines humaines leur propre autorit\u00e9. Une telle personne est-elle en mesure d\u2019avoir une relation pratique avec le monde, ou au contraire, est-elle compl\u00e8tement ali\u00e9n\u00e9e de ce monde\u00a0?<sup>18<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>A la recherche de la d\u00e9finition en faveur du christianisme<\/strong><\/p>\n<p>Une des d\u00e9finition trouv\u00e9e dans le cadre de la th\u00e9ologie morale nous enseigne que le s\u00e9cularisme est une forme extr\u00eame de s\u00e9cularisation, lorsqu\u2019une personne a besoin, pour elle-m\u00eame et pour \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb ind\u00e9pendance totale, du monde et de l\u2019autonomie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu, voire m\u00eame de nier l\u2019existence de Dieu directement, afin de prouver son ind\u00e9pendance. Ceci diff\u00e8re de l\u2019ath\u00e9isme. Il s\u2019agit plut\u00f4t de l\u2019\u00e9chec de permettre \u00e0 un autre monde d\u2019exister. Cette direction n\u2019a donc pas reconnu que la foi (la religion ou l\u2019\u00e9glise) avait quelque chose \u00e0 dire sur les questions fondamentales de la vie. En \u00e9thique, en \u00e9conomie, dans la culture et la politique on exige l\u2019autonomie, mais la religion est d\u00e9plac\u00e9e dans la r\u00e9gion hors du monde. Mais Gogarten ajoute que le s\u00e9cularisme ne reste pas seulement dans la s\u00e9cularit\u00e9 \u00e0 la suite de la s\u00e9cularisation, mais il devient souvent doctrine du salut ou id\u00e9ologie.<sup>19<\/sup>\u00a0Cependant, une personne est (th\u00e9ologiquement, selon le premier commandement) oblig\u00e9e de suivre le vrai Dieu, en d\u00e9pit de sa propre autonomie.<\/p>\n<p>Ka\u013eata nous montre encore un fois que la s\u00e9cularisation a son fondement dans la Bible et le monde chr\u00e9tien.<sup>20<\/sup>\u00a0Le\u00a0<em>Saeculum<\/em>\u00a0(l\u2019\u00e2ge humain, la race, la g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019\u00e2ge, le temps, le si\u00e8cle, la pr\u00e9cocit\u00e9, la naturalit\u00e9, la mondanit\u00e9) d\u00e9signe le monde dans le temps historique (<em>aeon<\/em>) au lieu du monde de l\u2019espace\u00a0<em>mundus<\/em>\u00a0(cosmos). Pour les Grecs il s\u2019agit toujours de l\u2019espace, d\u2019un lieu, mais pour les H\u00e9breux le monde est l\u2019histoire (l\u2019histoire dans le temps), qui a son origine en Dieu. L\u2019am\u00e9ricain Cox a soulign\u00e9 les enjeux en ajoutant qu\u2019il est important de noter que le christianisme a d\u00e9mythifi\u00e9 l\u2019Empire romain! Les dieux y jouaient le r\u00f4le d\u2019une certaine magie pour r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 entre l\u2019homme et la nature, et les deux ont \u00e9t\u00e9 une partie de la nature.<sup>21<\/sup>\u00a0Le Cosmos grec (l\u2019espace et dieu, et m\u00eame la Soci\u00e9t\u00e9) est d\u00e9ifi\u00e9. L\u2019espace h\u00e9breu est la cr\u00e9ation de Dieu. Le monde est devenu l\u2019histoire.\u00a0<em>Cosmos aeonom et mundus saeculum<\/em>. L\u2019approche biblique pour comprendre le monde nous montre la compr\u00e9hension du monde comme une entit\u00e9 limit\u00e9e dans le temps.