{"id":1903,"date":"2011-10-01T12:00:00","date_gmt":"2011-10-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=1903"},"modified":"2026-04-12T12:57:03","modified_gmt":"2026-04-12T10:57:03","slug":"presentation-de-louvrage-stephane-bauzon-le-devenir-humain-essai-sur-les-fins-ethiques-de-la-nature-paris-puf-2011","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2011\/ottobre\/presentation-de-louvrage-stephane-bauzon-le-devenir-humain-essai-sur-les-fins-ethiques-de-la-nature-paris-puf-2011\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation de l\u2019ouvrage St\u00e9phane Bauzon, Le devenir humain essai sur les fins \u00e9thiques de la nature, Paris, PUF, 2011."},"content":{"rendered":"<p>A la suite du livre La personne biojuridique (Paris, PUF, 2006), l\u2019auteur continue dans Le devenir humain (Paris, PUF, 2011) sa r\u00e9flexion sur les liens th\u00e9or\u00e9tiques entre la science et le droit.<\/p>\n<p>Le projet de l\u2019ouvrage est de r\u00e9fl\u00e9chir sur les diff\u00e9rences \u00e9thiques entre une lecture d\u00e9terministe de la nature et une lecture finaliste du monde cr\u00e9\u00e9. En d\u2019autres termes, doit-on mettre au premier plan la science de la nature ou accepter l\u2019existence des fins de la nature ?<\/p>\n<p>Quatre traits fondamentaux sont retenus dans ce livre :<\/p>\n<p>1) Origines animales et devenir humain &#8211; Quatre si\u00e8cles apr\u00e8s que la r\u00e9volution scientifique eut paru rendre caduque toute sp\u00e9culation t\u00e9l\u00e9ologique, le flot incessant des d\u00e9couvertes s&#8217;est spectaculairement retrouv\u00e9 en faveur du finalisme. N\u00e9anmoins, la fascination exerc\u00e9e par les d\u00e9couvertes scientifiques tend encore \u00e0 rel\u00e9guer toute finalit\u00e9 au mus\u00e9e de l\u2019histoire. Plus encore, cet hymne \u00e0 la causalit\u00e9 des scientifiques conduit \u00e0 une r\u00e9duction de l\u2019homme \u00e0 sa biologie la plus \u00e9l\u00e9mentaire, celle qu\u2019il partage avec l\u2019animal. En rebours, l\u2019animal se trouve aujourd\u2019hui plac\u00e9 au centre d\u2019une grande attention juridique qui cristallise cet abandon de tout finalisme et consacre le d\u00e9terminisme.<\/p>\n<p>L\u2019homme se situe dans l\u2019ordre graduel de la nature. Toutefois, sa nature ne peut pas \u00eatre connue avec une analogie uniquement scientifique. Les caract\u00e9ristiques essentielles du vivant, d\u00e9crit aujourd\u2019hui \u00e0 partir de l\u2019atome et des g\u00e8nes, ne doivent pas masquer l\u2019essence propre de l\u2019\u00eatre humain. Il n\u2019y a aucune ambig\u00fcit\u00e9 ontologique entre l\u2019homme et le reste de du monde vivant. Les comportements bons et mauvais appartiennent structurellement \u00e0 l\u2019\u00eatre humain. Les actions mauvaises sont encore de l\u2019homme (et non d\u2019une b\u00eate), m\u00eame si elles vont contre sa nature essentielle. Le comportement des animaux, selon lequel le plus fort se maintient en vie, reste \u00e0 un niveau primitif de la nature. La nature de l\u2019homme, au contraire, a un haut niveau de raison dont la fin est l\u2019ach\u00e8vement d\u2019une vie fond\u00e9e sur la bont\u00e9 morale ; une \u00e9thique de son devenir humain.