{"id":1527,"date":"2006-06-01T12:00:00","date_gmt":"2006-06-01T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oikonomia.it\/?post_type=articolo&#038;p=1527"},"modified":"2026-04-11T22:44:18","modified_gmt":"2026-04-11T20:44:18","slug":"l-j-lebret","status":"publish","type":"articolo","link":"https:\/\/www.oikonomia.it\/en\/2006\/giugno\/l-j-lebret\/","title":{"rendered":"L. J. Lebret"},"content":{"rendered":"<p>Louis Lebret (Fr\u00e8re Louis-Joseph en religion) est n\u00e9 le 26 juin 1897 au Minihic-sur-Rance (Ille et Vilaine), dans un milieu mi-paysan, mi-marin. Son p\u00e8re est charpentier dans la Marine nationale. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris le 19 juillet 1966.<\/p>\n<p>Ayant \u00e9t\u00e9 son assistant au CNRS de 1954 \u00e0 sa mort en 1966, je vous parlerai essentiellement de ce que j\u2019ai compris de la vie et de l\u2019\u0153uvre de cet homme qui a \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 la fois un homme d\u2019action, un humaniste chr\u00e9tien et un scientifique. Un bloc dont il n\u2019est pas toujours facile de d\u00e9m\u00ealer les divers aspects. Si vous d\u00e9sirez aller plus loin dans sa vie et son \u0153uvre, l\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence est la th\u00e8se de Denis Pelletier \u00ab<em>Economie et Humanisme: de l\u2019Utopie communautaire au combat pour le Tiers Mond : 1941-1966<\/em>\u00bb paru en 1996 aux \u00e9ditions du Cerf.<\/p>\n<p><em><strong>1. Lebret, l\u2019homme d\u2019action<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Avant tout, cet ancien lieutenant de vaisseau, engag\u00e9 volontaire en 1915, se bat pour les autres et pour faire aboutir ses projets.<\/p>\n<p><em>1.1. L\u2019organisateur de la p\u00eache<\/em><\/p>\n<p>La p\u00eache a \u00e9t\u00e9, pour Lebret, la grande r\u00e9alisation et l\u2019action dans lesquelles il a trouv\u00e9 sa m\u00e9thode et sa voie. L\u2019action de Lebret a un point de d\u00e9part apostolique. Entr\u00e9 dans les ordres en 1923, il est nomm\u00e9 aum\u00f4nier des p\u00eacheurs breton en 1929. On lui demande de sauver des \u00e2mes dans ce milieu touch\u00e9 gravement par la crise et bien tenu par la C.G.T. Il va d\u2019abord lancer la Jeunesse Maritime Chr\u00e9tienne, un mouvement d\u2019action catholique, mais il se rend tr\u00e8s vite compte que l\u2019apostolat seul n\u2019accroche pas. Il cr\u00e9e alors en 1932 un Secr\u00e9tariat Social Maritime. Lebret commence par le \u00absocial\u00bb mais pour conna\u00eetre mieux la situation des p\u00eacheurs, il lance une enqu\u00eate dans 300 ports. Cette enqu\u00eate reste peu technique mais c\u2019est l\u00e0 que Lebret d\u00e9couvre l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019enqu\u00eate de terrain, du travail m\u00e9thodique \u00e0 partir du terrain, de la connaissance du milieu.<\/p>\n<p>Lebret cr\u00e9e un syndicat chr\u00e9tien de marins \u00e0 Saint-Malo qui concurrence la C.G.T. Il y rencontre E. Lamort, un patron p\u00eacheur avec lequel il fonde un tandem particuli\u00e8rement efficace et dont la strat\u00e9gie se pr\u00e9cise \u00e0 partir de 1935. Lebret cr\u00e9e une Ecole Normale Sociale Maritime, puis le journal \u00abLa voix du marin\u00bb. 1500 proc\u00e8s sont intent\u00e9s aux propri\u00e9taires de bateaux. Au 300\u00e8me gagn\u00e9, les patrons baissent les bras et pr\u00e9f\u00e8rent n\u00e9gocier.<\/p>\n<p>Avec E. Lamort, Lebret d\u00e9veloppe et intensifie ses actions dans deux directions:<\/p>\n<p>\u25cf Celle du syndicat en cr\u00e9ant la F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise des Syndicats Professionnels des Marins (qui existe toujours). C\u2019est un syndicat mixte regroupant les matelots et les patrons p\u00eacheurs. La C.G.T. sera oblig\u00e9e de suivre ce mod\u00e8le syndical! Le syndicat veut organiser les campagnes de p\u00eache dans chaque port, des comit\u00e9s locaux seront constitu\u00e9s pour r\u00e9guler la p\u00eache. Ces comit\u00e9s veulent une reconnaissance de leur action; elle leur sera donn\u00e9e en 1935 par W. Bertrand (un ministre franc-ma\u00e7on qui semble s\u2019\u00eatre bien entendu avec Lebret).<\/p>\n<p>\u25cf Celle de l\u2019organisation des comit\u00e9s interprofessionnels par esp\u00e8ce qui g\u00e9rent la p\u00eache \u00e0 partir du march\u00e9 et de ses sp\u00e9cificit\u00e9s. L\u2019articulation entre l\u2019action locale (syndicale) et verticale (les comit\u00e9s interprofessionnels) pr\u00e9figure ce qui deviendra la Corporation des P\u00eaches.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la guerre, Lebret et Lamort g\u00e9n\u00e9raliseront leur action, se battront pour la prise de mesures protectionnistes pour pr\u00e9server les march\u00e9s fran\u00e7ais\u2026. Leur action est officialis\u00e9e par un d\u00e9cret de 1938 qui organise le secteur, parall\u00e8lement la SDN lui confie une mission d\u2019\u00e9tude sur les p\u00eaches mondiales.<\/p>\n<p>Puis ce sera la cr\u00e9ation, pendant l\u2019Occupation, de la Corporation des P\u00eaches. Lebret n\u2019a pas peur de l\u2019\u00e9tiquette corporatiste (il \u00e9crira m\u00eame: \u00abLes anticipations corporatives\u00bb et recevra \u00e0 ce propos les f\u00e9licitations de Perroux lui-m\u00eame, \u00e0 l\u2019\u00e9poque tr\u00e8s corporatiste).<\/p>\n<p>Pour lui, l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre dirig\u00e9e et organis\u00e9e; ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019Etat de la faire (il doit d\u00e9l\u00e9guer ses pouvoirs) mais \u00e0 la Corporation. Lebret est ainsi tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise avec les premiers discours de la R\u00e9volution Nationale et r\u00e9dige en 1941 les textes fondateurs de la Corporation et du Comit\u00e9 Corporatif des P\u00eaches.