<sup>22<\/sup><\/p>\n<p>Mr\u00e1z montre les trois sources de la s\u00e9cularisation chr\u00e9tienne, qui sont\u00a0: la transition de la fa\u00e7on de penser grecque \u00e0 la fa\u00e7on juda\u00efque (biblique), la transition de l\u2019essentiel au fonctionnel dans la vision du monde et la transition du supranaturalisme \u00e0 l\u2019autonomisation de la vie. Ce sont les trois \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9 de la foi bas\u00e9s sur la Bible pour l\u2019expansion de la s\u00e9cularisation. Il s\u2019agit d\u2019un processus de la renaissance de la relation \u00e0 Dieu, \u00e0 l\u2019homme et au monde, et qui apporte le d\u00e9veloppement de la science naturelle, la mont\u00e9e des institutions d\u00e9mocratiques et l\u2019expansion du pluralisme culturel. Cela se fait par la d\u00e9divinisation de la nature dans le processus de la Cr\u00e9ation, puis par la d\u00e9sacralisation de la politique par rapport \u00e0 l\u2019Exode et finalement par la d\u00e9cons\u00e9cration des valeurs avec l\u2019adoption de la loi sur le mont Sina\u00ef, en particulier la loi concernant l\u2019idol\u00e2trie.<sup>23<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les temps id\u00e9ologiques e la s\u00e9cularisation positive<\/strong><\/p>\n<p>Gellner remarque que les Lumi\u00e8res ont enseign\u00e9 que l\u2019homme devient homme par la raison humaine et qu\u2019il est donc possible de s\u00e9culariser la vision religieuse selon laquelle l\u2019homme devient homme par sa relation au Dieu unique.<sup>24<\/sup><\/p>\n<p>Plus tard, dans son analyse de l\u2019islam moderne et du marxisme, Gellner soutient que l\u2019islam moderne ne divinise pas le monde terrestre, mais le sujet du respect dans l\u2019islam reste une entit\u00e9 extraterrestre et transcendante. Bien que la vie dans ce monde (terrestre) soit soumise \u00e0 de vastes fronti\u00e8res, elle conserve toujours son statut terrestre profane. Les sph\u00e8res sacr\u00e9es et profanes restent s\u00e9par\u00e9es, selon la th\u00e9orie de Durkheim, et ne se souillent pas mutuellement. Ce n\u2019est pas seulement que la sph\u00e8re divine est un refuge devant le monde terrestre. Le monde terrestre est aussi un refuge pour les demandes excessives et l\u2019exaltation de la religion (c\u2019est, dans notre contexte, l\u2019hypoth\u00e8se disproportionn\u00e9e de l\u2019action de Dieu). Selon Gellner, l\u2019Islam contr\u00f4le et r\u00e9glemente, mais malgr\u00e9 tout cela, ne condamne pas la vie quotidienne et sa composante \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pour le marxisme, cependant, le cas est radicalement diff\u00e9rent. Selon Gellner, il s\u2019agit ici d\u2019une erreur philosophique d\u00e9cisive. L\u2019id\u00e9e philosophique centrale du marxisme \u00e9tait d\u2019abolir la multiplicit\u00e9 de l\u2019existence sur le monde terrestre et surnaturel. Ainsi, le marxisme a non seulement interdit l\u2019utilisation du monde de l\u2019au-del\u00e0 comme source de salut, dans le but de s\u2019\u00e9chapper de ce monde, mais aussi \u2013 et cela est lui devenu fatal \u2013 le respect de soi du monde terrestre et de l\u2019activit\u00e9 humaine qui l\u2019entoure.