{"id":1833,"date":"2011-02-01T12:00:00","date_gmt":"2011-02-01T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=1833"},"modified":"2026-04-12T19:10:41","modified_gmt":"2026-04-12T17:10:41","slug":"dominique-et-les-autres-le-regard-dun-sociologue-sur-lactualite-des-charismes-catholiques-dans-un-monde-en-quete-de-reenchantement","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2011\/febbraio\/dominique-et-les-autres-le-regard-dun-sociologue-sur-lactualite-des-charismes-catholiques-dans-un-monde-en-quete-de-reenchantement\/","title":{"rendered":"Dominique et les autres. Le regard d&#8217;un sociologue sur l&#8217;actualit\u00e9 des charismes catholiques dans un monde en qu\u00eate de r\u00e9enchantement"},"content":{"rendered":"<p>Introduction. Le regard du sociologue<\/p>\n<p>Pour le sociologue habitu\u00e9 \u00e0 lire les questions religieuses de son point de vue, la question de l&#8217;actualit\u00e9 des charismes catholiques<sup>1<\/sup>, celui des Dominicains, celui des autres charismes catholiques, demeure une question \u00e0 la fois riche et complexe. Comment se pose-t-elle aujourd&#8217;hui ? Entre les deux r\u00e9ponses typis\u00e9es, celle de la disparition ou de l&#8217;inaudibilit\u00e9 des charismes religieux pour le monde aujourd&#8217;hui et celle du rappel que le religieux est l\u00e0, immuable depuis la nuit des temps ou simplement de retour mais de fa\u00e7on plus sauvage, comment instruire un dossier tant soit peu solide ? Ma contribution, en guise d&#8217;introduction \u00e0 cette publication, se sert d&#8217;une fr\u00e9quentation de ces questions depuis quelques dizaines d&#8217;ann\u00e9es comme observateur participant, mais ne pr\u00e9tend pas produire un travail de sociologie des charismes catholiques achev\u00e9<sup>2<\/sup>. Plut\u00f4t, et plus modestement, je voudrais saisir cette occasion pour livrer quelques remarques, inform\u00e9es certes de sociologie, une esp\u00e8ce de pr\u00e9-\u00e9tude ou tour de reconnaissance sur la question! Et en m\u00eame temps livrer mes premi\u00e8res r\u00e9flexions \u00e0 propos des lectures que j&#8217;ai faites r\u00e9cemment sur le charisme dominicain.<\/p>\n<p>1. Les rendez-vous manqu\u00e9s de l&#8217;histoire<\/p>\n<p>La question des charismes catholiques pose quelques questions fondamentales. Quel sens ont-ils ? Pour mener le peuple chr\u00e9tien \u00e0 son destin ne suffit-il pas de faire confiance \u00e0 la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siale ? La r\u00e9ponse de Saint-Paul serait que l&#8217;\u00c9glise est conduite par les ap\u00f4tres, les proph\u00e8tes et les docteurs. Dans cet ordre, les proph\u00e8tes seraient les porteurs de charismes dans notre cas. Ils ne sont pas premiers mais ils sont donc importants. Mais cette r\u00e9ponse n&#8217;explique pas encore grand-chose. Une piste qu&#8217;il me semble possible de parcourir, se formulerait comme suit. Puisque les ap\u00f4tres sont premiers et repr\u00e9sentent en quelque sorte la ligne verticale, hi\u00e9rarchique, se peut-il que les charismes repr\u00e9sentent la ligne horizontale, le fait fondamental que les hommes sont fils d&#8217;un seul P\u00e8re et qu&#8217;en cons\u00e9quence que nous sommes tous fr\u00e8res ? Je voudrais partir dans ma r\u00e9flexion d&#8217;une histoire, racont\u00e9e avec verve par Alain Peyrefitte (1989), qui date d&#8217;il y a plus de deux si\u00e8cles maintenant. Le jeune empire britannique envoie en 1791, en pleine R\u00e9volution fran\u00e7aise, une exp\u00e9dition de cinq voiliers et sept cents hommes dans l&#8217;Empire chinois, en vue d&#8217;obtenir l&#8217;ouverture de ses fronti\u00e8res au commerce avant tout. La Chine compte d\u00e9j\u00e0 plus de trois cent trente millions d&#8217;habitants, l&#8217;Angleterre \u00e0 peine huit millions.