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 partir de l\u00e0, Lebret se d\u00e9sinvestit du secteur. Il cr\u00e9e Economie et Humanisme. Pour lui, tout semble en place et peut vivre sans lui; il part pour un autre chantier. Il revient \u00e0 deux moments sur le dossier des p\u00eaches: en 1945, pour la mise au point de l\u2019ordonnance qui reprendra l\u2019essentiel des dispositions de 1941 abrog\u00e9es en 1944, et en 1950, avec la publication d\u2019un ouvrage de l\u2019INSEE sur la p\u00eacherie mondiale et le march\u00e9 du poisson.<\/p>\n<p>Il reste du mouvement des p\u00eaches, le travail de la Jeunesse Maritime Chr\u00e9tienne, qui a form\u00e9 des militants pour ce secteur pauvre en hommes de valeur, le Secr\u00e9tariat Social Maritime et La F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise des Syndicats Professionnels de Marins.<\/p>\n<p><em>1.2. Le fondateur et directeur d\u2019Economie &amp; Humanisme<\/em><\/p>\n<p>La fondation d\u2019Economie &amp; Humanisme est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 Pau en juillet 1940 o\u00f9 la d\u00e9bandade de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a amen\u00e9 Lebret. Il y rencontre Jean Marius Gatheron, haut fonctionnaire du Minist\u00e8re de l\u2019agriculture et Edmond Laulh\u00e8re, chef d\u2019une petite entreprise de postes de radio. Gatheron condamne le capitalisme qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019or au pain et pr\u00f4ne la reconstruction de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 partir des communaut\u00e9s rurales de base. Laulh\u00e8re, \u00e9conomiste autodidacte, pr\u00f4ne un socialisme utopique qui reconstruirait l\u2019\u00e9conomie \u00e0 partir des besoins. Vont les rejoindre: Fr. Perroux qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque entreprend une relecture du Capitalisme et se passionne pour l\u2019\u00e9conomie communautaire et le corporatisme, R. Moreux un ancien du mouvement de Saint-Malo et G\u00e9rard Esperet de la C.F.T.C.<\/p>\n<p>Lebret avait d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9 un centre d\u2019\u00e9tude d\u00e8s 1938. Il d\u00e9sirait le nommer \u00abCentre international d\u2019\u00e9tude du Marxisme\u00bb. Il s\u2019agissait moins d\u2019\u00e9tudier le Marxisme que de confronter la th\u00e9orie aux deux faits qu\u2019elle consid\u00e9rait comme \u00e9troitement li\u00e9s: le fait \u00e9conomique et le fait humain. Le nom d\u2019Economie &amp; Humanisme trouve son origine dans cette intention.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est cependant qu\u2019en septembre 1941 les statuts de l\u2019association Economie &amp; Humanisme sont d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9fecture des Bouches du Rh\u00f4ne. L\u2019association \u00e0 trois objectifs:<\/p>\n<p>&#8211; Etudier par des enqu\u00eates les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques, sociale et humaine.<br \/>\n&#8211; Provoquer des travaux scientifiques permettant de comprendre comment remettre l\u2019\u00e9conomie au service de l\u2019homme.<br \/>\n&#8211; Susciter dans les r\u00e9gions et les professions des techniciens et des professionnels capables de d\u00e9terminer concr\u00e8tement les conditions du bien commun.<\/p>\n<p>C\u2019est en 1942 qu\u2019appara\u00eet le Manifeste qui a \u00e9t\u00e9 le tournant d\u2019Economie &amp; Humaine. Enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9 par Lebret, c\u2019est un appel \u00e0 tous ceux qui veulent conna\u00eetre m\u00e9thodiquement la donn\u00e9e \u00e9conomique et sociale pour la transformer. Jusqu\u2019\u00e0 sa publication, on ne sait pas tr\u00e8s bien ce qu\u2019est Economie &amp; Humanisme, sinon une \u00e9quipe de dominicains et de la\u00efcs. De son c\u00f4t\u00e9, Lebret collabore avec Vichy \u00e0 propos de l\u2019organisation des p\u00eaches et esp\u00e8re le faire contribuer \u00e0 mettre en place une organisation corporative de l\u2019\u00e9conomie. Ce n\u2019est qu\u2019en 1943 qu\u2019il d\u00e9noncera dans une lettre au Mar\u00e9chal P\u00e9tain la mise en place d\u2019un corporatisme descendant bien diff\u00e9rent du corporatisme associatif qu\u2019il d\u00e9sire. Parall\u00e8lement, il tisse des relations avec le r\u00e9seau de l\u2019Ecole des cadres d\u2019Uriage et Economie &amp; Humanisme abritera \u00e0 Ecully des juifs recherch\u00e9s par la police. L\u2019ancien de la Royale et l\u2019ancien sympathisant AF, s\u2019il a du mal \u00e0 devenir un rebelle, sut toujours garder ses distances avec Vichy, il cherche plus des subsides qu\u2019une collaboration. \u00ab<em>Il faut, disait-t-il, en reprenant \u00e0 son compte la formule d\u2019un des dominicains membres de l\u2019\u00e9quipe d\u2019EH, couchez avec l\u2019Etat au nom de l\u2019immanence et le faire cocu au nom de la transcendance<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut attendre 1945 pour qu\u2019Economie &amp; Humanisme soit plus qu\u2019un centre de pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Economie &amp; Humanisme appara\u00eet alors comme un mouvement qui g\u00e9n\u00e8re un des \u00e9quipes de travail. Avec Jean Labasse, il collabore aux Nouvelles Equipes internationales, participe \u00e0 la naissance du mouvement europ\u00e9en, tente sans succ\u00e8s de contrecarrer l\u2019orientation droiti\u00e8re du MRP, puis se lie aux \u00e9quipes de Vie Nouvelle.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, aux \u00e9quipes locales d\u2019Economie apparaissent des centres d\u2019\u00e9tudes: le CREDOC \u00e0 Nantes, l\u2019IMSAC \u00e0 Marseille, l\u2019Association dauphinoise d\u2019\u00e9tude des complexes sociaux \u00e0 Grenoble, la SAGMA puis le CRESAL \u00e0 Saint-Etienne, le CIEDEHL en Lorraine\u2026.