<\/p>\n<p>L\u2019homme pense la vie car il remercie la vie ; penser est remercier. Il remercie le don de vie, car lui seul est anim\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e sur sa mort. Heidegger joue \u00e0 ce propos de l\u2019expression allemande \u00ab denken ist danken \u00bb (penser est remercier) pour montrer que \u2018Dire merci\u2019 est \u2018savoir penser\u2019 car \u2018dire merci\u2019 signifie avoir re\u00e7u un don, donc de penser au donneur, de conserver de la gratitude pour le don. Penser la vie est le propre de la nature humaine, lui seul de tous les vivants dit merci au don de vie. Les animaux ne remercient pas, ils ne pensent pas la vie. Sans conscience du don de vie, ils n\u2019ont pas une conscience r\u00e9fl\u00e9chie de leur mort ; ils sont pauvres de monde, weltram dit Heidegger. Certes les animaux ne sont pas sans monde (comme l\u2019est l\u2019eau ou la pierre) mais ils sont prisonniers de leurs environnements ; ils vivent sans la capacit\u00e9 de fantaisie, de bont\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9 que la dimension humaine poss\u00e8de. L\u2019ad\u00e9quation entre le milieu environnemental et l\u2019homme n\u2019est pas un simple jeu d\u2019interactions mais une pens\u00e9e sur le devenir humain.<\/p>\n<p>2) La fabrique biotechnologique du devenir humain- L\u2019essor des biotechnologies permet aujourd\u2019hui non seulement de mieux soigner les humains mais aussi de les am\u00e9liorer. Le c\u00e9l\u00e8bre cas de la qualification olympique en 2008 de l\u2019athl\u00e8te sud africain Oscar Pistorius (qui gr\u00e2ce \u00e0 ses proth\u00e8ses en carbone aurait un avantage sur les athl\u00e8tes valides), nous montre l\u2019enjeu des prouesses biotechnologiques. Cet exemple nous fait aussi comprendre qu\u2019une humanit\u00e9 \u00ab am\u00e9lior\u00e9e \u00bb gr\u00e2ce aux modifications biotechnologiques appliqu\u00e9es sur le corps humain est d\u00e9sormais possible. Seulement, la cr\u00e9ation future d\u2019hommes-robots remet en cause tout ce qui constitue l\u2019\u00e9thique du devenir humain. L\u2019homme est plus qu\u2019un mat\u00e9riau mall\u00e9able qu\u2019on peut red\u00e9finir et remanier.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la science m\u00e9dicalise la mort. Elle promet de faire reculer le plus possible l\u2019\u00e9ch\u00e9ance fatale, elle perd alors de vue la valeur symbolique de la mort. La d\u00e9construction clinique de la mort, qui veut qu\u2019on ne meurt plus mais qu\u2019on meurt seulement de quelques choses, aboutit \u00e0 une vision m\u00e9canique (on remplace les pi\u00e8ces d\u00e9fectueuses du corps humain par des greffes, par exemple) de la vie.<\/p>\n<p>La mort est aujourd\u2019hui \u00e9loign\u00e9e de la vie, on ne veut pas entendre parler de son in\u00e9luctabilit\u00e9. La mort n\u2019est plus dans la vie, elle n\u2019aboutit plus \u00e0 un d\u00e9passement de la finitude par la pens\u00e9e. Ancr\u00e9e dans la biologie, la mort donne une analyse mat\u00e9rielle de la vie, ce qui a pour r\u00e9sultat d\u2019appauvrir notre monde culturel. La poursuite de l\u2019existence terrestre est le seul but \u00e0 atteindre, nos fins ultimes tombent devant l\u2019imp\u00e9ratif de la jouissance. La pens\u00e9e est devenue une repr\u00e9sentation informationnelle neuronale, le cerveau poss\u00e8de d\u00e9sormais le statut de contr\u00f4le de la vie (humaine\/animale) comme le montre bien le concept de mort c\u00e9r\u00e9brale. La biologisation de la culture et la m\u00e9dicalisation de la vie sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>3) La vuln\u00e9rabilit\u00e9 du devenir humain- La fragilit\u00e9 de l\u2019homme est \u00e0 la source de cet appel \u00e0 une humanit\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e. Cependant, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019humain est aussi constitutive de tout acte de culture. En opposition avec une nature o\u00f9 l\u2019homme est un loup pour l\u2019homme (selon l\u2019expression de Lucr\u00e8ce), la soci\u00e9t\u00e9 civilis\u00e9e prend soin des plus vuln\u00e9rables. Aujourd\u2019hui, la protection donn\u00e9e aux enfants dans le domaine de la sant\u00e9 atteste heureusement de la fondamentale bienveillance de l\u2019homme pour le plus faible. