{"id":2480,"date":"2018-10-01T12:00:00","date_gmt":"2018-10-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=2480"},"modified":"2026-04-18T21:00:40","modified_gmt":"2026-04-18T19:00:40","slug":"2480","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2018\/ottobre\/la-secularisation-positive-dans-le-cadre-dun-dialogue-des-religions-avec-la-societe-civile\/","title":{"rendered":"La s\u00e9cularisation positive dans le cadre d&#8217;un dialogue des religions avec la soci\u00e9t\u00e9 civile"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Introduction au probl\u00e8me<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cadre de notre colloque exclusif \u00e0 l \u0301Universit\u00e9 pontificale Saint Thomas d\u2019Aquin \u00e0 Rome nous sommes consacr\u00e9 \u00e0 l \u0301\u00e9tude du th\u00e9ologien africain fr. \u00c9loi Messi Metogo OP. Dans une des sesoeuvres principales <em>Dieu peut-Il mourir en Afrique?<\/em><sup>1<\/sup>, Fr\u00e8re Metogo essaie de d\u00e9crire la situation religieuse en Afrique du point de vue de la s\u00e9cularisation et de la s\u00e9cularit\u00e9, analysant m\u00eame le s\u00e9cularisme moderne. C \u0301est pourquoi nous voulons dans notre contribution jeter un \u0153il sur la signification de ces termes dans le monde moderne.<\/p>\n<p>Le s\u00e9cularisme est d\u00e9fini comme \u00e9tant une forme extr\u00eame de\u00a0<strong>s\u00e9cularisation<\/strong>, dans laquelle l\u2019homme r\u00e9clame une ind\u00e9pendance et une autonomie totales par rapport \u00e0 Dieu, pour lui\u00eame et pour \u00ab son \u00bb monde, ou nie carr\u00e9ment l\u2019existence de Dieu pour \u00e9tayer sa propre ind\u00e9pendance. Il n\u2019est pas facile de mettre l\u2019ath\u00e9isme sur le m\u00eame pied. Il s\u2019agit plut\u00f4t de la non-admission d\u2019un autre monde. Les tenants de cette position ne reconna\u00eetront pas que la foi (ou la religion ou l\u2019\u00c9glise) ait voix au chapitre pour ce qui est des questions fondamentales de la vie. L\u2019autonomie est plut\u00f4t demand\u00e9e pour les domaines de l\u2019\u00e9thique, de l\u2019\u00e9conomie, de la culture et de la politique, dans lesquelles la foi ou la religion est de ce fait rejet\u00e9e dans le domaine du monde ext\u00e9rieur. C\u2019est ainsi que des th\u00e9ologiens comme Karl-Heinz Peschke ou Albert Josef Bene\u0161 la d\u00e9finissent classiquement.<\/p>\n<p>En revanche, la s\u00e9cularisation est une notion qui a son fondement dans la Bible et donc aussi dans la pens\u00e9e chr\u00e9tienne. Le mot\u00a0<em>saeculum<\/em>\u00a0est l\u2019un des deux mots latins qui d\u00e9signent le monde : le mot<em>\u00a0saeculum<\/em>\u00a0se r\u00e9f\u00e8re au temps historique (l\u2019\u00e6on grec), tandis que\u00a0<em>mundus<\/em>, le second mot, d\u00e9signe le monde spatial (le cosmos grec). Pour les Grecs, il s\u2019agit de l\u2019espace et du lieu, mais pour les H\u00e9breux, le monde est une histoire qui a son origine en Dieu.<sup>2<\/sup><\/p>\n<p>Bien que l\u2019\u00c9glise se voie souvent en dehors de ce monde, de sorte qu\u2019elle est parfois accus\u00e9e d\u2019\u00eatre une fa\u00e7on de fuir le monde, l\u2019importance de la \u00ab mondanit\u00e9 \u00bb est \u00e9galement soulign\u00e9e dans la terminologie chr\u00e9tienne, donc l\u2019importance du monde et du service pour le monde. M\u00eame en th\u00e9ologie, leur autonomie et leur ind\u00e9pendance sont reconnues, \u00e0 savoir le fait de s\u2019engager dans le monde, en tant que devoir de tout chr\u00e9tien. Ils est d\u00e8s lors compr\u00e9hensible qu\u2019une tension soit cr\u00e9\u00e9e-. \u00c0 l\u2019origine, le mot s\u00e9cularisation a aussi signifi\u00e9 l\u2019expropriation des biens de l\u2019\u00c9glise. C\u2019est \u00e0 cela qu\u2019est li\u00e9e la notion de d\u00e9sacralisation, c\u2019est-\u00e0-dire la s\u00e9paration entre le s\u00e9culier et la sph\u00e8re de l\u2019\u00c9glise (la famille, le mariage, etc.).<\/p>\n<p>Si nous voulons classer les questions ci-dessus sur le s\u00e9cularisme et la s\u00e9cularisation, nous trouvons ces probl\u00e8mes dans la th\u00e9orie classique de la th\u00e9ologie morale sp\u00e9ciale, qui a \u00e9t\u00e9 structur\u00e9e selon les dix commandements et qui, dans le cadre du premier commandement, traite de : \u00ab\u00a0<em>Je suis ton Dieu, tu n\u2019auras point d\u2019autre dieu que moi<\/em>\u00a0\u00bb (Deut. 5, 6-7 ; Ex 20,2-3). Avoir d\u2019autres dieux, cela s\u2019appelle : de la superstition, de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9. Il faut \u00e9galement citer l\u2019idol\u00e2trie, en tant que pratique religieuse perverse de satanisme, ainsi que la recherche du pouvoir. L\u2019homme est donc incit\u00e9 \u00e0 suivre le vrai Dieu, malgr\u00e9 son autonomie. L\u2019incarnation de Dieu elle-m\u00eame est soumise aux m\u00eames normes \u00e9thiques que chaque\u00a0action morale d\u2019un \u00eatre humain et elle influe sur les autres. L\u2019\u00eatre humain a le droit et le devoir\u00a0d\u2019utiliser l\u2019autonomie pour une bonne cause. L\u2019intention est importante ici.<sup>3<\/sup>\u00a0En fin de compte, nous avons eu \u00e0 le faire dans l\u2019Empire romain avec la d\u00e9mythologisation du monde par le christianisme. Enfin, les dieux avaient autrefois une fonction, celle de r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 entre l\u2019homme et la nature, et les deux \u00e9taient une partie de la nature.