<\/p>\n<p>Ces \u00e9quipes locales et ces centres d\u2019\u00e9tude ne sont pas \u00e0 proprement parler des fondations Lebret. Il avait jet\u00e9 une semence et d\u2019autres la saisissaient et pour mettre en \u0153uvre l\u2019\u00e9conomie humaine. Ces \u00e9quipes et ces centres sont tr\u00e8s autonomes mais participent \u00e0 l\u2019association Economie et Humanisme. Ces groupes font appel \u00e0 Lebret, \u00e0 l\u2019\u00e9quipe centrale, pour des aides, des r\u00e9flexions, des formations\u2026. Toutefois, ils ne sont pas gouvern\u00e9s par l\u2019\u00e9quipe centrale. Ils ne forment pas une f\u00e9d\u00e9ration mais \u00e9changent entre eux, gr\u00e2ce aux sessions, \u00e0 Thomas Suavet qui fait le lien avec Lebret et \u00e0 \u00abEfficacit\u00e9\u00bb, le bulletin qui est l\u2019\u00e9cho de ce qui se fait et se cherche. Ils sont financ\u00e9s localement ou par leurs membres. Ils prolongent la r\u00e9flexion d\u2019E.H., offrent des lieux d\u2019exp\u00e9rimentation, ouvrent E.H. \u00e0 des questions nouvelles. Leurs \u00e9tudes concernent l\u2019habitat, l\u2019\u00e9quilibre d\u00e9mographique, les budgets familiaux, les \u00e9quipements\u2026. Dans toute cette p\u00e9riode, qui se cl\u00f4t vers 1956-1957, il y a une grande foi dans la possibilit\u00e9 de d\u00e9terminer, pour une collectivit\u00e9 territoriale donn\u00e9e, par l\u2019analyse et la mise en \u0153uvre de la \u00abm\u00e9thode\u00bb, les urgences et les priorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cependant, par suite de sa structure complexe et des difficult\u00e9s financi\u00e8res, Economie &amp; Humanisme conna\u00eet de multiples crises successives mais toujours surmont\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y avait dans Economie &amp; Humanisme trois, sinon quatre entit\u00e9s distinctes: le Couvent qui r\u00e9unissait tous les Dominicains travaillant avec E.H., un centre d\u2019\u00e9tudes qui vivait de ses travaux et auquel appartenait l\u2019\u00e9quipe du CNRS, l\u2019association d\u2019Economie &amp; Humanisme et enfin la Revue Economie et Humanisme. De plus, les ordinaires des Provinces avaient un r\u00f4le statutaire dans l\u2019association.<\/p>\n<p>Des tensions apparaissent r\u00e9guli\u00e8rement entre ces entit\u00e9s et l\u2019unit\u00e9 n\u2019est maintenue que par la personne de Lebret. La principale crise sera celle du d\u00e9part d\u2019Henri Desroches; son ouvrage \u00abLa signification du Marxisme\u00bb suscite des r\u00e9actions hostiles, sa position refusant une troisi\u00e8me voie entre le communisme et le capitalisme une lev\u00e9e de boucliers. Lebret, \u00e0 travers ses r\u00e9seaux, tente de le d\u00e9fendre mais lorsque Henri Desroches demande l\u2019abandon de la structure du Centre d\u2019\u00e9tude emp\u00eatr\u00e9e selon lui dans la m\u00e9thodologie, c\u2019est la rupture. Elle sera effective en janvier 1951. En fait, d\u00e8s cette \u00e9poque, Lebret a une pr\u00e9occupation bien \u00e9loign\u00e9e de celle de l\u2019Henri Desroches de l\u2019\u00e9poque: le Tiers Monde.<\/p>\n<p><em>1.3. L\u2019expert en d\u00e9veloppement<\/em><\/p>\n<p>En 1947, invit\u00e9 au Br\u00e9sil, Lebret per\u00e7oit les probl\u00e8mes pos\u00e9s par les pays en voie de d\u00e9veloppement et les consid\u00e8re comme plus importants que ceux que l\u2019Europe affronte. A partir de 1952, il retourne plusieurs fois au Br\u00e9sil et m\u00e8ne des investigations dans des Pays en voie de d\u00e9veloppement. Plusieurs pays ou R\u00e9gions (Br\u00e9sil, S\u00e9n\u00e9gal, Colombie, Vietnam, Liban) lui confient l\u2019analyse de leur situation \u00e9conomique et sociale et leurs projets de d\u00e9veloppement. Peu \u00e0 peu, \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019enqu\u00eates sur le terrain, Lebret va \u00e9laborer une dynamique concr\u00e8te et syst\u00e9mique du d\u00e9veloppement et \u00eatre une des grandes voix qui feront percevoir l\u2019urgence des probl\u00e8mes des pays en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Au Br\u00e9sil il est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes la SAGMACS confi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9quipe d\u2019EH du Br\u00e9sil anim\u00e9 par Don Benvenuto de Santa Cruz. Par contre en d\u00e9pit du grand congr\u00e8s international sur l\u2019Economie Humaine tenu \u00e0 Sao Paulo en 1954 il ne parviendra pas \u00e0 fonder pour l\u2019Am\u00e9rique Latine un centre \u00e9quivalent \u00e0 Economie et Humanisme. La CEPAL de Presbisch avec lequel il a des contacts r\u00e9guliers occupe le terrain.<\/p>\n<p>En France, pour devenir le support logistique des travaux concernant le d\u00e9veloppement est cr\u00e9\u00e9e en 1957 la CINAM (Compagnie d\u2019Etudes Industrielles et d\u2019Am\u00e9nagement du territoire). Lebret lui accorde son patronage. Il s\u2019agit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui deviendra par la suite une SCOP dont les deux principaux initiateurs sont George C\u00e9lestin et Andr\u00e9 Chomel, du Cr\u00e9dit Coop\u00e9ratif, mais c\u2019est George C\u00e9lestin qui abandonnant le Cr\u00e9dit Coop\u00e9ratif s\u2019engage dans l\u2019Aventure Puis en 1958, il fonde l\u2019IRFED (Institut de Recherche et de Formation en vue du D\u00e9veloppement) et avec Castro l\u2019ASCOFAM (l\u2019association mondiale de lutte contre la faim). Parall\u00e8lement est cr\u00e9\u00e9 avec l\u2019Abb\u00e9 Pierre l\u2019IRAMM pour le d\u00e9veloppement des communaut\u00e9s de base, il est dirig\u00e9 par Y. Goussault. Des liens sont alors repris avec H.Desroches et son Coll\u00e8ge Coop\u00e9ratif.<\/p>\n<p>Lebret multiplie les voyages, lance des enqu\u00eates, r\u00e9alise des sessions de formation et cr\u00e9e notamment en Afrique et en Am\u00e9rique latine de nombreux organismes et groupes relais de son action pour le d\u00e9veloppement solidaire. En d\u00e9pit du drame qui fut pour lui la rupture entre Senghor et Mamadou Dia, il d\u00e9fend les dossiers du S\u00e9n\u00e9gal aupr\u00e8s de De Gaulle.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions de Lebret sur un d\u00e9veloppement solidaire seront synth\u00e9tis\u00e9es dans l\u2019ouvrage \u00abSuicide ou survie de l\u2019Occident?