<\/p>\n<p>La Chine avec ses quarante si\u00e8cles repr\u00e9sente alors une civilisation coutumi\u00e8re brillante au sommet de son art, et la jeune civilisation occidentale surfe sur l&#8217;onde de son capitalisme naissant. Les deux mondes ne se comprendront pas. La Chine exige que la d\u00e9l\u00e9gation de sa gracieuse majest\u00e9 accomplisse en signe de soumission le kotow &#8211; c&#8217;est-\u00e0-dire de se prosterner, conform\u00e9ment au protocole de la Cour, neuf fois face contre terre devant l&#8217;Empereur. Macartney, l&#8217;ambassadeur refusera au nom de la &#8216;plus puissante nation du globe&#8217; de soumettre la couronne britannique \u00e0 l&#8217;Empire du Milieu &#8211; \u00ab seule civilisation sous le Ciel \u00bb.<\/p>\n<p>Avec son \u00e9criture nerveuse et fluide d&#8217;acad\u00e9micien, A. Peyrefitte commente : \u00ab La &#8216;Cour c\u00e9leste&#8217; fut scandalis\u00e9e. L&#8217;Empereur abr\u00e9gea l&#8217;ambassade. Cette rupture amor\u00e7a une dramatique r\u00e9action en cha\u00eene : le choc des deux nations ; l&#8217;effondrement de la Chine ; la domination anglaise en Asie du sud-est au XIX\u02da si\u00e8cle. La Chine choisit la fermeture et le refus de la modernisation, l&#8217;Angleterre choisira les mani\u00e8res fortes des d\u00e9cennies plus tard. Un eccl\u00e9siastique, le p\u00e8re Texeira, historien portugais depuis toute une vie en Chine, commentera devant Peyrefitte la pr\u00e9sentation de Macartney: \u00ab Il a pli\u00e9 d\u00e9daigneusement le genou, comme \u00e7a. C&#8217;\u00e9tait une insulte \u00e0 l&#8217;Empereur ! Les missionnaires portugais faisaient le kotow toute la journ\u00e9e, sans m\u00eame qu&#8217;on le leur demande ! A la place de Macartney, je n&#8217;aurais pas fait un kotow, mais dix, mais cent ! Et \u00e7a aurait march\u00e9 ! Des liens plus \u00e9troits se seraient peu \u00e0 peu tiss\u00e9s entre l&#8217;Occident et la Chine ( .) \u00bb. L&#8217;histoire d&#8217;une pr\u00e9tention h\u00e9g\u00e9monique qui change pour deux si\u00e8cles l&#8217;histoire g\u00e9o-politique.<\/p>\n<p>Une histoire inverse de mon point de vue, et une le\u00e7on, \u00e0 vrai dire, fort positive de l&#8217;histoire contemporaine est fournie par le r\u00e9cit que fit Jean Monnet, l&#8217;homme qui a imagin\u00e9 le Plan Schuman (1950). Toute l&#8217;histoire de Monnet, dont John Kennedy disait en 1963 que \u00ab sous votre inspiration l&#8217;Europe, en moins de vingt ans, a progress\u00e9 vers l&#8217;unit\u00e9 plus qu&#8217;elle ne l&#8217;a fait depuis mille ans \u00bb (Monnet:555), est empreinte de la recherche de tisser des liens sur la base de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 en dignit\u00e9 de l&#8217;individu et des nations. L&#8217;id\u00e9e de fond de Jean Monnet en 1950, c&#8217;est qu&#8217;il faut aussi \u00ab organiser la paix \u00bb &#8211; et pas seulement la guerre &#8211; et ne pas laisser retomber la vie internationale sous la loi de la jungle, du plus fort, le d\u00e9fi est, comme l&#8217;exprime son biographe F. Duch\u00eane (1996): \u00ab(.) to civilianise international relations \u00bb (401). Monnet dans ses\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>\u00a0(1976) \u00e9crira lui-m\u00eame \u00e0 propos du rapport de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne et les pays d&#8217;Afrique : \u00ab Qu&#8217;attendent-ils de l&#8217;Europe, je ne pense pas que ce soit surtout une aide mat\u00e9rielle. Cette aide n\u00e9cessaire n&#8217;est qu&#8217;un aspect des rapports de solidarit\u00e9 qui doivent s&#8217;\u00e9tablir entre la Communaut\u00e9 et tous ses partenaires. Ces rapports impliquent que l&#8217;on suive les m\u00eames r\u00e8gles et que l&#8217;on recherche les conditions de l&#8217;\u00e9galit\u00e9. C&#8217;est la le\u00e7on qui se d\u00e9gage de notre exp\u00e9rience communautaire et qui va bien au-del\u00e0 d&#8217;elle. Il arrive qu&#8217;on oublie qu&#8217;elle s&#8217;applique \u00e0 toutes les relations humaines \u00bb (588).<\/p>\n<p>Ces deux histoires me permettent de nourrir une r\u00e9flexion globale sur les charismes catholiques dans l&#8217;histoire chr\u00e9tienne. Mon hypoth\u00e8se de fond est que nos civilisations \u00e9voluent entre la tentation \u00e0 vivre les relations sur le mode h\u00e9g\u00e9monique (dans une logique duale: c&#8217;est toi ou c&#8217;est moi) et la recherche de rapports qui traduisent l&#8217;aspiration \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9, et plus encore, \u00e0 la fraternit\u00e9 &#8211; ce que je qualifierai de logique &#8216;trinitaire&#8217;. Le dilemme entre dual et trinitaire faisait dire au th\u00e9ologien M.