<sup>4<\/sup>\u00a0Le cosmos grec a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ifi\u00e9 mais, dans la compr\u00e9hension h\u00e9bra\u00efque, l\u2019espace est une cr\u00e9ation de Dieu.<sup>5<\/sup><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>2. L\u2019autonomie relative comme signe de l\u2019\u00e9valuation correcte de la r\u00e9alit\u00e9 la\u00efque<\/strong><\/p>\n<p>Comment peut-on r\u00e9soudre la tension entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019imp\u00e9ratif de Dieu dans le premier commandement et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019autonomie humaine comme signe du don cr\u00e9atif et de la confiance de Dieu vis-\u00e0-vis des hommes ? Consid\u00e9rons d\u2019abord la nature de cette tension. Quand on parle de s\u00e9cularisation, on se d\u00e9place dans la zone de tension entre :<\/p>\n<p>\u2022 Dieu et le monde,<br \/>\n\u2022 ce bas monde et l\u2019au-del\u00e0.<br \/>\n\u2022 la science et la foi,<br \/>\n\u2022 la d\u00e9votion \u00e0 Dieu et le service au monde,<br \/>\n\u2022 la science et l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Nous pourrions ajouter les domaines de la culture (art religieux), ou de l\u2019esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>La d\u00e9sacralisation et la s\u00e9cularisation sontelles donc li\u00e9es au d\u00e9veloppement de la science? C\u2019est Hannah Arendt qui a le mieux d\u00e9crit ce processus dans son \u0153uvre\u00a0<em>La vie active<\/em>.<sup>6<\/sup>\u00a0Tout d\u00e9pend de savoir si l\u2019autonomie revendiqu\u00e9e appartient vraiment \u00e0 ce domaine profane, ou si l\u2019homme n\u2019est autoris\u00e9 \u00e0 l\u2019autonomie que par la s\u00e9cularisation &#8211; ou justement non. Il y a des valeurs dans ses propres droits, donc il vaut mieux que l\u2019homme s\u2019efforce de trouver son plein \u00e9panouissement d\u2019une fa\u00e7on cr\u00e9ative. Le monde s\u00e9culier suit ses propres r\u00e8gles, qui ne sont pas soumises aux normes de la foi et de la religion, pourtant c\u2019est la raison pour laquelle le fait que l\u2019homme n\u2019a pas la responsabilit\u00e9 d\u2019utiliser la r\u00e9alit\u00e9 mondaine en conformit\u00e9 avec le plan de son Cr\u00e9ateur n\u2019est pas encore de mise. Le monde s\u00e9culier et l\u2019homme s\u00e9culier ne se sont pas non plus cr\u00e9\u00e9s eux-m\u00eames, mais leur existence d\u00e9pend de la volont\u00e9 d\u2019un \u00eatre sup\u00e9rieur. Ceci est d\u00e9sign\u00e9 sous le terme d\u2019\u00ab<em>autonomie relative<\/em>\u00a0\u00bb.<sup>7<\/sup><\/p>\n<p>L\u2019autonomie relative signifie que les r\u00e9alit\u00e9s de ce monde ont une certaine ind\u00e9pendance et suivent leurs propres lois, mais qu\u2019elles ont leur source en Dieu. Avec le processus de s\u00e9cularisation de Dieu &#8211; Dieu s\u2019est lui-m\u00eame incarn\u00e9 dans le Christ ici-bas -, l\u2019homme est lib\u00e9r\u00e9 de la sup\u00e9riorit\u00e9 des \u00ab \u00e9l\u00e9ments de ce monde \u00bb (Col 2,8.20; Gal 4,3 et 1 Cor 8,4). Il s\u2019agit ici des fondements d\u2019un humanisme compris en bon chr\u00e9tien.<sup>8<\/sup>\u00a0Il est important de souligner ceci: uand l\u2019homme trouve Dieu, il est tent\u00e9 de l\u2019utiliser \u00e0 ses propres fins.<sup>9<\/sup>\u00a0Apr\u00e8s Gibellini, aussi bien Marie-Dominique Chenu que Karl Rahner soulignent qu\u2019un conservatisme plus ferm\u00e9 et plus strict tente de classer le monde sous la direction de l\u2019\u00c9glise et fait ainsi de l\u2019\u00c9glise le seul vrai leader du monde. Cependant l\u2019\u00c9glise n\u2019a pas vocation \u00e0 diriger le monde de mani\u00e8re conservatrice ; ne seraitce que parce qu\u2019elle est incapable de conna\u00eetre les solutions \u00e0 tous les probl\u00e8mes concrets du\u00a0monde! Et c\u2019est exactement pour cela que nous devons respecter une certaine autonomie de ses attributions distinctes par rapport au monde.<sup>10<\/sup>\u00a0Nous ne pouvons pas comprendre le monde comme si nous avions une \u00ab ligne directe \u00bb avec Dieu &#8211; par exemple dans le but d\u2019expliquer les d\u00e9sastres du monde comme \u00e9tant une punition de Dieu! De plus, Rahner explique que la s\u00e9cularisation ne signifie pas la la\u00efcisation des valeurs religieuses mais &#8211; sur le terrain de la foi \u2013 la reconnaissance de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019utilit\u00e9 du monde.<sup>11<\/sup><\/p>\n<p>Il s\u2019agit donc de l\u2019\u00e9valuation correcte des r\u00e9alit\u00e9s profanes: Elles gardent leur autonomie et leur la\u00efcit\u00e9 v\u00e9ritables, c\u2019est-\u00e0-dire leur caract\u00e8re, leurs propres objectifs, leurs lois, leurs m\u00e9thodes et leur importance particuli\u00e8re pour le bonheur des hommes. Mais seul l\u2019homme centr\u00e9 sur Dieu est capable d\u2019agir objectivement, c\u2019est-\u00e0-dire de traiter les choses profanes de mani\u00e8re objective, n\u00e9anmoins conform\u00e9ment \u00e0 leur autonomie ainsi qu\u2019aux lois morales.<\/p>\n<p>La t\u00e2che de l\u2019\u00c9glise est de p\u00e9n\u00e9trer le monde \u00e0 l\u2019aide de l\u2019esprit de l\u2019\u00c9vangile, sans \u00eatre divis\u00e9e en ses propres structures.<sup>12<\/sup>\u00a0Marianno Fazio parle m\u00eame de d\u00e9cl\u00e9ricalisation du monde. Il l\u2019estime donc n\u00e9cessaire, car un mauvais cl\u00e9ricalisme a pour r\u00e9sultat la suppression de la distinction entre l\u2019ordre naturel et l\u2019ordre surnaturel, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir politique.