<sup>25<\/sup><\/p>\n<p>Gellner note que ce n\u2019est pas accidentellement que le pedigree intellectuel du marxisme conduit, par l\u2019interm\u00e9diaire de Hegel, au panth\u00e9isme de Baruch Spinoza et de son sens de l\u2019unit\u00e9 et du caract\u00e8re sacr\u00e9 de ce monde. Ainsi, il est fort possible que le bolchevisme n\u2019ait pas caus\u00e9 le manque de sacr\u00e9, mais au contraire le manque de profane. Si, en p\u00e9riode de stagnation \u00e9conomique, la sph\u00e8re profane, dans les circonstances habituelles, perdait son int\u00e9r\u00eat, il \u00e9tait impossible de la rejeter et de lui donner un caract\u00e8re de routine car c\u2019\u00e9tait la maison la plus sacr\u00e9e du sacr\u00e9. Le travail \u00e9tait en fait l\u2019essence de l\u2019homme et le \u00ab\u00a0sacrement du nouvel ordre\u00a0\u00bb. Mais quand il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que ce \u00ab\u00a0sacrement\u00a0\u00bb \u00e9tait extr\u00eamement pollu\u00e9, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Brejnev, la foi doit s\u2019y perdre. Elle pouvait survivre \u00e0 la pollution du temps de Staline, quand elle s\u2019\u00e9tait m\u00eame \u00e9panouie, mais elle ne pouvait \u00eatre que \u00ab\u00a0blasph\u00e8me\u00a0\u00bb contre l\u2019existence \u00e9conomique.<sup>26<\/sup><\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, des affirmations s\u00e9culi\u00e8res mondiales ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es afin d\u2019obtenir des instructions religieuses pour agir contre eux.<sup>27<\/sup>\u00a0Les sermons pi\u00e9tistes sur les inondations catastrophiques en sont un exemple. S\u2019ils \u00e9taient encore interpr\u00e9t\u00e9s eschatologiquement au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, ils deviennent au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle une punition de Dieu, qui nous appelle \u00e0 ne pas nous abandonner \u00e0 la \u00ab\u00a0supr\u00e9matie de la raison\u00a0\u00bb, au \u00ab\u00a0rationalisme\u00a0\u00bb.<sup>28<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019autonomie relative comme solution<\/strong><\/p>\n<p>Quand nous cherchons \u00e0 nous rapprocher de la s\u00e9cularisation chr\u00e9tienne, nous pouvons nous poser quelques questions: par ex., comment est-il possible de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de l\u2019imp\u00e9ratif de Dieu dans le premier commandement et dans l\u2019autonomie de l\u2019homme comme un signe du don du Cr\u00e9ateur et de la confiance de Dieu en l\u2019homme\u00a0? Si nous parlons de la s\u00e9cularisation, nous nous d\u00e9pla\u00e7ons entre: Dieu et le monde, ce monde et l\u2019autre monde, la science et la religion, l\u2019abandon \u00e0 Dieu et le service au monde, l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat et enfin la culture (art sacral) et l\u2019esth\u00e9tique. La question suivante \u00e0 se poser est de savoir si l\u2019autonomie appartient r\u00e9ellement aux domaines mondiaux\u00a0? Une r\u00e9ponse tr\u00e8s importante est que le monde s\u00e9culier \u00e9coute ses propres lois, qui ne sont pas soumises \u00e0 des normes de foi et de religion. N\u00e9anmoins, il n\u2019est pas vrai que l\u2019homme n\u2019avait aucune responsabilit\u00e9 pour utiliser la r\u00e9alit\u00e9 mondaine en conjonction avec le plan de son Cr\u00e9ateur. C\u2019est parce que ni l\u2019homme s\u00e9culier, ni m\u00eame le monde s\u00e9culier ne se sont cr\u00e9\u00e9s par eux-m\u00eames, leur existence d\u00e9pend enti\u00e8rement de la volont\u00e9 d\u2019un \u00eatre sup\u00e9rieur \u2013 c\u2019est pourquoi on parle d\u2019autonomie relative.<sup>29<\/sup>\u00a0J.