-A. Santaner (1991) que nous avons en fait le choix entre la Trinit\u00e9 ou la folie ! J&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;un jour on pourra \u00e9crire une histoire du parcours des hommes qui montrerait l&#8217;apport des vingt derniers si\u00e8cles de l&#8217;inspiration chr\u00e9tienne au d\u00e9veloppement de l&#8217;id\u00e9e de la fraternit\u00e9 universelle des hommes, de rapports o\u00f9 chacun gagne par l&#8217;investissement dans la qualit\u00e9 de la relation &#8211; ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui avec une expression int\u00e9ressante, des situations de &#8216;win-win&#8217;. Je pense que sur ce point les charismes catholiques ont eu et auront un apport important.<\/p>\n<p>Je rel\u00e8verai ici cinq points que je voudrais \u00e9voquer bri\u00e8vement. L&#8217;existence m\u00eame des charismes catholiques et donc d&#8217;une pluralit\u00e9 significative \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du christianisme constitue en soi une avanc\u00e9e formidable dans l&#8217;histoire religieuse. Leur histoire et le surgissement \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques de diff\u00e9rents charismes manifeste en outre aussi le caract\u00e8re dynamique de la religion chr\u00e9tienne. En troisi\u00e8me lieu la coexistence de charismes anciens et neuf nous met face \u00e0 une autre nuance du jeu relationnel &#8216;chr\u00e9tien&#8217;. En quatri\u00e8me lieu en prenant en compte l&#8217;histoire du charisme dominicain, trois caract\u00e9ristiques de l&#8217;inspiration fondatrice frappent par leur actualit\u00e9, huit si\u00e8cles apr\u00e8s date. Et, cinqui\u00e8me point, dans une \u00c9glise en plein dans une esp\u00e8ce de &#8216;nuit culturelle&#8217; de notre \u00e9poque, les dominicains gardent des atouts qui peuvent apporter beaucoup \u00e0 l&#8217;\u00c9glise et au monde.<\/p>\n<p>2. Le pluralisme des charismes chr\u00e9tiens comme manifestation d&#8217;un Dieu diff\u00e9rent<\/p>\n<p>Les charismes catholiques sont en soi, de par leur simple existence, le t\u00e9moignage qu&#8217;il existe un Dieu &#8216;diff\u00e9rent&#8217; ! Les religions pr\u00e9-chr\u00e9tiennes qui arrivent \u00e0 formuler un certain monoth\u00e9isme et dans leurs \u00e9crits mystiques formulent leur concept de l&#8217;Absolu, du Transcendant, parlent de l&#8217;Absolu comme de l&#8217;Un. Dieu est Un, Absolu mais aussi impersonnel, en dehors de l&#8217;histoire, compl\u00e8tement inaccessible \u00e0 l&#8217;homme en quelque sorte. Cette formulation est le fruit d&#8217;une maturation de mill\u00e9naires de vie religieuse et elle influence d&#8217;ailleurs profond\u00e9ment la fa\u00e7on dont l&#8217;homme fa\u00e7onne les soci\u00e9t\u00e9s<sup>3<\/sup>. Car au bout du compte, la vie en soci\u00e9t\u00e9 est de l&#8217;ordre de l&#8217;illusion, la seule vraie R\u00e9alit\u00e9 est l&#8217;Absolu et le sens m\u00eame de la vie est en quelque sorte de se lib\u00e9rer de l&#8217;illusion que la vie ici-bas a valeur en soi. La dynamique dans ses civilisations est tout du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;effort d&#8217;atteindre l&#8217;Absolu, de s&#8217;unir au Transcendant. Et la grande mystique con\u00e7oit que le seul effort qui compte vraiment consiste dans l&#8217;an\u00e9antissement de la cr\u00e9ature devant l&#8217;Absolu, de la lib\u00e9ration de toutes les illusions pour se fondre dans l&#8217;Un. Ce qu&#8217;il faut noter pour la suite de notre analyse, c&#8217;est que cet Un ne conna\u00eet pas de diversit\u00e9 en Soi. Le monde n&#8217;y a pas de statut v\u00e9ritablement r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit chr\u00e9tien abandonne ce type de conception que d\u00e9j\u00e0 le monde juif a en grande partie laiss\u00e9 derri\u00e8re lui. Le