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019homme est au c\u0153ur du devenir de son identit\u00e9. Sur ce point, les d\u00e9couvertes de la g\u00e9n\u00e9tique malm\u00e8nent bien de nos convictions. Et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019environnement de l\u2019homme le met face \u00e0 une nouvelle responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la vie terrorise nos esprits. Tout est techniquement entrepris pour faire oublier la mort, \u00e0 d\u00e9faut de la supprimer. La sant\u00e9 est le nouveau salut. L\u2019espoir d\u2019une vie saine remplace l\u2019esp\u00e9rance plac\u00e9e dans une vie bonne. Le pouvoir sur la sant\u00e9, le \u2018biopouvoir\u2019 selon la c\u00e9l\u00e8bre expression de Michel Foucault, se fonde sur le contr\u00f4le \u00e9tatique de la sant\u00e9. Il poss\u00e8de sa bonne et sa mauvaise face dans sa fonction de gardien \u00e9tatique de ce qui est bon pour la sant\u00e9 de chacun. Il s\u2019affirme pendant la seconde guerre mondiale. La bonne version du biopouvoir apparait en Grande Bretagne avec l\u2019assurance sociale (Plan Beveridge, 1942) et la mauvaise version en Allemagne avec la solution finale (Conf\u00e9rence de Wannssee, 1942). Ils ont en commun d\u2019ajouter une seconde fonction \u00e0 l\u2019Etat ; apr\u00e8s celui d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 politique (Etat moderne), l\u2019Etat doit d\u00e9sormais assurer la s\u00e9curit\u00e9 sanitaire de ses citoyens. Le don de vie comme pens\u00e9e d\u00e9passant la mort est bien \u00e9videmment inexistant dans ces deux hypoth\u00e8ses. Le discours est \u00e9minemment s\u00e9culier. Mais comme Foucault l\u2019a not\u00e9, dans les deux cas il s\u2019agit d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 et la sant\u00e9 de chaque existence humaine. L\u2019effroyable volont\u00e9 nazie d\u2019extermination des juifs est exprim\u00e9e dans un discours biologique qui semble emprunt\u00e9 aux \u00e9leveurs d\u2019animaux. Dans ses tragiques cons\u00e9quences, il est sans commune mesure avec la dignit\u00e9 du droit \u00e0 la sant\u00e9, mais force est de dire que tout deux ont un \u00e9nonc\u00e9 qui puise dans un discours biologique.<\/p>\n<p>La d\u00e9construction clinique de la mort plonge l\u2019homme dans un devenir riv\u00e9 sur son morcellement biologique. La m\u00e9dicalisation de la vie qui en d\u00e9coule fait \u00e9clater le sens du mot \u2018vie\u2019 qui, par un jeu eschatologique, semble devoir prendre le pas sur la finitude.<\/p>\n<p>4) L\u2019Eglise catholique et le devenir humain- Aucune religion ne d\u00e9pend plus que le catholicisme, avec la doctrine de l&#8217;Incarnation, de la notion d&#8217;une position absolument centrale et singuli\u00e8re de l&#8217;homme dans le cosmos.<\/p>\n<p>La sacralit\u00e9 de la vie est r\u00e9affirm\u00e9e avec force dans l\u2019encyclique Evangelium vitae (1995). Jean Paul II y loue toute bio\u00e9thique qui d\u00e9fend la \u00ab culture de la vie \u00bb. La vie humaine est toujours un Bien. Elle poss\u00e8de une valeur intrins\u00e8que et tout corps humain en vie doit \u00eatre respect\u00e9 au nom de l\u2019amour (caritas) pour la vie, lequel transcende les existences individuelles.