-B.Metz ajoute que les facteurs s\u00e9culiers incluent une certaine ind\u00e9pendance\u00a0; ils sont r\u00e9gis par leurs propres lois, mais ils ont leur origine en Dieu. En utilisant le processus de la s\u00e9cularisation de Dieu (Dieu incarn\u00e9 en J\u00e9sus pour le monde terrestre) l\u2019homme se lib\u00e8re de l\u2019omnipotence des \u00e9l\u00e9ments de ce monde (Kol 2,8.20; Gal 4,3, 1 Corinthiens 8: 4). C\u2019est le fondement de l\u2019humanisme compris chr\u00e9tiennement.<a href=\"https:\/\/www.oikonomia.it\/index.php\/it\/2019\/giugno?view=article&amp;id=1083:la-secularisation-comme-determinant-marque-du-christianisme-lui-meme&amp;catid=113:giugno-2019#b30\">30<\/a><\/p>\n<p>Vattimo explique au contraire que l\u2019\u00eatre chr\u00e9tien k\u00e9notique renvoie \u00e0 Dieu qui se tient au milieu, mais renonce sciemment \u00e0 son omnipotence et devient un homme (un fr\u00e8re et ami).<sup>31<\/sup>\u00a0La lib\u00e9ration humaine est donc importante, parce que, comme ajoute Barth, dans la recherche et les retrouvailles avec Dieu, l\u2019homme est capable d\u2019utiliser Dieu pour ses propres fins.<sup>32<\/sup>\u00a0Il s\u2019agit ici de l\u2019\u00e9valuation correcte des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9culi\u00e8res\u00a0: celles-ci conserveront une autonomie r\u00e9elle et la mondanit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elles ont leurs propres buts, leurs lois, leurs m\u00e9thodes et leurs significations pour le bien de l\u2019homme. Mais seul l\u2019homme dirig\u00e9 vers Dieu est capable d\u2019agir de mani\u00e8re objective, \u00e0 savoir de g\u00e9rer les choses de ce monde en accord avec leur autonomie guid\u00e9e par des lois morales.<\/p>\n<p>Le conservatisme strict et ferm\u00e9 aimerait toutefois voir le monde organis\u00e9 sous la domination de l\u2019\u00c9glise comme leader unique du monde. Mais l\u2019Eglise n\u2019est pas appel\u00e9e \u00e0 diriger le monde d\u2019une mani\u00e8re conservatrice, tout simplement parce qu\u2019elle n\u2019est pas en mesure d\u2019identifier toutes les solutions sp\u00e9cifiques de tous les probl\u00e8mes de ce monde. Voil\u00e0 pourquoi nous devons respecter une certaine autonomie des domaines du monde (Chenu, Rahner).<sup>33<\/sup>\u00a0Alors d\u2019une part il est important de reconna\u00eetre les signes des temps actuels. D\u2019autre part, nous aimerions avoir toutes les chances d\u2019avoir une ligne t\u00e9l\u00e9phonique directe avec Dieu (raz de mar\u00e9e en Tha\u00eflande et les sermons ult\u00e9rieurs sur la col\u00e8re de Dieu). La s\u00e9cularisation ne signifie pas pour autant la s\u00e9cularisation des valeurs religieuses, mais elle les reconna\u00eet en raison de la foi, de l\u2019ind\u00e9pendance et de la signification du monde lui-m\u00eame.<sup>34<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise dans le monde<\/strong><\/p>\n<p>La t\u00e2che fondamentale de l\u2019Eglise est de p\u00e9n\u00e9trer le monde avec l\u2019esprit de l\u2019Evangile sans le diviser dans sa propre structure. Comme avait bien remarqu\u00e9 le cardinal Marx de Bavi\u00e8re en commentant les scandales sexuels dans l\u2019Eglise, L\u2019Eglise n\u2019est pas ici pour prendre un r\u00f4le moralisateur, mais pour pr\u00eacher l\u2019\u00e9vangile.35 Et un autre homme d\u2019Eglise, Mgr. Fazio explique la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9cl\u00e9ricalisation du monde. Le faux cl\u00e9ricalisme ne distingue pas entre les ordres naturel et surnaturel, les pouvoirs politique et spirituel.