pas fort qu&#8217;accomplit le christianisme est la prise de conscience que l&#8217;Un chr\u00e9tien est Trine. Le Dieu Un et Unique s&#8217;av\u00e8re \u00eatre aussi trois Personnes ! Le bouleversement que repr\u00e9sente cette conscience in\u00e9dite continue \u00e0 produire ses effets aujourd&#8217;hui. Dans le monde ancien, la pluralit\u00e9 de charismes catholiques n&#8217;aurait eu aucun sens v\u00e9ritablement positif. Dans le monde chr\u00e9tien, en revanche, il est le signe m\u00eame du Dieu trinitaire: \u00ab (.) la v\u00e9rit\u00e9 se manifeste non malgr\u00e9 le pluralisme, mais \u00e0 travers le pluralisme: quand le pluralisme de ces perspectives est v\u00e9cu dans un sens trinitaire, p\u00e9richor\u00e9tique \u00bb, soulignera avec force le th\u00e9ologien P. Coda (Camb\u00f3n:345). Les charismes tels que ceux de Beno\u00eet, Fran\u00e7ois, Dominique, et les autres, t\u00e9moignent en soi dans leur pluralit\u00e9 du Dieu chr\u00e9tien, nous disent et continuent \u00e0 nous signifier un Dieu diff\u00e9rent de tout ce que les civilisations qui nous pr\u00e9c\u00e8dent ont con\u00e7u sur l&#8217;Absolu!<\/p>\n<p>3. T\u00e9moins encore d&#8217;un Dieu dynamique, qui promeut le changement<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me aspect qui me semble intimement caract\u00e9riser les charismes catholiques, est li\u00e9 \u00e0 cette phrase de J\u00e9sus ou il \u00e9voque le r\u00f4le de l&#8217;Esprit Saint \u00ab qui vous portera \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 tout enti\u00e8re \u00bb. Le christianisme tient donc ici un principe, le sociologue dirait de &#8216;changement social&#8217; permanent, de la vocation du chr\u00e9tien au changement &#8216;en continue&#8217; en quelque sorte. Le christianisme est une donn\u00e9e en \u00e9volution, un processus plus qu&#8217;une donn\u00e9e statique. Or, en religion, ce point est tout sauf anodin. Les religions pr\u00e9-chr\u00e9tiennes qui arrivent \u00e0 formuler un certain monoth\u00e9isme et dans leurs mystiques formulent leur concept de l&#8217;Absolu, du Transcendant, parlent de l&#8217;Absolu comme se situant en dehors de l&#8217;histoire. Par cons\u00e9quent, nous sommes en pr\u00e9sence de soci\u00e9t\u00e9s qui ont une vue plut\u00f4t statique sur la vie en soci\u00e9t\u00e9, et ne con\u00e7oivent nullement le temps et l&#8217;histoire comme ayant une r\u00e9elle importance, au contraire du monde juif et chr\u00e9tien. Le Dieu pr\u00e9-chr\u00e9tien, l&#8217;Absolu, l&#8217;Un est du point de vue social profond\u00e9ment conservateur! En quelque sorte, la vie en soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tant de l&#8217;ordre de l&#8217;illusion, il n&#8217;y a pas lieu de stimuler un quelconque dynamisme social ici-bas, l&#8217;ici-bas n&#8217;a pas valeur en soi. Pour l&#8217;histoire chr\u00e9tienne au contraire, le surgissement continuel de nouveaux charismes religieux &#8211; et particuli\u00e8rement quand ils joignent \u00e0 la contemplation l&#8217;une ou l&#8217;autre forme d&#8217;action, ce qu&#8217;ils font presque tous la plupart du temps &#8211; est une des manifestations les plus fortes de la consistance ontologique que le r\u00e9cit chr\u00e9tien octroie \u00e0 l&#8217;histoire des hommes. Le christianisme a une vocation \u00e0 dynamiser l&#8217;intra-mondain, les charismes religieux dans leur diversit\u00e9 en sont le t\u00e9moignage ind\u00e9l\u00e9bile<sup>4<\/sup>.<\/p>\n<p>4. Ce Dieu diff\u00e9rent invite les charismes \u00e0 la relation, le nouveau ne supprime pas l&#8217;ancien<\/p>\n<p>Mais que la pluralit\u00e9 des charismes catholiques et leur surgissement dans le temps t\u00e9moignent, est une chose. Quel sens rec\u00e8le le fait qu&#8217;ils convivent dans leurs diff\u00e9rences sous les m\u00eames cieux, reli\u00e9s au charisme de la hi\u00e9rarchie de l&#8217;\u00c9glise ? On est habitu\u00e9 en sociologie \u00e0 situer la naissance des b\u00e9n\u00e9dictins comme li\u00e9e au besoin de refaire une civilisation sur les ruines de l&#8217;Empire romain en valorisant la travail dans les campagnes. Et de situer le surgissement des ordres mendiants par rapport \u00e0 la nouvelle vitalit\u00e9 que manifeste la civilisation citadine \u00e0 la fin du Moyen-\u00c2ge f\u00e9odal. Mais l&#8217;on pourrait penser que le surgissement du neuf \u00e9limine l&#8217;ancien, ce qui n&#8217;est pas le cas.