<\/p>\n<p>La protection de la nature sacr\u00e9e de la vie humaine est une fin \u00e0 poursuivre, mais les moyens pour y parvenir diff\u00e8rent selon les situations. La sacralit\u00e9 de la vie humaine est un principe indiscutable en soi (in dubio pro vita). La question porte alors sur son interpr\u00e9tation. Ce principe peut recevoir une interpr\u00e9tation stricte, on parle alors de tutiorisme. Le tutiorisme interdit toute action susceptible de mettre fin \u00e0 la vie humaine : on ne prend pas de risque avec la vie humaine. On trouve ici une approche d\u00e9terministe qui, mutatis mutandis, est \u00e9quivalente \u00e0 la th\u00e9orie du \u2018risque z\u00e9ro\u2019 dans l\u2019application du principe de pr\u00e9caution dans l\u2019environnement. L\u2019adage in dubio pro vita peut cependant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 dans un sens plus large, on parle alors de probabilisme.<\/p>\n<p>Dans le tutiorisme, la m\u00e9thode de raisonnement pose la n\u00e9cessaire protection de la vie par une d\u00e9duction qui \u00e9carte les faits contingents. Dans le probabilisme, la logique est davantage inductive et elle proc\u00e8de avant tout d\u2019une observation de la situation qui est \u00e9clair\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re des principes. Pour en donner une image un peu r\u00e9ductrice mais explicite, le tutiorisme se place sur un plan vertical (du haut des principes qui d\u00e9terminent la solution de faits) tandis que le probabilisme est situ\u00e9 dans un plan horizontal (qui vise des fins ultimes qui se r\u00e9v\u00e8lent dans une lecture t\u00e2tonnante des faits).<\/p>\n<p>Le devenir humain est la conscience du don de vie, et du chemin \u00e0 parcourir (par degr\u00e9s) pour chaque vie humaine. Le d\u00e9terminisme des comportements instinctifs et acquis s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019existence biologique, en revanche l\u2019homme a une vie qui a conscience de sa finitude : plus que la ma\u00eetrise du langage et l\u2019outil, l\u2019homme pense son devenir au-del\u00e0 de la mort pour continuer la vie. Comme culture et comme esp\u00e9rance, la vie apr\u00e8s la mort est pens\u00e9e uniquement par l\u2019homme ; elle donne \u00e0\u00a0l\u2019homme un espace symbolique qui lui est propre. Le devenir de l\u2019homme r\u00e9pond \u00e0 l\u2019ordre graduel de la vie. Chaque individu, \u00e9tant un homme, se pr\u00e9sente comme essentiellement de divers niveaux vers l\u2019ach\u00e8vement de son Etre humain. L\u2019individu est un homme par un rapport analogique qui, par degr\u00e9s, constitue son appartenance \u00e0 l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sont donc ces divers aspects \u00e9thiques du devenir humain ; de l\u2019homme face \u00e0 Dieu, de l\u2019homme face \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de sa condition humaine, de l\u2019homme face \u00e0 la machine et de l\u2019homme face \u00e0 l\u2019animal ; que l\u2019auteur traite dans son dernier ouvrage, Le devenir humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":""},"autori":[],"fascicolo":[176],"class_list":["post-1903","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","fascicolo-ottobre-2011"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - Pr\u00e9sentation de l\u2019ouvrage St\u00e9phane Bauzon, Le devenir humain essai sur les fins \u00e9thiques de la nature, Paris, PUF, 2011.<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Leggi l&#039;articolo a cura di Redazione, pubblicato nel numero di Ottobre 2011. 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