<sup>36<\/sup>\u00a0La doctrine de la cr\u00e9ation (le pilier principal du christianisme) est la base pour une bonne compr\u00e9hension de la s\u00e9cularisation: Dieu a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019homme la possibilit\u00e9 de conna\u00eetre la structure de la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019harmonie entre la foi et la raison conduit \u00e0 respecter l\u2019autonomie relative des r\u00e9alit\u00e9s terrestres. Dans beaucoup de religions r\u00e8gne un scepticisme quant \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019homme. Le fondamentalisme m\u00eame emp\u00eache la s\u00e9cularisation par le totalitarisme religieux qui viole les droits fondamentaux de l\u2019homme.<sup>37<\/sup><\/p>\n<p>Vattimo revient sur ce point avec sa th\u00e9orie de la s\u00e9cularisation comme exp\u00e9rience confessionnelle authentique. Selon lui, la s\u00e9cularisation est un moment positif d\u2019enseignement de J\u00e9sus-Christ et la r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure du christianisme\u00a0: comme J\u00e9sus abandonn\u00e9 sur la croix, l\u2019homme moderne ressent l\u2019ali\u00e9nation de Dieu, et il s\u2019ali\u00e8ne parfois de Dieu lui-m\u00eame. L\u2019homme ali\u00e9n\u00e9 de Dieu absolutise et id\u00e9alise la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9culi\u00e8re \u2013 donc la sacralise de fa\u00e7on inappropri\u00e9e. Pour une bonne relation au monde, une relation juste \u00e0 Dieu est n\u00e9cessaire.<sup>38<\/sup>\u00a0Et Rhonheimer ajoute que la mondanit\u00e9 n\u2019a sa place que dans le christianisme. Cela signifie l\u2019importance du monde et du service pour le monde, son autonomie et l\u2019ind\u00e9pendance, mais aussi le devoir de tout chr\u00e9tien de s\u2019engager dans le monde<sup>39<\/sup>. Dans le myst\u00e8re de l\u2019Incarnation la s\u00e9cularisation prend sa pleine signification et son propre but. La s\u00e9cularisation donc d\u00e9fend la r\u00e9alit\u00e9 terrestre. Si elle est d\u00e9truite, remarque le cardinal Duka, alors seront lib\u00e9r\u00e9s les courants qui suppriment compl\u00e8tement notre autonomie terrestre.<sup>40<\/sup><\/p>\n<p>Comme l\u2019enseigne Gogarten, la s\u00e9cularisation (d\u00e9divinisation) est une cons\u00e9quence l\u00e9gitime de l\u2019impact de la foi biblique sur l\u2019histoire.<sup>41<\/sup>\u00a0L\u2019homme en tant que Fils de Dieu est lib\u00e9r\u00e9 du monde, mais aussi pour le monde. La foi chr\u00e9tienne s\u00e9cularise le monde et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 l\u2019autonomie, mais aussi vers la responsabilit\u00e9 de l\u2019homme (celui-ci est appel\u00e9 \u00e0 l\u2019adoption d\u2019enfant de Dieu et donc \u00e0 la responsabilit\u00e9 envers Dieu: 1 Cor 3, 21 \u00e0 23). Une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2018est pas pass\u00e9e par la s\u00e9cularisation peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par un lien \u00e9troit entre la politique et la religion (Matthieu 22, 21). L\u2019espoir du monde moderne est que l\u2019homme ne perde pas le contact avec Dieu afin que la s\u00e9cularisation ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re pas en s\u00e9cularisme. Du point de vue du Royaume de Dieu la s\u00e9cularisation signifie \u00e0 peu pr\u00e8s autant que ce qui est faisable. Ceci est r\u00e9alis\u00e9 de telle sorte que l\u2019homme soumet ce monde pour ses propres buts et emp\u00eache le mal d\u2019agir.