<sup>13<\/sup>\u00a0En particulier, la doctrine de la cr\u00e9ation (le pilier du christianisme) est la base pour une bonne compr\u00e9hension de la s\u00e9cularisation. Dieu a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019homme la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir la structure de la r\u00e9alit\u00e9. Cela permet d\u2019acc\u00e9der aux r\u00e9alit\u00e9s les plus profondes de la vie par la foi. L\u2019harmonie entre la foi et la raison conduit\u00a0<strong>\u00e0 la reconnaissance<\/strong>\u00a0de l\u2019autonomie relative des r\u00e9alit\u00e9s terrestres. Dans beaucoup de religions, il y a un scepticisme quant \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain. Le fondamentalisme emp\u00eache la s\u00e9cularisation en utilisant la totalit\u00e9 religieuse, qui viole les droits humains fondamentaux.<sup>14<\/sup><\/p>\n<p>Un autre auteur, qui traite du s\u00e9cularisme en raison de sa relation tumultueuse avec l\u2019Eglise, est Gianni Vattimo (n\u00e9 en 1936). Dans son livre\u00a0<em>Credere di credere<\/em>, il a justifi\u00e9 son retour au christianisme par la d\u00e9faite historique de la raison : en effet, elle s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e incapable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes importants de l\u2019existence humaine. Mais la crise philosophique des Lumi\u00e8res et de l\u2019historicisme a motiv\u00e9 son retour au christianisme.<sup>15<\/sup>\u00a0Pour Vattimo, la s\u00e9cularisation et le s\u00e9cularisme (m\u00eame sans d\u00e9limitation mutuelle) se distinguent dans ce contexte comme exp\u00e9rience religieuse authentique : \u00ab La s\u00e9cularisation en tant que partie constructive de l\u2019exp\u00e9rience religieuse signifie simplement la relation originale qui \u00e9mane du noyau sacr\u00e9, dont nous nous sommes \u00e9loign\u00e9s, mais qui reste encore actif sous sa forme d\u00e9cadente. \u00bb<sup>16<\/sup>\u00a0C\u2019est justement l\u2019effondrement de la rationalit\u00e9 autonome qui a caus\u00e9 le retour individuel mais aussi de masse \u00e0 la religion.<sup>17<\/sup>\u00a0Vattimo voit la s\u00e9cularisation comme \u00e9tant un moment positif de l\u2019enseignement de J\u00e9sus et une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure du christianisme.\u00a0<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/www.oikonomia.it\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/10_szaniszlo-3-03.png\" alt=\"PRADEEPA SIVASANTHIRAN\" width=\"400\" height=\"496\" \/>\u00a0Comme un J\u00e9sus abandonn\u00e9 sur la croix, l\u2019homme moderne ressent l\u2019\u00e9loignement de Dieu, ou il s\u2019\u00e9loigne parfois lui-m\u00eame de Dieu. Il y a donc aussi ce processus dans le domaine confessionnel. L\u2019homme s\u00e9par\u00e9 de Dieu va absolutiser et id\u00e9aliser la r\u00e9alit\u00e9 la\u00efque &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire la\u00a0<em>sacraliser<\/em>\u00a0d\u2019une mani\u00e8re inappropri\u00e9e. Par cons\u00e9quent, une bonne relation avec Dieu est cruciale pour la relation avec le monde.<sup>18<\/sup><\/p>\n<p>Le cardinal de Prague Dominik Duka d\u00e9finit la s\u00e9cularisation comme \u00e9tant la vocation autonome de r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9culi\u00e8res, ce qui signifie que seule une la\u00efcit\u00e9 (dans le sens de la mondanit\u00e9) bien comprise a sa place dans le christianisme.<sup>19<\/sup>\u00a0Et il suppose que, dans le myst\u00e8re de l\u2019incarnation, la s\u00e9cularisation prend tout son sens et trouve son propre objectif. La s\u00e9cularisation d\u00e9fend la r\u00e9alit\u00e9 terrestre. Si elle est d\u00e9truite, d\u2019autres courants apparaissent et s\u2019y substituent, supprimant compl\u00e8tement l\u2019autonomie la\u00efque.<\/p>\n<p>Fr\u00e9deric Gogarten parle de la s\u00e9cularisation comme \u00e9tant une cons\u00e9quence l\u00e9gitime de l\u2019influence de la foi biblique sur l\u2019histoire.<sup>20<\/sup>\u00a0L\u2019homme, compris comme \u00e9tant un enfant de Dieu, est libre du monde, mais en m\u00eame temps responsable du monde. La foi chr\u00e9tienne s\u00e9cularise le monde et fait confiance \u00e0 l\u2019autonomie et \u00e0 la\u00a0<em>responsabilit\u00e9<\/em>\u00a0de l\u2019homme. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas pass\u00e9e par un processus de s\u00e9cularisation se caract\u00e9rise par une relation \u00e9troite entre la politique et la religion (Mt 22:21).<sup>21<\/sup><\/p>\n<p>Il s\u2019agit aussi d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne chr\u00e9tien, \u00e0 savoir qui se d\u00e9veloppe dans le cadre de la foi chr\u00e9tienne.<sup>22<\/sup>\u00a0L\u2019espoir pour le monde moderne est que l\u2019homme autonome ne perde pas sa connexion \u00e0 Dieu et que la s\u00e9cularisation (ou, comme l\u2019appelle Gogarten : la d\u00e9-divinisation ; Ko\u0161\u010d la compare \u00e0\u00a0<em>l\u2019aggiornamento<\/em>\u00a0et la consid\u00e8re comme un moyen pour la nouvelle \u00e9vang\u00e9lisation et l\u2019apostolat<sup>23<\/sup>) ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re pas en s\u00e9cularisme.