\u00bb \u00e9crit en octobre 1958 et dans le second manifeste d\u2019Economie et humanisme paru en 1959 \u00abPour une Civilisation Solidaire\u00bb.<\/p>\n<p>En 1960, Lebret lance la revue D\u00e9veloppement et Civilisation et va \u00e0 peu consacrer le principal de ses activit\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches d\u2019Eglise: il accompagne Helder Camara au Concile comme expert, Paul VI officialise ce retour, il devient repr\u00e9sentant du Saint-Si\u00e8ge \u00e0 la Conf\u00e9rence de l\u2019ONU sur l\u2019application de la science et de la technique (1963), porte-parole du Saint-Si\u00e8ge \u00e0 la Conf\u00e9rence sur le Commerce et le D\u00e9veloppement (CNUCED).<\/p>\n<p>A la demande de Paul VI, il fournit les analyses qui permettront la r\u00e9daction de l\u2019encyclique Populorum Progressio, et toujours \u00e0 la demande de Paul VI, pr\u00e9pare un projet d\u2019Ecole des Nonces, sorte d\u2019ENA pontificale qui donnerait aux Nonces une solide formation \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pour le vingti\u00e8me anniversaire de sa mort, une ann\u00e9e Lebret a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e au Br\u00e9sil. Au BIT, un grand colloque Lebret r\u00e9unissant 300 personnes a eu lieu \u00e0 Gen\u00e8ve avec le concours de la CNUCED. Un viaduc porte son nom \u00e0 Rio de Janeiro, une place \u00e0 Lyon. Un fond Lebret regroupant toutes les archives de L.J. Lebret a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 \u00e0 la Bioblioth\u00e8que nationale.<\/p>\n<p><em><strong>2 . L\u2019humaniste chr\u00e9tien<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Lebret a aim\u00e9 la vie et les hommes. Il ne m\u00e9prisait pas le bonheur de vivre. Il n\u2019avait rien d\u2019un asc\u00e8te et affirmait \u00ab<em>il est toujours permis de boire pourvu que ce ne soit pas nuitamment et seulement<\/em>\u00bb. Son plus beau compliment \u00e9tait, quand on avait bien bu et bien mang\u00e9, de vous dire \u00ab<em>tu es digne de la marine<\/em>\u00bb. Au cours de ses voyages minut\u00e9s, il sut toujours faire un d\u00e9tour pour aller d\u00e9jeuner chez un ami ou coucher chez un autre.<\/p>\n<p>Sa derni\u00e8re parole fut pour c\u00e9l\u00e9brer la vie. Aux jeunes infirmi\u00e8res qui allaient l\u2019anesth\u00e9sier pour l\u2019op\u00e9ration dont il ne reviendra pas, il dit en les d\u00e9signant: \u00ab<em>c\u2019est beau la vie! il faut bourlinguer pour elle<\/em>!\u00bb.<\/p>\n<p><em>2.1. Promouvoir l\u2019Economie Humaine<\/em><\/p>\n<p>Lebret est un humaniste qui croit en l\u2019homme et \u00e0 sa capacit\u00e9 de promouvoir un monde plus solidaire. Il admirait les r\u00e9ussites humaines. Dans son journal \u00e0 propos d\u2019un pauvre p\u00eacheur br\u00e9silien il \u00e9crit \u00ab<em>quand on regarde bien, un homme est le plus beau des paysages<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Comme Fr. Perroux, Lebret veut promouvoir une \u00ab<em>\u00e9conomie pour l\u2019homme, pour tout l\u2019homme, pour tous les hommes<\/em>\u00bb. Il disputera d\u2019ailleurs \u00e0 Perroux la paternit\u00e9 de cette phrase et finalement, clin d\u2019\u0153il d\u2019outre tombe ou reconnaissance de son emprunt, dans Popularum Progressio, il la fera attribuer par Paul VI \u00e0 Maritain, ce qui mit Perroux dans une humeur massacrante.<\/p>\n<p>Pour lui l\u2019Economie Humaine doit reposer sur trois piliers :<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019id\u00e9al communautaire<br \/>\n&#8211; Une hi\u00e9rarchie des besoins<br \/>\n&#8211; La solidarit\u00e9.<\/p>\n<p><em>L\u2019id\u00e9al communautaire<\/em><\/p>\n<p>Pour Lebret, l\u2019homme se construit dans les rapports sociaux, au sein de sa famille, de son village, de son quartier, de sa profession, de ses engagements. D\u00e8s Saint-Malo, il affirme la n\u00e9cessit\u00e9 de cet enracinement. Il est en cela fid\u00e8le \u00e0 la tradition catholique et rejette la philosophie individualiste de 1789. Il aura m\u00eame beaucoup de r\u00e9ticences vis \u00e0 vis du suffrage universel et pour la m\u00eame raison condamnera le lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>\u00ab<em>L\u2019Utopie Communautaire<\/em>\u00bb est au centre des r\u00e9flexions de la premi\u00e8re \u00e9poque d\u2019Economie et Humanisme. Lebret est influenc\u00e9 par Gatheron et Thibon mais contrairement \u00e0 ce dernier, il croit au progr\u00e8s et rejette son pessimisme. En ce qui concerne Gatheron, il est sensible \u00e0 critique de Fran\u00e7ois Perroux qui \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui lui reproche de r\u00eaver avec Gatheron \u00e0 un retour au Moyen Age et \u00e0 l\u2019autosuffisance des communaut\u00e9s de base. La rencontre avec la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re de Boimondau de Marcel Barbu et l\u2019influence du P\u00e8re Loew contribue aussi \u00e0 l\u2019\u00e9loigner du ruralisme de Gatheron. Par contre, il refuse le communautarisme institutionnel pr\u00f4n\u00e9 par Fran\u00e7ois Perroux tr\u00e8s engag\u00e9 dans les projets corporatistes de Vichy. Pour Perroux, c\u2019est \u00e0 l\u2019Etat de fonder les institutions corporatistes et de faire ressurgir la m\u00e9moire communautaire pour \u00e9carter le danger de l\u2019individualisme destructeur du lien social. Pour Lebret, c\u2019est l\u2019engagement et le combat de chacun qui permet aux communaut\u00e9s de base d\u2019exister et de se d\u00e9velopper. Cette position le rapproche du personnalisme communautaire d\u2019Emmanuel Mounier. Les contacts avec l\u2019\u00e9cole des cadres d\u2019Uriage puis ceux avec le groupe Esprit de Grenoble feront le reste.