<sup>42<\/sup><\/p>\n<p>L\u2019unique \u00e9l\u00e9ment critique r\u00e9glementaire de la s\u00e9cularisation, selon Vattimo, est qu\u2019il s\u2019agit ici de l\u2019amour dont la croissance montre de quelle fa\u00e7on la s\u00e9cularisation est la r\u00e9alit\u00e9 religieuse authentique (avec l\u2019amiti\u00e9, la tol\u00e9rance, l\u2019estime, le respect des autres, du pluralisme et de la d\u00e9mocratie). Ce principe critique permet de combler le foss\u00e9 entre la modernit\u00e9 et la proclamation chr\u00e9tienne. Ce principe d\u00e9masque exactement dans la personne de J\u00e9sus Christ les nouveaux mythes. Le Christ r\u00e9v\u00e8le ainsi \u00ab\u00a0le vrai sens de l\u2019histoire du salut.\u00a0\u00bb L\u2019homme croyant ne peut croire que par le dialogue. Alors que le contraire aime le fondamentalisme et le dogmatisme. Un tel croyant ne croit pas \u00e0 un Dieu somptueux autoritaire, mais \u00e0 un Dieu dialogique, fraternel et amical \u2013 partenaire, alors seulement il est capable de chercher humblement le royaume de Dieu et son accomplissement et de prendre part \u00e0 l\u2019histoire du salut et \u00e0 la proclamation de l\u2019\u00c9vangile. Dans ce dialogue le Christianisme postmoderne construit l\u2019\u00e9thique du dialogue et de la solidarit\u00e9. Croire \u00e0 sa propre foi signifie l\u2019espoir d\u2019avoir une foi authentique.<sup>43<\/sup>\u00a0C\u2019est pourquoi ce terme de la s\u00e9cularisation chr\u00e9tienne est un d\u00e9terminant, une marque du christianisme lui-m\u00eame. La seule chose \u00e0 \u00e9viter est de ne pas aller trop loin dans la direction terrestre, celle de la th\u00e9ologie politique d\u00e9sign\u00e9e par Carl Schmidt, Bultmann, L\u00f6with jusqu\u2019au Gogarten, mais ce sera l\u2019objet d\u2019un prochain article.<sup>44<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9pertoire bibliographique<\/strong><\/p>\n<p>Barth, Karl (1992) : Der R\u00f6merbrief. In\u00a0: Gibellini, Rosino (sous la dir. de) : La teologia del XX secolo. Brescia\u00a0: Editrice Queriniana, 16-18.<br \/>\nBeno\u00eet XVI (2011), Message pour la Journ\u00e9e mondiale de la Paix 2011. In\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/w2.vatican.va\/content\/benedict-xvi\/fr\/messages\/peace\/documents\/hf_ben-xvi_mes_20101208_xliv-world-day-peace.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/w2.vatican.va<\/a>\u00a0.<br \/>\nDuka, Dominik (2010): N\u00e1bo\u017eenstv\u00ed v sekularizovan\u00e9 spole\u010dnosti. Dans:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dominikduka.cz\/prednasky-proslovy\/nabozenstvi-v-sekularizovane-spolecnosti\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.dominikduka.cz<\/a>\u00a0(5 juin 2013).<br \/>\nFazio, Marianno (2007)\u00a0: Crisis of the truth about man (Ndt\u00a0: Crise de la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019homme). In\u00a0:\u00a0<em>Zenit<\/em>, 7 f\u00e9vrier 2007 (<a href=\"http:\/\/www.zenit.org\/en\/articles\/a-crisis-of-the-truth-about-man\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.zenit.org<\/a>\u00a0[5 juin 2013]).<br \/>\nFischer, Karsten (2009): Die Zukunft einer Provokation. Religion im liberalen Staat. Berlin University Press. 2009.<br \/>\nH\u00f6ffe, Ottfried (2018)\u00a0: Religion in s\u00e4kularen Europa\u00a0: Einf\u00fchrung. In: Ottfried H\u00f6ffe\/Andreas Kablitz (Hrsg.): Religion im s\u00e4kularen Europa. Politisches Projekt und kulturelle Tradition \u2013 Schriftenreihe des Arbeitskreises Europa der Fritz Thyssen Stiftung, Band 4, Paderborn, Verlag Wilhelm Fink, 7-17.