<\/p>\n<p>Les charismes religieux selon le c\u00e9l\u00e8bre titre d&#8217;un ouvrage de R. Hostie\u00a0<em>Vie et mort des ordres religieux<\/em>, peuvent certes dispara\u00eetre mais beaucoup subsistent et se montrent capables de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Ils t\u00e9moignent ainsi que la relation chr\u00e9tienne entre diff\u00e9rentes r\u00e9alit\u00e9s s&#8217;oppose \u00e0 la logique du dicton : \u00ab Mors tua, vita mea \u00bb. Dans l&#8217;histoire chr\u00e9tienne le fait que de nouveaux charismes surgissent et remplissent des fonctions adapt\u00e9es aux nouveau besoins, n&#8217;enl\u00e8ve pas la valeur exemplaire des charismes anciens. Comme la Nouvelle Alliance n&#8217;abolit pas l&#8217;Ancienne et que le Fils dans la Trinit\u00e9 ne remplace pas le P\u00e8re, ni ne supprime le besoin de la venue de l&#8217;Esprit.<\/p>\n<p>5. Le cas de Dominique<\/p>\n<p>Quand je r\u00e9fl\u00e9chis sur ce qu&#8217;on raconte sur les d\u00e9buts de Dominique de Guzman (B\u00e9douelle 1982), je suis frapp\u00e9 par au moins quatre aspects qui me stimulent dans la r\u00e9flexion sur les situations actuelles. Les dominicains, comme d&#8217;ailleurs les autres ordres mendiants, ont d\u00fb lutter pour trouver une place sous le soleil, face \u00e0 la logique du clerg\u00e9 dioc\u00e9sain. L&#8217;\u00c9glise a fait l\u00e0 un exercice important de conjugaison de la diversit\u00e9 dans l&#8217;unit\u00e9, mais le dynamisme des nouveaux venus l&#8217;a \u00e9norm\u00e9ment enrichi par la suite. Dans mes recherches (2010) sur les charismes catholiques r\u00e9cents, j&#8217;ai trouv\u00e9 confirmation du fait que souvent les dominicains ont su mieux que d&#8217;autres accueillir les nouveaux charismes catholiques.<\/p>\n<p>Le second aspect qui m&#8217;a frapp\u00e9 \u00e0 la lecture d&#8217;une br\u00e8ve histoire des dominicains, est l&#8217;insistance particuli\u00e8re sur les \u00e9tudes d\u00e8s le d\u00e9part de la vie dominicaine. La vie de pri\u00e8re, pourtant un pilier de la vie religieuse, pour les dominicains comme pour tous les charismes religieux, ne doit pas entraver par une inutile multiplication le devoir d&#8217;\u00e9tudier. Nous sommes l\u00e0 devant une accentuation tout \u00e0 fait nouvelle dans l&#8217;histoire de la vie religieuse: \u00ab Pour la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire de la vie religieuse l&#8217;\u00e9tude figur\u00e2t parmi les finalit\u00e9s prioritaires de l&#8217;Ordre et f\u00fbt une occupation permanente de ses membres. En faveur des \u00e9tudiants \u00e9tait pr\u00e9vu une dispensation de toutes les autres obligations et t\u00e2ches communautaires qui pouvaient distraire de l&#8217;\u00e9tude \u00bb (Coda-Filoramo:378).<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me aspect qui frappe me rappela l&#8217;\u00e9tude que mena dans les ann\u00e9es soixante le politologue L\u00e9on Moulin sur<em>\u00a0Le monde vivant des religieux<\/em>\u00a0(1966) o\u00f9 il analysa dans son sixi\u00e8me chapitre l&#8217;organisation dominicaine \u00ab comme une cath\u00e9drale de droit constitutionnel \u00bb. Coda dans le m\u00eame prestigieux\u00a0<em>Dizionario del cristianesimo<\/em>\u00a0(378) rel\u00e8ve en ce sens aussi que d\u00e8s 1228 l&#8217;Ordre d\u00e9finitivement structur\u00e9 pouvait se d\u00e9velopper et \u00eatre gouvern\u00e9 sur la base des principes de subsidiarit\u00e9, coll\u00e9gialit\u00e9 et repr\u00e9sentativit\u00e9<sup>5<\/sup>. Nous sommes l\u00e0 dans une sensibilit\u00e9 au relationnel, \u00e0 la qualit\u00e9 de la fraternit\u00e9 qui au d\u00e9but du long cheminement vers la modernit\u00e9 pr\u00e9pare les esprits aux temps nouveaux post-f\u00e9odaux.