<sup>24<\/sup><\/p>\n<p>Lors de sa rencontre avec des la\u00efcs engag\u00e9s dans l\u2019\u00c9glise, Beno\u00eet XVI a expliqu\u00e9 la s\u00e9cularisation comme \u00e9tant un appel positif aux chr\u00e9tiens : Elle influe sur une \u00ab lib\u00e9ration significative de l\u2019\u00c9glise par rapport aux formes la\u00efques \u00bb. Donc l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9e \u00e0 \u00ab \u00eatre dans le monde, mais pas du monde, et \u00e0 \u00eatre ouverte au dialogue avec le monde \u00bb<sup>25<\/sup>.<\/p>\n<p>Pour le philosophe suisse Rhonheimer, qui plaide pour une\u00a0<em>s\u00e9cularit\u00e9 chr\u00e9tienne<\/em>, il est important de lutter pour un id\u00e9al chr\u00e9tien de citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique et la\u00efque. Il voit une double identit\u00e9 du citoyen: en tant que chr\u00e9tien et citoyen pour une coexistence tol\u00e9rante avec les autres religions et m\u00eame avec les non-croyants dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique moderne. Dans la perspective du royaume de Dieu, \u00eatre s\u00e9cularis\u00e9 signifie \u00eatre aussi\u00a0<em>r\u00e9alisable<\/em>\u00a0que possible. Le royaume de Dieu se r\u00e9alise dans le sens o\u00f9 il s\u2019inscrit dans ce monde et o\u00f9 il surmonte le mal en lui. La s\u00e9cularit\u00e9 chr\u00e9tienne est caract\u00e9ris\u00e9e par le pluralisme, le respect des droits de l\u2019homme, de la libert\u00e9 et de la culture politique, mais pas par le multiculturalisme.<sup>26<\/sup><\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, la \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb (la mondanit\u00e9) est reconnue, \u00e0 savoir l\u2019autonomie et l\u2019ind\u00e9pendance du monde et l\u2019importance du service pour le monde, mais en m\u00eame temps elle souligne aussi le devoir de tout chr\u00e9tien de s\u2019engager dans le monde. Le Concile Vatican II partage la compr\u00e9hension de l\u2019<em>autonomie relative<\/em>\u00a0des r\u00e9alit\u00e9s terrestres, mais il rejette une compr\u00e9hension de l\u2019autonomie qui conduit \u00e0 une pseudo-sacralisation de certains domaines de la vie (comme cela arrive par ex. dans le nationalisme, dans le totalitarisme d\u2019\u00c9tat ou de classe ou dans l\u2019individualisme).<sup>27<\/sup><\/p>\n<p>Gibellini souligne l\u2019effet positif de la s\u00e9cularisation en tant que processus de formation de la soci\u00e9t\u00e9 moderne par des id\u00e9es chr\u00e9tiennes. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019aspect de continuit\u00e9. En outre, il utilise le terme de d\u00e9sacralisation, dont il distingue une\u00a0forme relative et une forme radicale. Il souligne que l\u2019on trouve d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9sacralisation relative\u00a0dans la cr\u00e9ation, dans la mesure o\u00f9 le Cr\u00e9ateur diff\u00e8re sensiblement de sa cr\u00e9ation. De cette\u00a0fa\u00e7on, la r\u00e9v\u00e9lation biblique rejette les th\u00e9ories panth\u00e9istes, monistes et animistes. Par sa lutte\u00a0contre les dieux, le christianisme a s\u00e9cularis\u00e9 le monde et s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une fausse acralisation.<sup>28<\/sup><\/p>\n<p>Le probl\u00e8me important se pose alors de savoir si, par la reconnaissance de la souverainet\u00e9 de Dieu, l\u2019autonomie et l\u2019ind\u00e9pendance n\u2019ont finalement pas \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es aux domaines terrestres (tels que les sciences, la vie sociale, l\u2019\u00e9conomie). Le croyant est-il capable d\u2019avoir une relation objective, factuelle au monde, ou son attachement \u00e0 Dieu l\u2019a-t-il rendu compl\u00e8tement \u00e9tranger aux choses de ce monde ? La question est donc de savoir si la relation \u00e0 Dieu dans la foi et dans le culte affecte la vie de celui qui est ainsi concentr\u00e9 sur Dieu et en quel sens (par ex. si cette relation apporte un \u00e9l\u00e9ment \u00e9trange, inqui\u00e9tant dans ce bas monde). Peschke a pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard que, depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e8re moderne, l\u2019\u00c9glise a longtemps \u00e9t\u00e9 r\u00e9ticente \u00e0 reconna\u00eetre la voie des sciences naturelles ; on pense \u00e0 \u00ab l\u2019affaire Galil\u00e9e \u00bb ou \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution de Darwin. Elle voulait m\u00eame placer les sciences naturelles sous les \u00ab normes de la foi \u00bb, issues d\u2019une compr\u00e9hension erron\u00e9e, selon laquelle les livres des \u00c9critures seraient \u00e9galement normatifs pour les sciences profanes. Mais en fait, les \u00c9critures ne sont normatives que pour le domaine des v\u00e9rit\u00e9s religieuses. Souvent, les chr\u00e9tiens ne se sont m\u00eame pr\u00e9occup\u00e9s que de la r\u00e9demption personnelle et non de la conception du monde. En revanche, le monde profane s\u2019est souvent d\u00e9tourn\u00e9 de la foi en Dieu ainsi que de la religion, parce\u00a0que celles-ci ne sont pas utiles \u00e0 la science, au progr\u00e8s et \u00e0 la construction d\u2019un monde meilleur,<br \/>\nvoire &#8211; comme certains le pensaient \u2013 parce qu\u2019elles leur sont m\u00eame nuisibles.<sup>29<\/sup>\u00a0D\u2019autres encore \u00e9taient d\u2019avis que, si le Christ vit dans une communaut\u00e9 de gr\u00e2ce &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019\u00c9glise -, la question se pose alors de savoir s\u2019il peut vraiment \u00e9voluer dans les institutions terrestres et mondaines, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019il peut pr\u00e9server le caract\u00e8re mondain de celles-ci, ou si, quand il r\u00e9alise quelque chose dans le domaine profane, il ne fonctionne pas d\u2019une certaine mani\u00e8re contre sa propre nature.