<\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9conomie des besoins<\/em><\/p>\n<p>La premi\u00e8re formulation de l\u2019\u00e9conomie des besoins est apport\u00e9e par Edmond Lhaul\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Lebret, l\u2019homme a des besoins et c\u2019est \u00e0 partir d\u2019eux que l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre organis\u00e9e. Il les analyse \u00e0 partir d\u2019enqu\u00eate mais aussi il les hi\u00e9rarchise. Il distingue ainsi:<\/p>\n<p>Les besoins primaires, ils sont essentiels. Ils permettent \u00e0 l\u2019homme d\u2019assurer sa survie et sa dignit\u00e9. Le besoin de sociabilit\u00e9 est pour Lebret un des besoins primaires essentiels. L\u2019\u00e9conomie doit assurer en priorit\u00e9 leur satisfaction \u00e0 chaque homme et \u00e0 chaque peuple.<\/p>\n<p>Les besoins secondaires, ils ne sont que de confort. Permis par le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et impos\u00e9s par la pression des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, ils sont devenus indispensables sans \u00eatre pour autant n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Les besoins tertiaires, ils permettent aux hommes de se d\u00e9passer. Ils sont tout aussi indispensables que les biens essentiels car leur satisfaction valorise l\u2019homme. Lebret y met \u00e0 la fois les besoins culturels mais aussi les besoins de beaut\u00e9, de cr\u00e9ativit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Ces trois secteurs doivent pour Lebret \u00eatre trait\u00e9s diff\u00e9remment, le moins prioritaire est celui des besoins secondaires, c\u2019est pourtant celui que le capitalisme a le plus d\u00e9velopp\u00e9. En tant qu\u2019\u00e9conomiste, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sceptique sur cette approche moralisante de l\u2019\u00e9conomie mais elle va cependant avoir, au-del\u00e0 de la vision humaniste, des cons\u00e9quences importantes dans les d\u00e9marches scientifiques de Lebret.<\/p>\n<p><em>La solidarit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>La solidarit\u00e9 sera au c\u0153ur de son action et de sa r\u00e9flexion concernant le d\u00e9veloppement. Ici c\u2019est sans doute son ouvrage \u00abSuicide ou Survie de l\u2019Occident\u00bb paru en 1958, sa version vulgaris\u00e9e, le \u00abDrame du Si\u00e8cle\u00bb parue l\u2019ann\u00e9e suivante qui expriment le mieux la pens\u00e9e de Lebret en ce domaine. Dans ces deux ouvrages, il d\u00e9nonce l\u2019inconscience des nantis: \u00ab<em>le plus grand mal du si\u00e8cle n\u2019est pas la pauvret\u00e9 des d\u00e9munis mais l\u2019inconscience des nantis<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Il y affirme le droit de tous les peuples au d\u00e9veloppement mais et au partage des ressources:<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re a des droits sur les mati\u00e8res premi\u00e8res poss\u00e9d\u00e9es par un peuple<br \/>\n&#8211; L\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re a droit aux avanc\u00e9es techniques et scientifiques<br \/>\n&#8211; L\u2019humanit\u00e9 d\u00e9pourvue a le droit d\u2019attendre de l\u2019humanit\u00e9 pourvue l\u2019assistance technique et financi\u00e8re qui lui permettra d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9gression et de couvrir ses besoins essentiels.<\/p>\n<p>\u00ab<em>La totalit\u00e9 des ressources du monde doit \u00eatre exploit\u00e9e de telle sorte que l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re en soit la b\u00e9n\u00e9ficiaire<\/em>\u00bb d\u00e9clare-t-il en 1964 au nom du Vatican \u00e0 la tribune de la CNUCED et il ajoute \u00ab<em>ce sont tous les \u00e9changes qu\u2019il faut am\u00e9nager afin que chacun re\u00e7oive et donne<\/em>\u00bb. Il rejoint les grandes intuitions du Perroux de l\u2019\u00e9poque \u00e0 propos de l\u2019\u00e9conomie du don.<\/p>\n<p>Une r\u00e9volution compl\u00e8te s\u2019impose beaucoup plus compl\u00e8te et universelle que les r\u00e9volutions du pass\u00e9. Il faut promouvoir une civilisation nouvelle \u00ab<em>elle ne peut \u00eatre que la civilisation du plus \u00eatre dans l\u2019\u00e9quitable distribution de l\u2019avoir<\/em>\u00bb. Lebret appara\u00eetra alors comme le porte-parole de ce que l\u2019on nomma le \u00abtiers-mondisme chr\u00e9tien\u00bb. Toutefois, \u00e0 la diff\u00e9rence de bien des tiers-mondistes, il ne se contente pas de d\u00e9nonciation, il se bat sur le terrain et \u00e9labore des m\u00e9thodes.<\/p>\n<p><em>2.2. Promouvoir un Catholicisme int\u00e9gral<\/em><\/p>\n<p>Ce projet humaniste du P\u00e8re Lebret est en permanence fond\u00e9 par sa foi de chr\u00e9tien et son d\u00e9sir de promouvoir un catholicisme prenant en compte toutes les dimensions de l\u2019homme. Il s\u2019oppose ainsi au \u00abCatholicisme Social\u00bb qui ne prend pas suffisamment au s\u00e9rieux le domaine \u00e9conomique et ses contraintes. D\u00e8s Saint-Malo, son action pour \u00e9vang\u00e9liser les marins p\u00eacheurs est aussi un combat pour transformer les conditions \u00e9conomiques de la p\u00eache. Tout en affirmant la primaut\u00e9 du spirituel il refuse de s\u2019y enfermer. Il prend en charge la totalit\u00e9 des probl\u00e8mes qu\u2019affrontent les marins p\u00eacheurs. Il cr\u00e9e la JMC, rejoint les pr\u00e9occupations de la JOC cr\u00e9\u00e9e en Belgique Cardjin o\u00f9 encore celles de la JAC qui aura par la suite des relations tr\u00e8s \u00e9troites avec Economie et Humanisme. L\u2019humanisme int\u00e9gral de Maritain d\u00e9bouche chez Lebret sur Christianisme int\u00e9gral.