<\/p>\n<p>6. Les d\u00e9fis du monde (post-)moderne et l&#8217;actualit\u00e9 domincaine<\/p>\n<p>Coda faisait allusion \u00e0 la diversit\u00e9 \u00e0 vivre dans un sens &#8216;p\u00e9richor\u00e9tique&#8217;, on pourrait traduire en disant \u00e0 vivre sur le mode de l&#8217;amour r\u00e9ciproque dont J\u00e9sus parle comme son commandement nouveau. L&#8217;influence des conceptions pr\u00e9-chr\u00e9tiennes de l&#8217;Absolu, et leur version philosophique, chez les Grecs, par la transposition dans le concept fondateur de l&#8217;\u00catre, l&#8217;\u00catre d\u00e9fini comme substance dans la m\u00e9taphysique d&#8217;Aristote, a rendu presque \u00e9trange la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&#8217;amour \u00e9vang\u00e9lique et particuli\u00e8rement le concept de l&#8217;amour r\u00e9ciproque. Pourtant, comme le pr\u00e9cise avec finesse le th\u00e9ologien J. Comblin (1996), ce Dieu d&#8217;Aristote, \u00e9tait certes tout-puissant, souverain, mais aussi impassible, immuable, prisonnier de soi-m\u00eame et de sa perfection. Surtout, il ne peut aimer. Il \u00e9tait inconcevable qu&#8217;il puisse aimer parce qu&#8217;il n&#8217;avait personne qui puisse \u00eatre aim\u00e9 pour soi-m\u00eame. Dieu ne pouvait \u00eatre r\u00e9ellement libre, il \u00e9tait l&#8217;ordre pour lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>O\u00f9 se trompe Aristote dans cette perspective ? W. Kasper (1976:214-215) \u00e9crira synth\u00e9tiquement, parlant de la d\u00e9finition de Dieu qui surgit de la th\u00e9ologie trinitaire : \u00ab Dieu est relation \u00bb, que \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 ultime et supr\u00eame n&#8217;est pas celle de la substance, mais celle de la relation \u00bb. Pour Aristote au contraire, la relation &#8211; qu&#8217;il ne niait pas comme attribut de l&#8217;\u00catre &#8211; \u00e9tait un des &#8216;accidents&#8217; les plus faibles, alors que pour la tradition chr\u00e9tienne Dieu se pr\u00e9sente comme le Dieu de l&#8217;Alliance et du dialogue, le Dieu pour nous et avec nous, la relation ne vient pas apr\u00e8s la substance, mais avant! Faisant le constat de la crise de soci\u00e9t\u00e9 actuelle, J. Comblin terminant son raisonnement, voyait l&#8217;urgence de d\u00e9passer aussi bien l&#8217;individualisme moderne que le communautarisme traditionnel (82). Les charismes religieux ont-ils ici des atouts, puisant dans une nouvelle compr\u00e9hension de Dieu-Amour, Dieu-relation, les \u00e9l\u00e9ments qui peuvent concilier l&#8217;importance de la relation pour chacun d&#8217;entre nous et l&#8217;\u00e9panouissement de l&#8217;homme singulier?<\/p>\n<p>Le christianisme en Occident passe par ce qu&#8217;un auteur comme G.M. Zangh\u00ed (2007) a appel\u00e9 \u00ab la nuit de la culture europ\u00e9enne \u00bb, une notion qui rappelle les grands textes mystiques de Th\u00e9r\u00e8se d&#8217;Avila et Jean de la Croix. Mais il est aussi en qu\u00eate de r\u00e9enchantement. Dans le sillage de l&#8217;exp\u00e9rience mystique in\u00e9dite de Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, nos contemporains Edith Stein, Simone Weil, Dietrich Bonhoeffer red\u00e9couvraient comme si cela \u00e9tait la premi\u00e8re fois en 2000 ans de christianisme, que tandis que tout semble s&#8217;\u00e9crouler et qu&#8217;on exp\u00e9rimente l&#8217;ab\u00eeme de la nuit de Dieu, dans le cri d&#8217;abandon de J\u00e9sus se r\u00e9v\u00e8le comme jamais le visage vrai de Dieu. L&#8217;intuition sera confirm\u00e9e avec une originalit\u00e9 certaine dans le d\u00e9veloppement qu&#8217;en fera Chiara Lubich (2000) dont toute la spiritualit\u00e9 centr\u00e9e sur l&#8217;unit\u00e9, est focalis\u00e9e sur l&#8217;approfondissement de l&#8217;abandon de J\u00e9sus en croix comme \u00e9v\u00e8nement trinitaire, porte d&#8217;acc\u00e8s au myst\u00e8re le plus profond de la vie de Dieu Trinit\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire de l&#8217;Amour<sup>6<\/sup>.