<sup>30<\/sup>\u00a0G\u00fcnth\u00f6r consid\u00e8re une telle d\u00e9sacralisation et une telle s\u00e9cularisation comme non objective, car les domaines profanes et l\u2019homme qui fonctionne en ceux-ci sont isol\u00e9s de toute relation avec les r\u00e9alit\u00e9s surnaturelles transcendantes. Elles ne sont justifi\u00e9es que si elles encouragent l\u2019homme \u00e0 appr\u00e9cier convenablement la la\u00efcit\u00e9, qui appartient aux choses et domaines terrestres. C\u2019est la seule mani\u00e8re de pouvoir distinguer si la connexion avec Dieu \u00e9loigne un homme de ce monde ou si elle est per\u00e7ue comme \u00e9tant un \u00e9l\u00e9ment \u00e9trange et troublant dans les domaines terrestres, ou non.<\/p>\n<p>Comme il d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9 plus haut, Gibellini fait la distinction entre une d\u00e9sacralisation radicale, qui construit le monde sans le sacr\u00e9, et une d\u00e9sacralisation relative, qui limite l\u2019influence de la compr\u00e9hension religieuse dans le monde profane. D\u2019apr\u00e8s Gibellini, cette derni\u00e8re forme de s\u00e9cularisation signifie seulement que chaque partie de la soci\u00e9t\u00e9, y compris l\u2019\u00c9glise, cherche et trouve sa propre place.<\/p>\n<p>Cependant, le s\u00e9cularisme absolu veut une autonomie absolue du monde et nie la n\u00e9cessit\u00e9 du salut et de la r\u00e9demption, ainsi que la r\u00e9alit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9. L\u2019homme ignore la v\u00e9rit\u00e9 selon laquelle, en tant que cr\u00e9ature de Dieu, il d\u00e9pend de la volont\u00e9 de Dieu. Cela \u00e9quivaut \u00e0 une affirmation de soi utopique, car le monde sans Dieu est une chim\u00e8re et une illusion. Ce monde\u00a0<em>ne peut pas \u00eatre humain<\/em>. Il s\u2019agit d\u2019une autre forme d\u2019incroyance et d\u2019une fiert\u00e9 contredisant la nature humaine, qui nie l\u2019image de l\u2019enfant de Dieu en l\u2019homme.<sup>31<\/sup>\u00a0Gogarten parle d\u2019un<em>\u00a0individualisme ax\u00e9 sur luim\u00eame<\/em>.<sup>32<\/sup><\/p>\n<p>Pour Vattimo, l\u2019image de Dieu a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e en raison de la s\u00e9cularisation, qui n\u2019est comprise que comme une \u00ab aide dans les moments de d\u00e9tresse \u00bb ; on entend par l\u00e0 un Dieu qui r\u00e9pond \u00e0 ce que l\u2019homme demande, comme une machine. Mais un tel Dieu est plut\u00f4t objet de superstition instrumentalis\u00e9e comme un Dieu vraiment vivant. Vattimo dit plus loin que l\u2019homme avance \u00e0 travers l\u2019histoire comme si Dieu n\u2019existait pas, mais qu\u2019en m\u00eame temps il se comporte comme s\u2019il servait Dieu. Burda ajoute que Bonhoeffer et Vattimo interpr\u00e8tent tous deux tellement la mort de Dieu comme une aide d\u2019urgence qui ne devrait \u00eatre disponible que lorsque l\u2019homme est compl\u00e8tement \u00e0 bout ou lorsqu\u2019il ne comprend pas quelque chose.<sup>33<\/sup><\/p>\n<p>Le sens de la s\u00e9cularisation en tant que dimension k\u00e9notique du christianisme est en opposition directe \u00e0 un tel vestige d\u2019une image de Dieu. Vattimo explique cela comme un exemple de la doctrine classique de la th\u00e9ologie morale : On croyait \u00eatre en mesure de r\u00e9aliser la justice sur Terre ; maintenant, comme on voit que ce n\u2019est pas possible, l\u2019espoir se tourne \u00e0 nouveau vers Dieu. L\u2019homme est effray\u00e9 par le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique, l\u2019euthanasie, l\u2019\u00e9cologie, etc.<sup>34<\/sup>\u00a0N\u00e9anmoins, si on ne reconna\u00eet Dieu qu\u2019en cas de perte de confiance dans le progr\u00e8s moderne ou lorsque surviennent les difficult\u00e9s, les pr\u00e9jug\u00e9s de notre culture \u00e0 l\u2019encontre de la religion se confirment, \u00e0 savoir que la transcendance est comprise par opposition \u00e0 la rationalit\u00e9. La religion est plac\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 de la\u00a0religion naturelle atavique, qui voit Dieu dans les terribles forces de la nature pleine de superstition\u00a0et de magie.35 Mais le monde r\u00e9el serait an\u00e9anti avec la d\u00e9mythologisation. Il se transformerait en\u00a0fable, ne constituerait donc plus un monde objectif, mais ce \u00e0 quoi l\u2019homme s\u2019engage : \u00ab la volont\u00e9\u00a0de puissance \u00bb, comme exprim\u00e9 par Nietzsche dans son \u00ab\u00a0<em>Cr\u00e9puscule de Dieu<\/em>\u00a0\u00bb.<sup>36<\/sup><\/p>\n<p>Vattimo voit la solution\u00a0<em>dans le fait d\u2019\u00eatre un chr\u00e9tien k\u00e9notique<\/em>. Ici Dieu est au milieu, qui a renonc\u00e9 volontairement \u00e0 sa toute-puissance, qui abandonne sa puissance surhumaine transcendantale et devient un homme, un fr\u00e8re et un ami de chaque homme. Le r\u00e9sultat est un christianisme profond\u00e9ment humain, amical, tendre et si positivement faible.<sup>37<\/sup>\u00a0Vattimo voit les liens entre le catholicisme, la d\u00e9claration de la mort de Dieu par Nietzsche et le nihilisme de Heidegger dans l\u2019incarnation de Dieu : c \u0301est exactement la\u00a0<em>k\u00e9nose<\/em>, dans laquelle la R\u00e9demption se r\u00e9alise.<sup>38<\/sup><\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la s\u00e9cularisation de Vattimo veut dire qu\u2019une relecture du christianisme n\u00e9cessitait un nouveau d\u00e9veloppement de la doctrine chr\u00e9tienne de l\u2019Incarnation.