<\/p>\n<p>Il op\u00e8re ainsi une v\u00e9ritable r\u00e9volution dans le Catholicisme Social (sur les 40 premi\u00e8res Semaines Sociales aucune n\u2019est centr\u00e9e sur un probl\u00e8me \u00e9conomique, tout au plus, y trouve-t- on des analyses financi\u00e8res car posant des probl\u00e8mes moraux \u00e0 propos des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et de la sp\u00e9culation). Son influence sera aussi tr\u00e8s grande sur les syndicalistes chr\u00e9tiens, en les incitant \u00e0 approfondir leurs connaissances \u00e9conomiques et \u00e0 ne pas simplement se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise. Les militants syndicaux chr\u00e9tiens en contact avec Economie et Humanisme ont \u00e9t\u00e9 de ceux qui ont fait transformer la CFTC en CFDT. La JAC sera la p\u00e9pini\u00e8re des futurs responsables de l\u2019agriculture fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>En poursuivant son action pour une \u00e9conomie humaine et de d\u00e9veloppement, le P\u00e8re Lebret n\u2019a jamais eu ainsi l\u2019impression de ne pas travailler pour l\u2019Eglise. \u00ab<em>Je suis<\/em>, disait-il avec un sourire aux l\u00e8vres,\u00a0<em>le missionnaire des structures<\/em>\u00bb. Il ne cesse d\u2019envoyer des notes \u00e0 des Ev\u00eaques et \u00e0 Rome sur la situation du Monde, telle qu\u2019elle lui apparaissait, sur l\u2019action que devaient entreprendre les chr\u00e9tiens face \u00e0 cette situation, sur la strat\u00e9gie que l\u2019Eglise et l\u2019ordre dominicain devraient avoir. Il souffre des lourdeurs de l\u2019Eglise et de ses incompr\u00e9hensions ou de ses l\u00e2chet\u00e9s, il ne rompt jamais avec elle. \u00ab<em>Plus, disait-il, on est attach\u00e9 \u00e0 l\u2019Eglise par toutes ses fibres plus on acquiert une saine libert\u00e9 pour la critiquer<\/em>\u00bb. Il y a chez ce Breton la libert\u00e9 de parole d\u2019un moine du Moyen Age. A Paul VI qui, dans une audience solennelle qui a consacr\u00e9 le recours en gr\u00e2ce de Lebret, lui dit \u00ab<em>les choses ont bien chang\u00e9 pour vous P\u00e8re Lebret<\/em>\u00bb, Lebret tout en regardant le faste de la salle, les gardes pontificaux les croix pectorales et les bagues des cardinaux r\u00e9pondit \u00ab<em>Pour vous aussi tr\u00e8s Saint-P\u00e8re!<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><em>2.3. Une spiritualit\u00e9 enracin\u00e9e dans l\u2019action<\/em><\/p>\n<p>Ce qui permit \u00e0 ce breton obstin\u00e9 et t\u00eatu, qui re\u00e7ut bien des coups et connut bien des \u00e9checs de continuer \u00e0 tracer son sillon, c\u2019est qu\u2019il fut aussi un mystique. Mais \u00e0 sa mani\u00e8re sans jamais la s\u00e9parer de l\u2019action. Il n\u2019y eut jamais de coupure ni de tension entre la contemplation et l\u2019action. \u00ab<em>Je ne connais disait-il qu\u2019une spiritualit\u00e9 : je marche<\/em>\u00bb. Il trouvait Dieu dans l\u2019action. Certaines des pages de ses livres de spiritualit\u00e9 montrent qu\u2019il a sans doute eu une connaissance de Dieu tr\u00e8s profonde, une exp\u00e9rience mystique de son myst\u00e8re et de ce qu\u2019il sentait \u00eatre son message.<\/p>\n<p><strong>3. Lebret le scientifique<\/strong><\/p>\n<p><em>3.1. Une \u00e9laboration scientifique enracin\u00e9e dans l\u2019action<\/em><\/p>\n<p>Lebret est un empirique dont l\u2019action fonde et permet son \u00e9laboration th\u00e9orique. L\u2019exp\u00e9rience pr\u00e9c\u00e8de la formalisation. Il n\u2019ignore pas les th\u00e9ories \u00e9conomiques. Dans les ann\u00e9es 1930, il a lu et annot\u00e9 le Capital de Marx, il est aussi un des premiers fran\u00e7ais \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 Keynes. En d\u00e9pit de relations difficiles, il ne perd jamais le contact avec Fran\u00e7ois Perroux. Il dialogue avec des experts tels Presbisch de la CEPAL ou S\u00e9bbr\u00e9gondi de la SVIMEZ et \u00e9labore son approche de l\u2019\u00e9conomie humaine en dehors de l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour comprendre le monde dans lequel il vit et les probl\u00e8mes qu\u2019il doit affronter, il multiplie les enqu\u00eates et met au point des m\u00e9thodes. Ses abondantes taxinomies ne sont pas le signe d\u2019un manque de formalisation de sa pens\u00e9e, elles lui permettent de d\u00e9passer les m\u00e9thodes statistiques et les quantifications habituelles, elles lui fournissent des outils pour critiquer les grands mod\u00e8les de d\u00e9veloppement. Ses collaborations \u00e0 la mise en place de plan d\u2019am\u00e9nagement du territoire ou d\u2019urbanisme lui font jeter des ponts entre la g\u00e9ographie humaine et l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 rechercher comment au travers d\u2019une structure spatiale s\u2019\u00e9tablissent les relations entre les activit\u00e9s \u00e9conomiques et les populations. Sa participation \u00e0 la mise en place de plan d\u00e9veloppement d\u00e9bouche sur l\u2019\u00e9laboration d\u2019une dynamique concr\u00e8te du d\u00e9veloppement. A chaque \u00e9tape il l\u2019\u00e9largit l\u2019approche \u00e9conomique et casse les barri\u00e8res entre les disciplines. Certes il veut \u00eatre reconnu en tant que scientifique, il est heureux de son poste au CNRS mais il d\u00e9nonce la vanit\u00e9 des approches th\u00e9oriques portant sur le d\u00e9veloppement, l\u2019oppose \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 d\u2019un empirisme qui lui para\u00eet \u00eatre une \u00e9tape n\u00e9cessaire vers une th\u00e9orie plus g\u00e9n\u00e9rale du d\u00e9veloppement. Lebret ne part pas d\u2019une vision th\u00e9orique, il affronte des probl\u00e8mes de terrain et se donne une boite \u00e0 outils pour r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes. Tout en bricolant, il \u00e9largit l\u2019horizon de l\u2019analyse scientifique et ce qui en faisait autrefois un marginal le rend aujourd\u2019hui plus recevable.<\/p>\n<p><em>3.2. Une approche scientifique autonome<\/em><\/p>\n<p>Dans son action Lebret ne cherche cependant pas \u00e0 d\u2019abord v\u00e9rifier ou \u00e0 confronter des hypoth\u00e8ses scientifiques \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, il agit pour mettre en \u0153uvre ses objectifs humanistes et religieux. Cependant il se refuse \u00e0 d\u00e9duire son \u00e9laboration scientifique de sa foi ou de ses convictions politiques, transposant la phrase de Saint Thomas: \u00abEn Philosophie, faisons de la Philosophie\u00bb, il affirme: \u00abEn Economie, faisons de l\u2019\u00e9conomie\u00bb.