<\/p>\n<p>La grande tradition dominicaine repose sur le maxime\u00a0<em>Contemplari et contemplata aliis tradere<\/em>. Thomas d&#8217;Aquin \u00e0 la suite de Domenico de Guzman sut dans son ouvre d\u00e9passer la th\u00e9ologie qui le pr\u00e9c\u00e9dait et qui s&#8217;arr\u00eatait devant la contemplation sans r\u00e9ussir \u00e0 passer la lumi\u00e8re mystique re\u00e7ue en termes accessibles au peuple chr\u00e9tien. Aujourd&#8217;hui les disciples des grands mystiques contemporains sont devant le d\u00e9fi de traduire leur charisme, les lumi\u00e8res re\u00e7ues sur les relations fraternelles, les rapports &#8216;trinitaires&#8217; entre les hommes, pour le grand nombre. Les dominicains qui ont fait de la fraternit\u00e9 articul\u00e9e intelligemment une exp\u00e9rience de 800 ans, et qui n&#8217;ont jamais bris\u00e9 les liens entre mystique, le\u00a0<em>contemplari<\/em>, et le devoir de transmettre ces tr\u00e9sors de vie au plus grand nombre \u00e0 travers l&#8217;\u00e9tude s\u00e9rieuse, sont aux avant-postes pour aider au d\u00e9passement de la nuit culturelle de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p>Avec le Concile le monde catholique s&#8217;est engag\u00e9 dans un style plus dialogique de rapport au monde, et a d\u00e9velopp\u00e9 la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ocum\u00e9nisme, au dialogue interreligieux et au dialogue avec le monde sans r\u00e9f\u00e9rence religieuse. J&#8217;ai pu constater dans les d\u00e9bats ces derni\u00e8res ann\u00e9es la f\u00e9condit\u00e9 de la tradition dominicaine pour sortir de certaines difficult\u00e9s avec \u00e9quilibre et non sans g\u00e9nie quelquefois. Un exemple : devant certaines interpr\u00e9tations un peu \u00e9triqu\u00e9es du \u00ab Hors de l&#8217;\u00c9glise, point de salut \u00bb, j&#8217;ai vu les fruits de l&#8217;appel \u00e0 la pens\u00e9e de Thomas d&#8217;Aquin<sup>7<\/sup>! Pour Saint-Thomas, l&#8217;\u00c9glise, c&#8217;\u00e9tait tous ceux pour qui le Christ est mort. Or, raisonna-t-il, comme Il est mort pour tous les hommes de tous les temps . Les dominicains comme les autres charismes catholiques, anciens et nouveaux, n&#8217;ont certainement pas encore fini de travailler comme Thomas d&#8217;Aquin le fit \u00e0 son \u00e9poque pour arriver, paraphrasant Saint-Paul, \u00e0 abattre les murs de s\u00e9paration qui s&#8217;\u00e9rigent au milieu des hommes, pour pouvoir nous pr\u00e9senter au P\u00e8re, les uns et les autres dans le m\u00eame Esprit.<br \/>\nBibliographie<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ABBRUZZESE S. (1995),\u00a0<em>La Vita religiosa. Per una sociologia della vita consacrata<\/em>, Rimini, Guaraldi<\/p>\n<p>BEDOUELLE G. (1982),\u00a0<em>Dominique ou la gr\u00e2ce de la Parole<\/em>, Paris, Fayard-Mame<\/p>\n<p>CALLEBAUT B. (2010),\u00a0<em>Tradition, charisme et proph\u00e9tie dans le Mouvement International des Focolari<\/em>, Paris, Nouvelle Cit\u00e9<\/p>\n<p>CAMB\u00d3N E. (1998),\u00a0<em>Ripensare la fede nella teologia. Intervista a Piero Coda<\/em>, in Nuova Umanit\u00e0, 116, pp.327-349<\/p>\n<p>CODA P. (2003),\u00a0<em>Il logos e il nulla<\/em>, Roma, Citt\u00e0 Nuova<\/p>\n<p>CODA P., FILORAMO G. (2006),<em>\u00a0Dizionario del Cristianesimo<\/em>, Torino, Utet<\/p>\n<p>CODA P. (2011),\u00a0<em>Della Trinit\u00e0. L&#8217;avvento di Dio tra storia e profezia<\/em>, Roma, Citt\u00e0 Nuova<\/p>\n<p>COMBLIN J.(1996),\u00a0<em>Cristaos rumo ao seculo XXI<\/em>, Sao Paulo, Paulus<\/p>\n<p>DUCH\u00caNE F. (1994),\u00a0<em>Jean Monnet. The first statesman of interdependence<\/em>, New-York\/London, W.W.Norton &amp; Comp.<\/p>\n<p>GILLET F. (2009),\u00a0<em>La scelta di Ges\u00f9 abbandonato nella prospettiva teologica di Ch. Lubich<\/em>, Roma, Citt\u00e0 Nuova<\/p>\n<p>HOSTIE R. (1972),\u00a0<em>Vie et mort des ordres religieux<\/em>, Paris, DDB<\/p>\n<p>KASPER W. (1976),<em>\u00a0Il Dio di Ges\u00f9 Cristo<\/em>, Brescia, Morcelliana<\/p>\n<p>LUBICH C. (2000),\u00a0<em>Le Cri<\/em>, Paris, Nouvelle Cit\u00e9<\/p>\n<p>MONNET J. (1976),\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>, Paris, Fayard<\/p>\n<p>PEYREFITTE A. (1989),<em>\u00a0L&#8217;Empire immobile<\/em>, Paris, Fayard<\/p>\n<p>ROSS\u00c9 G. (1983),\u00a0<em>J\u00e9sus Abandonn\u00e9. Approches du myst\u00e8re<\/em>, Paris, Nouvelle Cit\u00e9<\/p>\n<p>ROUSSEL \u00c9. (1996),<em>\u00a0Jean Monnet<\/em>\u00a0(1888-1979), Paris, Fayard<\/p>\n<p>SANTANER M.