<sup>39<\/sup>\u00a0En outre, l\u2019affaiblissement du concept de la nature (humaine), que l\u2019on d\u00e9signe sous le terme de \u00ab\u00a0<em>sacrum<\/em>\u00a0\u00bb, signifie que\u00a0l\u2019on surmonte les vestiges d\u2019une religion fataliste (ancienne) et mythologique (dominante, compos\u00e9e de pouvoir cruel et de violence).<sup>40<\/sup>\u00a0Vattimo voit la s\u00e9cularisation comme un moment positif de l\u2019enseignement de J\u00e9sus et une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure du christianisme. J\u00e9sus abandonn\u00e9 sur la croix est l\u2019homme moderne abandonn\u00e9, qui ressent et subit le caract\u00e8re lointain et l\u2019absence de Dieu.<sup>41<\/sup>\u00a0Ici le seul \u00e9l\u00e9ment critique r\u00e9gulateur est\u00a0<em>l\u2019amour<\/em>. Jusqu\u2019\u00e0 quel point la s\u00e9cularisation est\u00a0une r\u00e9alit\u00e9 religieuse authentique, on le voit \u00e0 la mesure dans laquelle l\u2019amour, l\u2019amiti\u00e9, la tol\u00e9rance, l\u2019honneur et le respect de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de la pluralit\u00e9 et de la d\u00e9mocratie grandissent.<sup>42<\/sup><\/p>\n<p>Le principe critique de l\u2019amour permet de combler le foss\u00e9 entre la modernit\u00e9 et l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation chr\u00e9tienne. Ce principe en la personne de J\u00e9sus Christ met \u00e0 nu les masques des nouveaux mythes. Christ d\u00e9voile dans le d\u00e9masquage \u00ab le vrai sens de l\u2019histoire du Salut \u00bb.<sup>43<\/sup>\u00a0A savoir que notre foi aurait constamment port\u00e9 des masques. Par cons\u00e9quent, cette foi doit toujours \u00eatre \u00e0 nouveau radicalement purifi\u00e9e sans pour autant devenir le refus de la modernit\u00e9.<em>\u00a0L\u2019homme croyant ne peut rien croire autrement que par voie de dialogue<\/em>. Le principe critique de l\u2019amour est donc en opposition directe \u00e0 toute forme d\u2019int\u00e9grisme et de dogmatisme. En effet, un tel croyant ne croit pas \u00e0 un Dieu autoritaire, mais \u00e0 un Dieu-partenaire dialoguant, fraternel et amical. C\u2019est pourquoi, il cherche le Royaume de Dieu dans l\u2019humilit\u00e9 et il le construit, il prend part \u00e0 l\u2019histoire du Salut et \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation.<sup>44<\/sup>\u00a0\u00c0 partir de ce dialogue, le christianisme post-moderne d\u00e9veloppe ensuite son \u00e9thique de dialogue et de la solidarit\u00e9. Faire confiance \u00e0 sa propre foi signifie avoir l\u2019espoir de la foi authentique. Ainsi Vattimo cherche celui qui est compl\u00e8tement diff\u00e9rent.<sup>45<\/sup>\u00a0Alors, pour conclure, Burda demande comment cette recherche de voir qualifie pour voir si en d\u00e9finitive, au lieu d\u2019\u00eatre fort dans l\u2019humilit\u00e9 et l\u2019amour, on n\u2019est pas soumis \u00e0 la d\u00e9tresse et au d\u00e9sespoir ou au spiritualisme et \u00e0 une religion vague, non pr\u00e9cis\u00e9e. C\u2019est possible, bien s\u00fbr, parce que l\u2019\u00eatre humain tombe toujours dans la tentation de vouloir ne pas communiquer et ne pas penser. Mais comme nous l\u2019avons d\u00e9velopp\u00e9 plus haut : Cela signifierait alors croire au veau d\u2019or, \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019avoir une \u00ab ligne directe \u00bb avec Dieu, ce qui, en m\u00eame temps, donnerait une image compl\u00e8tement fausse de la r\u00e9alit\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons encore une fois avec G\u00fcnth\u00f6r les raisons qui parlent de l\u2019importance de la s\u00e9cularisation:<sup>46<\/sup><\/p>\n<p>\u2022 il y a une mondanit\u00e9 justifiable, une autonomie et ind\u00e9pendance des domaines profanes et de l\u2019homme qui fonctionne en eux ;<br \/>\n\u2022 la caract\u00e9ristique des domaines profanes et de l\u2019homme qui fonctionne en eux n\u2019est pas seulement leur mondanit\u00e9 et leur autonomie, mais le fait qu\u2019ils sont r\u00e9ellement align\u00e9s sur Dieu ;<br \/>\n\u2022 l\u2019alignement de la r\u00e9alit\u00e9 de ce monde et de l\u2019homme sur Dieu ne signifie en aucune mani\u00e8re une diminution de la mondanit\u00e9 l\u00e9gitime ;<br \/>\n\u2022 une d\u00e9sacralisation totale en raison du p\u00e9ch\u00e9 d\u00e9truit la mondanit\u00e9 v\u00e9ritable et le sens des choses terrestres ;<br \/>\n\u2022 la R\u00e9demption exerc\u00e9e par le Christ restitue au monde sa mondanit\u00e9 l\u00e9gitime ;<br \/>\n\u2022 en tant que version actualis\u00e9e de la R\u00e9demption (<em>sacramentum mundi<\/em>), l\u2019\u00c9glise doit se livrer \u00e0 la sacralisation et \u00e0 la s\u00e9cularisation v\u00e9ritables du monde ;<br \/>\n\u2022 les chr\u00e9tiens individuels doivent agir ad\u00e9quatement dans le monde, avec respect en ce qui concerne l\u2019autonomie l\u00e9gitime de la r\u00e9alit\u00e9 terrestre et en m\u00eame temps dans l\u2019esprit de l\u2019\u00c9vangile et utiliser le principe essentiel de l\u2019amour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>3. La s\u00e9cularisation et le lien avec la v\u00e9rit\u00e9 appel\u00e9e \u00abReverentia\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Enfin, je voudrais tenter de prendre position en d\u00e9crivant une vertu qui est particuli\u00e8rement importante pour le monde d\u2019aujourd\u2019hui. Skobl\u00edk a signal\u00e9 que le service r\u00e9el au monde, c\u2019est-\u00e0-dire une mondanit\u00e9 bien comprise, requiert la connexion avec Dieu. La Reverentia, c\u2019est-\u00e0-dire la crainte, l\u2019honneur, l\u2019\u00e9motion devant le myst\u00e8re de Dieu, est la contrepartie de la confiance insouciante envers Dieu et une acceptation respectueuse de l\u2019auto-contemplation de Dieu. Dans cette expression, il se cache des \u00e9motions allant de l\u2019admiration \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement, de la v\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019adoration, de la g\u00eane \u00e0 la peur (crainte).