<br \/>\nH\u00f6sle, V.\u00a0(2014):\u00a0\u00ab\u00a0Religionen profitieren von S\u00e4kularisierung.\u00a0\u00bb In\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.kath.net\/news\/44976\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.kath.net<\/a>\u00a0de 21 fevrier 2014.<br \/>\nGellner, Ernest (2003)\u00a0: Nacionalismus. Brno, CDK.<br \/>\nGibellini, Rosino (1992)\u00a0: La teologia del XX secolo. Brescia : Queriniana Editrice.<br \/>\nGogarten, Friedrich (1965) : Verh\u00e4ngnis und Hoffnung der Neuzeit (Ndt : D\u00e9sastre et espoir des temps modernes). Die S\u00e4kularisierung als theologisches Problem (Ndt : La s\u00e9cularisation en tant que probl\u00e8me th\u00e9ologique). In: Cox, Harvey (Hg.): The Secular City: Secularization and Urbanization in\u00a0<em>Theological Perspective<\/em>. New York: The Macmillan Company, 12\u201330.<br \/>\nGogarten, Friedrich (1972): Destino e speranza dell\u2019epoca moderna. Brescia: Morcelliana.<br \/>\nG\u00fcnth\u00f6r, Anselm (1988): Chiamata e Riposta. Una nuova teologia morale, vol. II: Morale speciale. Alba: Edizioni Paoline.<br \/>\nKa\u013eata, Dominik (1992): Sekulariz\u00e1cia a kres\u0165ansk\u00fd postoj k svetu. In:\u00a0<em>Svedectvo viery<\/em>\u00a02. Trnava, Dobr\u00e1 kniha.<br \/>\nMarramao, Giacomo\u00a0(1999): Die S\u00e4kularisierung der westlichen Welt. Frankfurt\/M. 1999.<br \/>\nWirsching, Daniel\/Knoller, Alois: Kardinal Marx, empfinden Sie die &#8220;Ehe f\u00fcr alle&#8221; als Niederlage? In:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.augsburger-allgemeine.de\/bayern\/Kardinal-Marx-empfinden-Sie-die-Ehe-fuer-alle-als-Niederlage-id42049291.html.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.augsburger-allgemeine.de<\/a><br \/>\nMr\u00e1z, Marian SJ (2004): Sekulariz\u00e1cia je nielen ohrozen\u00edm ale aj znakom n\u00e1deje. In:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.uski.sk\/frm_2009\/ran\/2004\/ran-2004-2-10.pdf.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.uski.sk<\/a><br \/>\nRahner, Karl \/ Vorgrimler, Herbert (1961): Kleines Theologisches W\u00f6rterbuch. Freiburg i. Br.: Herder.<br \/>\nRhonheimer, Martin (2010): Christian Secularity, Political Ethics and the Culture of Human Rights. In:\u00a0<em>Josephinum Journal of Theology<\/em>, 16, 320\u2013338.<br \/>\nSchmid Hansjoerg.:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=MqDrA36F_R0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.youtube.com<\/a>\u00a0;<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.kaththeol.uni-muenchen.de\/lehrstuehle\/christl_sozialethik1\/personen\/1vogt\/texte_vogt\/vogt_interrelig-sozialethik.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.kaththeol.uni-muenchen.de<\/a><br \/>\nSchwibach Armin (2010): Gegen die innere W\u00fcste. In:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.kath.net\/detail.php?id=28498\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.kath.net<\/a><br \/>\nShiner, Larry (1967): The Concept of Secularization in Empirical Research, In:\u00a0<em>Journal for the Scientific Study of Religion<\/em>\u00a06\/2, 207-220.<br \/>\nSoused\u00edk Stanislav (2011): Sv\u011bt, sv\u011btskost, sekularizace. In:\u00a0<em>Res claritatis Monitor<\/em>, 17. 4.2011 (<a href=\"https:\/\/rcmonitor.cz\/download\/MONITOR-2011-8.