-A. (1991),<em>\u00a0Le choix entre la Trinit\u00e9 ou la folie<\/em>, in Esprit et Vie, 27-6-1991<\/p>\n<p>TOBLER S. (2002),\u00a0<em>Jesus Gottverlassenheit als Heilsereignis in der Spiritualit\u00e4t Chiara Lubichs<\/em>, Berlin\/New York, W. de Gruyter<\/p>\n<p>ZANGH\u00cd G.M. (2007),\u00a0<em>Notte della cultura europea<\/em>, Roma, Citt\u00e0 Nuova.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><sup>1<\/sup>\u00a0J&#8217;emploierai le terme g\u00e9n\u00e9ral de charismes catholiques, mettant sous le m\u00eame vocable ce que la sociologie \u00e0 la Max Weber entend par virtuoses asc\u00e9tiques, cat\u00e9gorie qui comprend alors tout ce que l&#8217;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne et catholique a connu comme ph\u00e9nom\u00e8ne, \u00e0 partir des ermites, les ordres monastiques, les chanoines, les ordres mendiants, les clercs r\u00e9guliers, les soci\u00e9t\u00e9s de pr\u00eatres, les congr\u00e9gations la\u00efcales, jusqu&#8217;aux Instituts s\u00e9culiers, communaut\u00e9s nouvelles et autres mouvements la\u00efcs. Je ne consid\u00e8re pas dans cet article le monde foisonnant des charismes dissidents catholiques.<\/p>\n<p><sup>2<\/sup>\u00a0Le seul ouvrage v\u00e9ritablement sociologique sur la question \u00e0 ma connaissance est celui de Abbruzzese S. (1995) qui porte comme sous-titre : Per una sociologia della vita consacrata. Sans nier les m\u00e9rites de L. Moulin et R. Hostie.<\/p>\n<p><sup>3<\/sup>\u00a0Ce que le philosophe Karl Jaspers appellera \u00ab l&#8217;\u00e8re axiale des religions \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire la p\u00e9riode historique au cours de laquelle naissent les grandes identit\u00e9s religieuses : h\u00e9bra\u00efque, perse, orientale, et la philosophie grecque aussi.<\/p>\n<p><sup>4<\/sup>\u00a0Les monoth\u00e9ismes sont-ils capables de lire l&#8217;unit\u00e9 autrement que comme &#8216;uniformit\u00e9&#8217; &#8211; tout ramener \u00e0 soi ? Sur le th\u00e8me Concilium a publi\u00e9 un num\u00e9ro en 1985, traitant de la diff\u00e9rence entre un monoth\u00e9isme monarchique et un v\u00e9ritablement trinitaire.<\/p>\n<p><sup>5<\/sup>\u00a0Coda pr\u00e9cise que &#8220;La vie de la communaut\u00e9, impr\u00e9gn\u00e9e d&#8217;un sentiment concret, d\u00e9mocratique de fraternit\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 entre tous ceux qui en font partie, n&#8217;est donc pas organis\u00e9e hi\u00e9rarchiquement selon des crit\u00e8res d&#8217;autorit\u00e9 plus grande ou moins grande, ni verticalis\u00e9e dans le sens que tout est reconduit au P\u00e8re abb\u00e9 : on peut penser que probablement le principe romain Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet, et inspire la confiance r\u00e9ciproque \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 et la conscience aussi en qui est \u00e0 la t\u00eate de la communaut\u00e9, qu&#8217;il ne doit d&#8217;aucune fa\u00e7on se sentir un sup\u00e9rieur (378).<\/p>\n<p><sup>6<\/sup>\u00a0Parmi les travaux sur l&#8217;importance pour la th\u00e9ologie du concept de l&#8217;abandon en liaison avec la th\u00e9ologie trinitaire chez Chiara Lubich, signalons les travaux en fran\u00e7ais de G. Ross\u00e9, en allemand de S. Tobler et en italien de P. Coda et F. Gillet<\/p>\n<p><sup>7<\/sup>\u00a0Dans la Summa Theologiae III pars, q.8, a.3,ad 1. Le th\u00e9ologien italien P. Coda a analys\u00e9 ce d\u00e9bat et l&#8217;apport de Thomas d&#8217;Aquin de fa\u00e7on d\u00e9taill\u00e9e dans la perspective de la question du dialogue interreligieux (2003:78-79).<\/p>","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":""},"autori":[1089],"fascicolo":[168],"class_list":["post-1833","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-bernhard-callebaut","fascicolo-febbraio-2011"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - Dominique et les autres. 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