<sup>47<\/sup><\/p>\n<p>Quand l\u2019homme agit avec<em>\u00a0Reverentia<\/em>, il exprime d\u00e8s lors sa prise de conscience du fait qu\u2019il est int\u00e9gr\u00e9 dans un ordre qui exige son \u00e9tonnement et son silence. La\u00a0<em>Reverentia<\/em>\u00a0est une authentique expression de la v\u00e9ritable pi\u00e9t\u00e9, c\u2019est l\u2019expression de la proximit\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9e et en m\u00eame temps de la distance. Dans le christianisme, c\u2019est le fait d\u2019\u00eatre boulevers\u00e9 par le myst\u00e8re de Dieu, qui est personnel et absolument exceptionnel. Il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne non seulement psychologique, mais aussi \u00e9thique. Il se concr\u00e9tise dans l\u2019action et se consolide dans le domaine de l\u2019\u00e9thique par des vertus, en particulier celle de la sinc\u00e9rit\u00e9 de la relation de l\u2019homme \u00e0 Dieu. Ainsi la\u00a0<em>Reverentia<\/em>\u00a0se refl\u00e8te dans chaque action\u00a0<em>responsable<\/em> de l\u2019homme. On opte pour l\u2019humanisation du monde compte tenu des possibilit\u00e9s humaines, de la diffusion pour servir l\u2019am\u00e9lioration monde, approchant le mod\u00e8le de J\u00e9sus et finalement aussi l\u2019intention de Dieu. Par le d\u00e9sir d\u2019intimit\u00e9 avec Dieu et la conscience de son\u00a0inaccessibilit\u00e9, la\u00a0<em>Reverentia<\/em>\u00a0d\u00e9bouche sur la vertu de la justice qui y est associ\u00e9e, parce qu\u2019elle donne \u00e0 chacun ce qui lui revient: au reconnaissable la reconnaissance et au non-reconnaissable le respect disciplin\u00e9.<sup>48<\/sup><\/p>\n<p>Par cette \u00e9tude, nous avons essay\u00e9 de montrer que la s\u00e9cularisation est bonne, mais qu\u2019en m\u00eame temps le danger du s\u00e9cularisme existe \u00e0 l\u2019heure actuelle. Comment, dans la doctrine de la vertu, il est aussi de mise d\u2019\u00e9viter les deux extr\u00eames. Ce n\u2019est que par une recherche ardue de la v\u00e9rit\u00e9 et par des efforts pour arriver \u00e0 un v\u00e9ritable dialogue que l\u2019on trouvera le juste milieu. La s\u00e9cularisation bien comprise se dirige vers la raison de la foi dans le vrai Dieu, elle suit le principe de l\u2019amour et exerce la vertu de\u00a0<em>Reverentia<\/em>. De cette mani\u00e8re l\u2019homme peut avoir une v\u00e9ritable relation au monde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9pertoire bibliographique<\/strong><\/p>\n<p>ARENDT Hannah (2009),\u00a0<em>Vita activa oder vom t\u00e4tigen Leben<\/em>, Munich \/ Zurich: Pieper.<br \/>\nBARTH Karl (1992),\u00a0<em>Der R\u00f6merbrief<\/em>, in GIBELLINI Rosino (s. la dir. de),<em>\u00a0La teologia del XX secolo<\/em>, Brescia: Editrice Queriniana, 16-18.<br \/>\nBENE\u0160 Albert Josef (1997),\u00a0<em>Bo\u017esk\u00e9 cnosti<\/em>, Prague: Krystal OP.<br \/>\nBURDA Peter (2008),\u00a0<em>Critique du livre par Gianni Vattimo: Credere di credere<\/em>\u00a0(Milan: Garzanti, 1996), in\u00a0<em>Teologick\u00e9 texty<\/em>\u00a031, 54-55.<br \/>\nDUKA Dominik (2010),\u00a0<em>N\u00e1bo\u017eenstv\u00ed v sekularizovan\u00e9 spole\u010dnosti<\/em>, in:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dominikduka.cz\/prednasky-proslovy\/nabozenstvi-v-sekularizovane-spolecnosti\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.dominikduka.cz<\/a>\u00a0(5 juin 2013).<br \/>\nFAZIO Marianno (2007, \u201cCrisis of the truth about man\u201d (Ndt.: Crise de la v\u00e9rit\u00e9 sur l\u2019homme), in\u00a0<em>Zenit<\/em>, 7 f\u00e9vrier 2007 (<a href=\"http:\/\/www.zenit.org\/en\/articles\/a-crisis-of-the-truth-about-man\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.zenit.org<\/a>\u00a0[5 juin 2013]).<br \/>\nGIBELLINI Rosino (1992),\u00a0<em>La teologia del XX secolo<\/em>, Brescia: Queriniana Editrice.<\/p>\n<p>GOGARTEN Friedrich (1965),\u00a0<em>Verh\u00e4ngnis und Hoffnung der Neuzeit<\/em>\u00a0(Ndt: D\u00e9sastre et espoir des temps modernes).\u00a0<em>Die S\u00e4kularisierung als theologisches Problem<\/em>\u00a0(Ndt: La s\u00e9cularisation en tant que probl\u00e8me th\u00e9ologique), in COX Harvey (Hg.),\u00a0<em>The Secular City: Secularization and Urbanization in Theological Perspective<\/em>, New York: The Macmillan Company, 12-30.<br \/>\nGOGARTEN Friedrich (1972),\u00a0<em>Destino e speranza dell \u0301epoca moderna<\/em>, Brescia: Morcelliana.<br \/>\nG\u00dcNTH\u00d6R Anselm (1988),\u00a0<em>Chiamata e Riposta. Una nuova teologia morale<\/em>, vol. II:\u00a0<em>Morale speciale<\/em>. Alba: Edizioni Paoline.<br \/>\nKA\u013dATA Dominik (1992), \u201cSekulariz\u00e1cia a kres\u0165ansk\u00fd postoj k svetu\u201d, in\u00a0<em>Svedectvo viery<\/em>\u00a02, Trnava, Dobr\u00e1 kniha.<br \/>\nKO\u0160\u010c Stanislav (2009),\u00a0<em>Sekulariz\u00e1cia<\/em>, in:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.uski.sk\/frm_2009\/ran\/2004\/cl040211.