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/rcmonitor.cz<\/a>\u00a0).<br \/>\nSwan, Michael (2013): Turkey\u00b4s unity rooted in secularism. In:\u00a0<em>The Catholic Register<\/em>, Sunday 15 December 2013.<br \/>\nVatican II, Concil (1965) :\u00a0<em>Gaudium et spes<\/em>\u00a0(GS). Constitution pastorale sur l\u2019\u00c9glise dans le monde de ce temps.<br \/>\nVattimo, Gianni (1996): Credere di credere. Milano: Garzanti.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<p><sup>1<\/sup>\u00a0Soused\u00edk, S. (2011), 11.<br \/>\n<sup>2<\/sup>\u00a0Beno\u00eet XVI. (2011).<br \/>\n<sup>3<\/sup>\u00a0Soused\u00edk, S. (2011), 11-12.<br \/>\n<sup>4<\/sup>\u00a0H\u00f6sle, V. (2014).<br \/>\n<sup>5<\/sup>\u00a0Swan, M. (2013).<br \/>\n<sup>6<\/sup>\u00a0Duka, D. (2010).<br \/>\n<sup>7<\/sup>\u00a0H\u00f6ffe, O. (2018), 15.<br \/>\n<sup>8<\/sup>\u00a0Shiner, L. (1967), 207-220.<br \/>\n<sup>9<\/sup>\u00a0H\u00f6ffe, O. (2018), 16.<br \/>\n<sup>10<\/sup>\u00a0Schmid, H. (2018), slide 2-3.<br \/>\n<sup>11<\/sup>\u00a0Rhonheimer, M. (2010).<br \/>\n<sup>12<\/sup>\u00a0Schwibach, A. (2010).<br \/>\n<sup>13<\/sup>\u00a0GS (1965), 36.<br \/>\n<sup>14<\/sup>\u00a0Fischer, K. (2009), 193.<br \/>\n<sup>15<\/sup>\u00a0H\u00f6sle, V. (2014), 11-12.<br \/>\n<sup>16<\/sup>\u00a0Swan, M. (2013).<br \/>\n<sup>17<\/sup>\u00a0Gibellini, R. (1999), 113.<br \/>\n<sup>18<\/sup>\u00a0G\u00fcnth\u00f6r, A. (1990), 42.<br \/>\n<sup>19<\/sup>\u00a0Gogarten, F. (1965), 15.<br \/>\n<sup>20<\/sup>\u00a0Ka\u013eata, D. (1992), 390.<br \/>\n<sup>21<\/sup>\u00a0Cox, H. (1965), 19.<br \/>\n<sup>22<\/sup>\u00a0Ka\u013eata, D. (1992), 390.<br \/>\n<sup>23<\/sup>\u00a0Mr\u00e1z, M. (2004).<br \/>\n<sup>24<\/sup>\u00a0Gellner, E. (2003), 91.<br \/>\n<sup>25<\/sup>\u00a0Gellner, E. (2003), 108.<br \/>\n<sup>26<\/sup>\u00a0Gellner, E. (2003), 109.<br \/>\n<sup>27<\/sup>\u00a0\u00c1rnason, J.P.\/Wittrock, B. (2012).<br \/>\n<sup>28<\/sup>\u00a0Manfred Jakubowski-Tiessen (2013), 187.<br \/>\n<sup>29<\/sup>\u00a0Gibellini, R. (1999), 136.<br \/>\n<sup>30<\/sup>\u00a0Ka\u013eata, D. (1992), 392-3.<br \/>\n<sup>31<\/sup>\u00a0Vattimo, G. (1996), 14.<br \/>\n<sup>32<\/sup>\u00a0Barth, K. (1999), 16.<br \/>\n<sup>33<\/sup>\u00a0Gibellini, R. (1999), 136.<br \/>\n<sup>34<\/sup>\u00a0Rahner, K. \/ Vorgrimler, H. (1996), 299.<br \/>\n<sup>35<\/sup>\u00a0Wirsching, D.\/Knoller, A. (2017).<br \/>\n<sup>36<\/sup>\u00a0Fazio, M. (2007).<br \/>\n<sup>37<\/sup>\u00a0Fazio, M. (2007).<br \/>\n<sup>38<\/sup>\u00a0Vattimo, G. (1996), 9-10.<br \/>\n<sup>39<\/sup>\u00a0Rhonheimer, M. (2010), 322.<br \/>\n<sup>40<\/sup>\u00a0Gogarten, F. (1965), 15.<br \/>\n<sup>41<\/sup>\u00a0Cox, H. (1965), 23.<br \/>\n<sup>42<\/sup>\u00a0Rhonheimer, M (2010), 331.<br \/>\n<sup>43<\/sup>\u00a0Vattimo, G. (1996), 95.<br \/>\n<sup>44<\/sup> Marramao (1999), s. 88.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"no","_lmt_disable":"no"},"autori":[901],"fascicolo":[276],"class_list":["post-2541","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-inocent-maria-vladimir-szaniszlo","fascicolo-giugno-2019"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - La s\u00e9cularisation comme d\u00e9terminant, marque du christianisme lui-m\u00eame<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di Inocent-M\u00e1ria Vladim\u00edr Szaniszl\u00f3, pubblicato nel numero di Giugno 2019. 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