<\/p>\n<p>Il ne nie pas l\u2019existence de relations entre ses convictions humanistes et sa foi, dans l\u2019immen- se champ des investigations possibles, ses convictions et sa foi lui font porter son attention sur tel ou tel domaine plut\u00f4t que sur tel autre. Il peut y avoir des \u00e9conomistes, des g\u00e9ographes ou des sociologues chr\u00e9tiens, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9conomie, de g\u00e9ographie ou de sociologie chr\u00e9tienne. Sa d\u00e9marche le met en porte-\u00e0-faux avec toute une partie des tenants de \u00abdoctrine sociale de l\u2019Eglise\u00bb qui transforment le discours pastoral en hypoth\u00e8ses scientifiques. Pour lui l\u2019Eglise a d\u2019abord une t\u00e2che proph\u00e9tique et la R\u00e9v\u00e9lation est une chose trop s\u00e9rieuse pour qu\u2019on en fasse l\u2019ingr\u00e9dient d\u2019une th\u00e9orie \u00e9conomique. Apr\u00e8s tout, la science n\u2019est qu\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019erreurs efficaces, elle ne dit pas le vrai mais ce qui est exact dans les conditions du moment et en fonction des outils dont elle dispose.<\/p>\n<p><em>3.3. Des avanc\u00e9es m\u00e9thodologiques fondamentales<\/em><\/p>\n<p><em>Une m\u00e9thode pour d\u00e9couvrir le r\u00e9el.<\/em><\/p>\n<p>Il reprend \u00e0 sa mani\u00e8re un conseil de Saint Thomas, il disait: \u00ab<em>Si tu veux savoir, va voir<\/em>\u00bb. Pour voir, il a mis peu \u00e0 peu au point une m\u00e9thode d\u2019enqu\u00eate dont les quatre tomes seront publi\u00e9s aux PUF avec l\u2019aide du CNRS entre 1951 et 1958. Il y pr\u00e9sente successivement la d\u00e9marche de l\u2019enqu\u00eateur, l\u2019enqu\u00eate rurale, l\u2019enqu\u00eate urbaine et l\u2019enqu\u00eate en vue de l\u2019am\u00e9nagement du territoire. Il s\u2019agit essentiellement d\u2019outils et de conseils pratiques \u00e0 la disposition de ceux qui veulent r\u00e9aliser des enqu\u00eates et pas simplement \u00e0 celle des experts. Pour Lebret ces outils doivent permettre \u00e0 tous les groupes qui agissent dans un milieu donn\u00e9 de mieux le comprendre. Ils serviront de support de l\u2019enqu\u00eate participation que d\u00e9veloppera par la suite un collaborateur d\u2019Economie et Humanisme, Robert Caillot.<\/p>\n<p>M\u00eame si Lebret l\u2019a rarement \u00e9voqu\u00e9, la multiplication des enqu\u00eates de base et notamment des niveaux de vie le rapproche des monographies de Le Play qui, \u00e0 la fin du XIXe Si\u00e8cle, a, lui aussi, multipli\u00e9 les enqu\u00eates sur les familles notamment ouvri\u00e8res. En d\u00e9pit de similitudes dans la d\u00e9marche, rien ne laisse supposer que Lebret s\u2019est inspir\u00e9 des travaux de Le Play. Le Play veut parvenir \u00e0 une typologie des types de familles europ\u00e9ennes et s\u2019inscrit dans une perspective conservatrice. Lebret veut comprendre les tenants et les aboutissants des situations auxquelles sont affront\u00e9s les hommes d\u2019aujourd\u2019hui et comment les transformer.<\/p>\n<p><em>Donner la primaut\u00e9 \u00e0 l\u2019approche territoriale<\/em><\/p>\n<p>Lebret n\u2019aura de cesse de \u00abspatialiser\u00bb les r\u00e9sultats de ses enqu\u00eates. Gr\u00e2ce une batterie de crit\u00e8res (qui varient en fonction de la nature de l\u2019enqu\u00eate), il divise les territoires en zones homog\u00e8nes et y projettent les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate. Il ne con\u00e7oit pas de r\u00e9sultats d\u2019enqu\u00eate que projet\u00e9s sur une carte. Lorsqu\u2019il \u00e9tudie une r\u00e9gion, il commence toujours par son survol en avion. Jean Labasse, le banquier g\u00e9ographe, a eu un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de la prise en compte du territoire dans l\u2019approche scientifique de Lebret. Bien entendu les travaux sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire seront d\u00e9cisifs. D\u00e8s 1951 il publie un article sur \u00ab<em>l\u2019am\u00e9nagement du territoire une science nouvelle<\/em>\u00bb. En 1952 il est \u00e0 l\u2019origine avec Claudius Petit, du premier colloque scientifique sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire. Sa rencontre avec George Sebbregondi un des fondateurs en Italie de la Svimez le fait passer de l\u2019empirisme \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation d\u2019une s\u00e9rie de principes directeurs qui seront repris dans le Plan d\u2019am\u00e9nagement des Pays Bas et en 1958 publie le\u00a0<em>Guide pratique de l\u2019am\u00e9nagement du territoire<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019approche territorialis\u00e9e et concr\u00e8te des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques, d\u00e9mographiques et sociaux, l\u2019emp\u00eachera toujours de tomber dans les applications simplistes que firent certains de la th\u00e9orie des p\u00f4les de d\u00e9veloppement et des industries industrialisantes de Fran\u00e7ois Perroux. Pour Lebret ce n\u2019est pas le \u00ab<em>p\u00f4le<\/em>\u00bb ou \u00ab<em>les industries industrialisantes<\/em>\u00bb qui permettent le d\u00e9veloppement mais la capacit\u00e9 de leur environnement \u00e0 se saisir de leurs effets positifs.<\/p>\n<p><em>Quantifier le qualitatif<\/em><\/p>\n<p>Par des m\u00e9thodes graphiques il chercher \u00e0 \u00ab\u00a0<em>objectiviser<\/em>\u00a0\u00bb le qualitatif. Dans l\u2019\u00e9tude des niveaux de vie, il met en relation les aspects relevant des modes de vie et d\u2019habitudes sociales avec les aspects plus quantifiables. Sa participation en 1953 \u00e0 la commission des Nations Unies pour la d\u00e9finition des crit\u00e8res \u00e0 prendre en compte dans l\u2019\u00e9tude des niveaux de vie sera d\u00e9terminante. Le plus \u00e9tonnant \u00e9tait sa m\u00e9thode empirique et graphique qu\u2019il utilisait pour mettre en relation les aspects quantitatifs et qualitatifs. Il \u00e9labore des graphiques en \u00e9toiles, que nous appelions les morpions, il superpose des calques en les \u00e9clairant par en dessous avec une lampe de grande puissance et essaie de comprendre les relations qu\u2019il per\u00e7oit. Apr\u00e8s sa mort, Benzecri se servira des \u00e9l\u00e9ments recueillis par L.J. Lebret au cours d\u2019enqu\u00eates sur les niveaux de vie au Liban pour mettre au point son analyse factorielle de donn\u00e9es et Pierre Verg\u00e8s sa m\u00e9thode des graphes. Il manqua au P\u00e8re Lebret l\u2019informatique pour progresser dans la math\u00e9matisation du quantitatif.