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.uski.sk<\/a>\u00a0(10. Janvier 2012).<br \/>\nMACQUARRIE John (1967),\u00a0<em>God and Secularity<\/em>, Bd. III.:\u00a0<em>New directions in the Theology Today<\/em>, Philadelphia: Westminster.<br \/>\nMESSI METOGO \u00c9loi (1997),\u00a0<em>Dieu peut-Il mourir en Afrique? Essai sur l\u2019indiff\u00e9rence religieuse et l\u2019incroyance en Afrique noire<\/em>\u00a0Paris: \u00c9d. Khartala; Yaound\u00e9: Presses de l\u2019UCAC.<br \/>\nPESCHKE Karl-Heinz (1995):\u00a0<em>Christliche Ethik<\/em>, Bd. 2:<em>\u00a0Spezielle Moraltheologie<\/em>, Trier: Paulinus Verlag.<br \/>\nPIEGSA Joachim (1997),\u00a0<em>Der Mensch \u2013 das moralische Lebewesen. Religi\u00f6se Grundlage der Moral. Glaube \u2013 Hoffnung \u2013 Liebe<\/em>, Bd. II. Erzabtei St. Ottilien: EOS Verlag.<br \/>\nRAHNER Karl \/ VORGRIMLER Herbert (1961)\u00a0<em>Kleines Theologisches W\u00f6rterbuch<\/em>, Freiburg i. Br.: Herder.<br \/>\nRHONHEIMER Martin (2010), \u201cChristian Secularity, Political Ethics and the Culture of Human Rights\u201d, in<em>\u00a0Josephinum Journal of Theology<\/em>, 16, 320-338.<br \/>\nSKOBL\u00cdK Ji\u0159\u00ed (1997),\u00a0<em>P\u0159ehled k\u0159es\u0165ansk\u00e9 etiky<\/em>, Prague: Karolinum.<br \/>\nSZANISZL\u00d3 Inocent-M\u00e1ria (2007), \u201cHannah Arendt a z\u00e1nik kontempl\u00e1cie\u201d, in\u00a0<em>Viera a \u017eivot<\/em>, \u010d.3, 27-32.<br \/>\nVATTIMO Gianni (1996),\u00a0<em>Credere di credere<\/em>, Milano: Garzanti.<br \/>\nCONCILE VATICAN II (1965),\u00a0<em>Gaudium et spes<\/em>\u00a0(GS). Constitution pastorale sur l\u2019\u00c9glise dans le monde de ce temps.<br \/>\nCONCILE VATICAN II (1964),\u00a0<em>Lumen Gentium<\/em>\u00a0(LG). Constitution dogmatique sur l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTES:<\/p>\n<p><sup>1<\/sup>\u00a0MESSI METOGO, \u00c9. (1997), 52.<br \/>\n<sup>2<\/sup>\u00a0KA\u013dATA, D. (1992), 390.<br \/>\n<sup>3<\/sup>\u00a0PESCHKE, K.-H. (1999), 130.<br \/>\n<sup>4<\/sup>\u00a0COX, H. (1965), 19\u00e8me<br \/>\n<sup>5<\/sup>\u00a0KA\u013dATA, D. (1992), 390.<br \/>\n<sup>6<\/sup>\u00a0SZANISZL\u00d3, I.-M. (2007), 27-32.<br \/>\n<sup>7<\/sup>\u00a0PESCHKE K.-H. (1999), 48-49.<br \/>\n<sup>8<\/sup>\u00a0KA\u013dATA D. (1992), 392-393.<br \/>\n<sup>9<\/sup>\u00a0BARTH K. (1999), 26.<br \/>\n<sup>10<\/sup>\u00a0GIBELLINI, R. (1999), 136.<br \/>\n<sup>11<\/sup>\u00a0RAHNER, K. \/ VORGRIMLER, H. (1996), 299.<br \/>\n<sup>12<\/sup>\u00a0BENE\u0160, A. J. (1997), 26.<br \/>\n<sup>13<\/sup>\u00a0FAZIO M. (2013).<\/p>\n<p><sup>14<\/sup>\u00a0FAZIO, M. (2007).<br \/>\n<sup>15<\/sup>\u00a0BURDA, P. (2008), 54-55.<br \/>\n<sup>16<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 9-10.<br \/>\n<sup>17<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 11; Burda, P. (2008), 54.<br \/>\n<sup>18<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996).<br \/>\n<sup>19<\/sup>\u00a0DUKA, D. (2010).<br \/>\n<sup>20<\/sup>\u00a0GOGARTEN, F. (1965), 15.<br \/>\n<sup>21<\/sup>\u00a0COX, H. (1965), 23.<br \/>\n<sup>22<\/sup>\u00a0GOGARTEN, F. (1972), 20.<br \/>\n<sup>23<\/sup>\u00a0KO\u0160\u010c, S. (2012).<br \/>\n<sup>24<\/sup>\u00a0GIBELLINI, R. (1999), 125, ou 132.<br \/>\n<sup>25<\/sup>\u00a0BENO\u00ceT XVI. (2012).<br \/>\n<sup>26<\/sup>\u00a0RHONHEIMER, M. (2010).<br \/>\n<sup>27<\/sup>\u00a0G\u00dcNTH\u00d6R, A. (1990), 41\u201359.<br \/>\n<sup>28<\/sup>\u00a0GIBELLINI, R. (1999), 113.<br \/>\n<sup>29<\/sup>\u00a0MACQUARRIE, J. (1967), 50.<br \/>\n<sup>30<\/sup>\u00a0G\u00dcNTH\u00d6R, A. (1990), 42.<br \/>\n<sup>31<\/sup>\u00a0PESCHKE, K.-H. (1999), 49.<br \/>\n<sup>32<\/sup>\u00a0GIBELLINI, R. (1999), 118.<br \/>\n<sup>33<\/sup>\u00a0BURDA, P. (2008), 55.<br \/>\n<sup>34<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 13.<br \/>\n<sup>35<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 14.<br \/>\n<sup>36<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 20.<br \/>\n<sup>37<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 14.<br \/>\n<sup>38<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 47.<br \/>\n<sup>39<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 26.<br \/>\n<sup>40<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 30.<br \/>\n<sup>41<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 34-35.<br \/>\n<sup>42<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 60.<br \/>\n<sup>43<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 64.<br \/>\n<sup>44<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 38.<br \/>\n<sup>45<\/sup>\u00a0VATTIMO, G. (1996), 95.<br \/>\n<sup>46<\/sup>\u00a0G\u00dcNTH\u00d6R, A. (1990), 50\u201359.<br \/>\n<sup>47<\/sup>\u00a0SKOBL\u00cdK, J. (1997), 142.<br \/>\n<sup>48<\/sup>\u00a0SKOBL\u00cdK, J. (1997), 144.<\/p>\n","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"no","_lmt_disable":"no"},"autori":[901],"fascicolo":[267],"class_list":["post-2480","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-inocent-maria-vladimir-szaniszlo","fascicolo-ottobre-2018"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - La s\u00e9cularisation positive dans le cadre d&#039;un dialogue des religions avec la soci\u00e9t\u00e9 civile<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di Inocent-M\u00e1ria Vladim\u00edr Szaniszl\u00f3, pubblicato nel numero di Ottobre 2018. 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