<\/p>\n<p><em>Une approche interdisciplinaire<\/em><\/p>\n<p>Son refus d\u2019une coupure entre l\u2019\u00e9conomique, le social ou encore le culturel a oblig\u00e9 Lebret \u00e0 mettre en \u0153uvre une d\u00e9marche interdisciplinaire. Cette d\u00e9marche ne vise pas chez lui \u00e0 cr\u00e9er une nouvelle discipline. Bien avant que les entreprises g\u00e9n\u00e9ralisent la m\u00e9thode du &#8220;groupe projet&#8221;, il la met en oeuvre. Pour lui il s\u2019agissait de r\u00e9aliser une collaboration op\u00e9rationnelle entre experts et chercheurs de disciplines diff\u00e9rentes. Elle ne pouvait se r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre. Il sera l\u00e0 aussi \u00e0 l\u2019origine d\u2019une des premi\u00e8res rencontres sur le th\u00e8me de l\u2019interdisciplinarit\u00e9, quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es avant que le CNRS admette plus officiellement l\u2019interdisciplinarit\u00e9. Ici c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 faire travailler des \u00e9quipes acquises d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de la Royale qui a \u00e9t\u00e9 sans doute d\u00e9terminante.<\/p>\n<p><em>Une d\u00e9marche syst\u00e9mique<\/em><\/p>\n<p>Tous les \u00e9conomistes ont plus ou moins mis en \u0153uvre une d\u00e9marche syst\u00e9mique mais celle de Lebret a le plus de connivence avec les d\u00e9marches structuralistes contemporaines. Lebret n\u2019est pas cart\u00e9sien. Il d\u00e9finit l\u2019objet \u00e0 \u00e9tudier \u00e0 partir de ses objectifs et non \u00e0 partir de l\u2019\u00e9vidence de l\u2019objet lui-m\u00eame. Il veut voir d\u2019abord l\u2019ensemble, et refuse la d\u00e9marche r\u00e9ductionniste. L\u2019approche globale qui joue un tr\u00e8s grand r\u00f4le dans toutes ses enqu\u00eates, Lebret sait tr\u00e8s bien qu\u2019elle ne lui permettra pas de saisir l\u2019ensemble du tout \u00e0 \u00e9tudier, toute une partie restera immerg\u00e9e mais elle lui fait mieux comprendre les grandes relations fonctionnelles. Il recherche le projet organisateur du tout et non des relations de causalit\u00e9s et ne va pas du simple au complexe. En d\u00e9pit de la multiplication et de la minutie de ses analyses, il ne cherche pas \u00e0 \u00eatre exhaustif, il s\u00e9lectionne ce qui est pour lui le plus pertinent pour son objectif.<\/p>\n<p>Ces avanc\u00e9es m\u00e9thodologiques toujours li\u00e9es \u00e0 l\u2019action ont une cons\u00e9quence importante: Lebret refuse de confiner la science dans la sph\u00e8re des scientifiques. Non seulement il en fait des outils pour les experts mais aussi pour les \u00e0 tous les militants qui d\u00e9sirent avoir plus d\u2019efficacit\u00e9. Il multiplie les sessions qui leur sont destin\u00e9es, cr\u00e9e l\u2019IRFED et va promouvoir les premiers travaux de p\u00e9dagogie de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Il a ainsi particip\u00e9 au d\u00e9veloppement d\u2019un programme scientifique qui n\u2019est pas pr\u00eat de s\u2019arr\u00eater: celui de mettre l\u2019homme au c\u0153ur de la d\u00e9marche scientifique.<\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9veloppement, il a rencontr\u00e9 les efforts d\u2019un autre scientifique contemporain: Fran\u00e7ois Perroux. Si leurs d\u00e9marches ont pris des voies diff\u00e9rentes, elles \u00e9taient le plus souvent compl\u00e9mentaires. Je ne peux en conclusion qu\u2019\u00e9voquer ces compl\u00e9mentarit\u00e9s.<\/p>\n<p>Perroux recherche une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale qui mette le projet humain au centre de la science, il place les finalit\u00e9s humaines au c\u0153ur de sa th\u00e9orie. Lebret \u00e9labore des m\u00e9thodologies permettant de prendre en compte toutes les dimensions de l\u2019humain. Perroux est \u00e0 la recherche du d\u00e9passement de l\u2019\u00e9quilibre walarassien et d\u00e9bouche sur une analyse syst\u00e9mique ouverte. Lebret con\u00e7oit dans \u00ab<em>Dynamique concr\u00e8te du d\u00e9veloppement<\/em>\u00bb, les outils pour y parvenir. Perroux d\u00e9veloppe une th\u00e9orie des\u00a0co\u00fbts de l\u2019homme, Lebret met au point des m\u00e9thodes pour analyser les niveaux de vie et promeut une interdisciplinarit\u00e9 op\u00e9rationnelle. Perroux introduit l\u2019espace dans l\u2019analyse \u00e9conomique, un espace polaris\u00e9 et structur\u00e9, Lebret est un des pionniers de l\u2019am\u00e9nagement du territoire. Perroux \u00e9labore une th\u00e9orie du don, Lebret analyse ce qui permettrait de parvenir \u00e0 un monde plus solidaire et le d\u00e9fend dans les instances internationales et au Vatican. On pourrait prendre bien des exemples de cette compl\u00e9mentarit\u00e9 entre deux hommes qui n\u2019ont cess\u00e9 de tenter de dialoguer et de se disputer. Ces deux hommes de foi \u00e9taient trop diff\u00e9rents, non seulement l\u2019un \u00e9tait sourd et l\u2019autre Breton, mais surtout quand l\u2019un va tenter d\u2019ouvrir la th\u00e9orie \u00e9conomique \u00e0 l\u2019homme, l\u2019autre, pour y parvenir va d\u2019abord \u00ab<em>bourlinguer<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":""},"autori":[1061],"fascicolo":[107],"class_list":["post-1527","articolo","type-articolo","status-publish","hentry","autori-jean-marie-albertini","fascicolo-giugno-2006"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Oikonomia - L. J. 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